La néologie et l’aménagement linguistique du Québec[1]

Introduction

L’exposé qui va suivre s’appuie sur un postulat de base qui soutient qu’à la faveur de la mise en œuvre d’une politique linguistique dynamique, un pays ou un état peuvent transformer en profondeur les comportements linguistiques des locuteurs appartenant à une communauté sociale, politique et culturelle.

Depuis le début des années 60, avec l’émergence puis la consolidation du projet de la Révolution tranquille, la terminologie québécoise bénéficie d’infrastructures politiques qui ont revêtu la forme de lois linguistiques successives. La plus récente de la ces lois, la Charte de la langue française, appelée aussi Loi 101, fut sanctionnée par l’Assemblée nationale du Québec le 26 août 1977. Elle fut à l’origine, entre autres, de l’Office de la langue française, organisme sur qui repose la responsabilité d’intervenir dans la situation linguistique troublée que vivait la société québécoise depuis de nombreuses années. L’article 100 de la Charte stipule qu’« un Office de la langue française est institué pour définir et conduire la politique québécoise en matière de recherche linguistique et de terminologie et pour veiller à ce que le français devienne, le plus tôt possible, la langue des communications, du travail, du commerce et des affaires dans l’Administration et les entreprises. » L’Office est donc investi du pouvoir de veiller à l’application d’une politique linguistique ferme, planifiée et entérinée par voie législative. La loi et les règlements y afférents fixent avec précision les cadres législatifs de l’activité terminologique sur le territoire québécois. Ils font de cette dernière l’un des principaux instruments dynamiques pour conduire avec le maximum d’efficacité le processus de la francisation de la plupart des activités économiques au Québec. La contrainte imposée par le pouvoir législatif ne laisse plus guère de place à l’improvisation lors de la pratique terminologique ou encore lors des recherches et des réflexions théoriques qui découlent naturellement de l’effort plus pragmatique. L’aménagement des comportements linguistiques des individus et des entreprises qui s’activent dans le contexte social, politique et culturel québécois s’allie au projet plus vaste d’une société qui vit encore maintenant, et plus que jamais, de profondes mutations.

Sur le strict plan linguistique, ce projet collectif de francisation consiste pour l’état québécois à passer d’un ensemble de circonstances de la vie professionnelle où la langue anglaise était le code linguistique dominant vers un nouveau mode de vie plus harmonieux où le français devient de plus en plus la langue d’usage propre à satisfaire les moindres exigences de la communication en milieu de travail. Le rejaillissement d’effets bénéfiques sur lu langue générale constitue un corollaire de l’action entreprise en contexte professionnel. Dans cette optique de francisation, il est bien important de saisir la double articulation de la terminologie québécoise. Ce modèle d’aménagement linguistique est à la fois institutionnel et interventionniste. La terminologie institutionnelle est celle qui touche exclusivement l’usage officiel des termes et non pas leur usage individuel ou privé. Dans ce cadre, l’individu est alors soumis à la norme de communication que l’institution impose d’une manière relative ou absolue. La caractéristique interventionniste trouve, quant à elle, sa forme la plus accomplie dans l’activité d’une Commission de terminologie qui est chargée de préparer et de faire diffuser des avis de normalisation et de recommandation.

Le réaménagement linguistique global des milieux industrialisés ne peut s’accomplir sans recourir à un solide programme de travail ainsi qu’à des principes et des méthodes de recherche éprouvés. L’action de l’Office s’est inspirée d’expériences antérieures menées au sein du gouvernement québécois ou encore dans des organismes étrangers. Puiser à d’autres sources, a permis de parfaire ces anciennes méthodes tout en développant de nouvelles orientations plus adaptées aux réalités et aux besoins actuels du Québec. L’organisme s’est ainsi doté de structures de recherche durables et efficaces.

Parmi les principaux moyens mis en place, il faut retenir les principes qui ont guidé la recherche terminologique. Ces principes et leur application pratique sont issus de réflexions théoriques menées pendant de nombreuses années au sein du personnel de l’Office. Le caractère pragmatique de la recherche terminologique avait pour objectif de fournir à la langue française des vocabulaires et des lexiques techniques et scientifiques fiables. Jusque-là, nombre de ces dictionnaires étaient inexistants, difficilement accessibles, inutilisables pour toutes sortes de raisons (vieillis, mal faits, incomplets, trop généraux, etc.) ou encore non répertoriés dans des ouvrages bibliographiques. Ainsi, les dictionnaires terminologiques élaborés par les terminologues québécois viennent répondre à des programmes de travail bien structurés et ils visent à combler des besoins bien spécifiques dans certains secteurs d’activité scientifique et technique reconnus comme prioritaires. En outre, ils ont pour but de satisfaire un public également bien circonscrit à l’intérieur des multiples secteurs de l’activité économique québécoise. Outre leur utilité laurentienne, ces dictionnaires ont acquis une excellente réputation dans différents autres milieux francophones et étrangers. Leur exportabilité constitue ni plus ni moins qu’une marque de reconnaissance de leur qualité.

Terminologie et néologie

Voilà donc posées les prémisses au déroulement du travail terminologique laurentien. Il convient maintenant d’examiner quelques aspects plus techniques afin de mieux saisir le rôle de la néologie dans le processus de l’aménagement linguistique.

La mise en œuvre du changement linguistique dans lequel s’est engagé l’Office couvre deux grands aspects de la terminologie en tant que discipline du langage :

  1. L’aspect véritablement terminologique, c’est-à-dire le fait de pouvoir élaborer des dictionnaires terminologiques à l’aide d’un matériel lexical déjà disponible en français et servant à dénommer des notions habituellement maniées dans un domaine spécialisé. Ces termes sont jugés par les usagers d’un secteur comme étant des unités terminologiques admises, bien intégrées et communément utilisées dans la communication entre les spécialistes. C’est, en quelque sorte, la partie stabilisée d’une terminologie en tant qu’ensemble lexical d’un domaine du savoir. C’est celle qui est connue et maîtrisée par tous les utilisateurs.
  2. L’aspect néologique, c’est-à-dire la zone instable de la terminologie d’un secteur donné. Cette instabilité a deux sources possibles :
    1. Elle peut provenir du constat de l’existence d’un matériel lexical entièrement nouveau, que les spécialistes connaissent peu ou prou et qu’ils n’utilisent pas encore en parfaite sécurité dans leurs communications. Cette période de flottement peut provoquer des écarts, des nuances dans la compréhension du message, puisqu’il peut arriver que l’un des interlocuteurs ne connaisse pas encore le néologisme utilisé par l’autre. Les termes nouveaux doivent donc à leur tour être rassemblés et décrits avant d’être entérinés par le milieu, puis insérés à leur juste place dans l’ensemble fonctionnel d’une terminologie spécialisée.
    2. Elle peut provenir du constat de l’absence complète de termes pour désigner un concept lui aussi nouveau : objet récent, procédé ou opération mis au point il y a peu de temps, nouvelle découverte, ainsi de suite. Il s’agit ici essentiellement d’une situation de lacunes lexicales qui doivent être comblées par la création de dénominations nouvelles : néologismes de forme, de sens et parfois même d’emprunt.

Les terminologues reconnaissent d’emblée l’action indispensable de la néologie dans le déroulement du travail de recherche terminologique. Ils se voient régulièrement confrontés à des situations linguistiques nouvelles lors de la préparation d’un dictionnaire spécialisé. On discernera très concrètement deux aspects de la néologie en terminologie : 1. D’une part, le terminologue repère un néologisme (en anglais, en français, etc.) dans le corpus documentaire qui sert au dépouillement, ou encore il l’extrait des conversations qu’il peut tenir à l’occasion avec les spécialistes d’une discipline. Plus rarement, le néologisme peut être recueilli dans diverses autres sources à caractère lexicographique mais très peu accessibles et réservées à des publics restreints (fichiers de traducteurs, de terminologues, de spécialistes, de petites entreprises). L’opération de repérage et d’identification des néologismes constitue une activité terminologique délicate qui répond à des critères méthodologiques bien définis et détaillés ailleurs (voir Boulanger 1979 et Cayer et Lebel-Harou 1983). 2. D’autre part, le terminologue crée lui-même un néologisme, en collaboration avec un comité de spécialistes du domaine qu’il traite : Cela se produit uniquement parce qu’une véritable lacune dénominative a été constatée ou parce qu’un besoin particulier a été déterminé par la recherche. Parmi les différentes raisons qui justifient un mot nouveau, on peut signaler les nécessités de :

  1. pallier l’absence d’une unité lexicale française équivalant à une unité anglaise déjà en usage dans un milieu anglo-américain (ex. angl. navel → fr. navelle ‘coupe du boeuf’; angl. signal output → fr. sortie audio ‘point qui délivre une tension électrique’ [mus. électr.]);
  2. corriger une faute contre le système linguistique de la langue française ou encore identifier une case vide dans la morphologie (ex. auteure, ingénieure, dans le cadre de la féminisation des titres);
  3. remplacer un anglicisme lexical ou un calque qui est mal construit selon le point de vue morphologique du français (ex. auto-lave [angl. car wash], remplacé par lave-auto; verrière, qui a remplacé canopée (angl. canopy) ‘partie vitrée du poste de pilotage’ [aéronautique]; profileur, qui remplace générateur d’enveloppe [angl. envelope generator] ‘dispositif électronique délivrant une tension électrique’ [synthétiseur]);
  4. éliminer un emprunt direct gênant ou indésirable dans la langue française (ex. angl. master → fr. bande mère ‘enregistrement original destiné à être reproduit’ [audiovisuel]; angl. mailing → fr. publipostage en France, publicité par la poste au Québec; angl. snack-bar → fr. casse-croûte [extension sémantique du terme hexagonal]; angl. citizens’ band → fr. bande publique au Québec, canal banalisé en France, tous deux normalisé; par les autorités respectives);
  5. dénommer nouvelles découvertes ou produits nouveaux récemment élaborés dans un pays francophone (ex. nordicité, nordologie, didacticiel).

Les choses ou les notions nouvelles peuvent appartenir en propre à l’une des communautés francophones ou être connues et répandues dans toute la francophonie. Il est évident que dans la plupart de ces circonstances de création lexicale, il faut prendre garde aux proliférations synonymiques inutiles. Le terminologue-néologue doit faire la preuve qu’une carence existe avant de proposer un néologisme.

Corriger une faute, combler une lacune, remplacer un anglicisme, éliminer un emprunt constituent des objectifs importants du travail néologique. Ils s’inscrivent dans les règles de protection naturelle d’une langue, en l’occurrence ici le français; ces devoirs sont très bien définis dans les lois linguistiques les plus récentes. On aura alors affaire à un interventionnisme linguistique ayant une valeur curative et destiné à contrer l’appauvrissement et la dégénérescence de la langue française. Pallier l’absence d’un terme et dénommer de nouvelles réalias constituent des opérations d’enrichissement du lexique français. On a alors affaire à un interventionnisme linguistique destiné à promouvoir ainsi qu’à assurer l’enrichissement collectif et la continuité de la langue française en luttant contre les dangers du vieillissement et de l’immobilisme. Il va de soi que ces principes de recherche en néologie s’insèrent dans un mouvement de revalorisation de la langue française et visent à en garantir la qualité, le rayonnement et le plein épanouissement. À l’heure actuelle, ce mouvement de revalorisation est d’envergure francophone, puisque de plus en plus, le français général hexagonal, traditionnellement considéré comme la référence normative, fait appel aux contributions régionales extrahexagonales qu’il intègre à l’ensemble de son propre stock lexical, établissant ainsi une image plus juste de la langue française.

Le volet néologique de la recherche terminologique a nécessité le développement de méthodes et de méthodologies qui se distinguent de la recherche proprement terminologique de plusieurs manières. Néanmoins, ces deux types d’approche de la terminologie restent complémentaires et la plupart des principes de base sont communs (voir Boulanger 1983/4).

Comme je l’ai déjà rappelé, les problèmes de créativité terminologique sont quotidiens pour les terminologues qui œuvrent dans une situation d’aménagement linguistique, que cette transformation soit occasionnée par la nécessité de passer d’une langue à une autre (par example de l’anglais vers le français), ou par la nécessité de constituer des terminologies entièrement nouvelles lorsqu’il y a des changements technologiques majeurs, comme c’est actuellement le cas pour le français qui doit affronter un nouveau défi, celui du virage technologique, c’est-à-dire le développement de nouvelles sphères d’activités, comme les biotechnologies, la micro-informatique, etc. Ces révolutions technico-scientifiques entraînent à leur suit des besoins lexicaux massifs et très nouveaux.

La néologie constitue donc l’une des voies essentielles de toute recherche terminologique factuelle ou ponctuelle, ou encore de toute recherche thématique. Aucune science ou technique récente, aucune discipline nouvelle ne peuvent établir leur terminologie sans se heurter à un moment on à un autre aux besoins néologiques pour lesquels il faut trouver des solutions linguistiques adéquates. L’établissement d’une bonne communication entre les spécialistes en est le but ultime.

Naissance du Réseau de néologie

La néologie s’avérant l’un des principaux moyens offerts par la linguistique pour affronter les besoins de nouveautés en matière lexicale, l’Office de lu langue française a décidé de réunir, à l’automne 1974, plusieurs dizaines de linguistes qui se sont penchés sur l’urgence d’organiser l’aménagement de la néologie dans la francophonie. Le colloque qui s’est déroulé à Québec à cette occasion situait d’emblée les débats au centre même des recherches terminologiques et sociolinguistiques nouvelles. Le premier résultat tangible de cette rencontre internationale fut l’instauration d’un Réseau de néologie scientifique et technique qui a commencé ses activités au printemps 1975, simultanément en France et au Québec (voir Office de la langue française 1975).

Dès l’origine, la raison d’être de la création de ce réseau était de répertorier les termes français nouveaux qui surgissaient quotidiennement dans une foule de secteurs d’activités techniques et scientifiques, ou encore de fournir, dans une optique prospective, des équivalents français valables pour les néologismes américains qui pullulaient en permanence dans la presse de l’Amérique anglophone. Une dizaine de néologues québécois et français ont alors entrepris un véritable marathon afin de parcourir la titanesque documentation française, québécoise et anglo-américaine, à la poursuite des néologismes français et anglais. A l’heure actuelle, huit ans après la formation du réseau, quatre équipes sont à l’œuvre dans la francophonie : celle de l’Office de la langue française à Québec; celle de Franterm, sous la responsabilité du Haut Comité de la langue française à Paris; celle de la Communauté économique européenne et de l’Institut supérieur des traducteurs et interprètes à Bruxelles; celle qui est logée auprès de la Direction générale de la terminologie et de la documentation du Bureau des traductions du gouvernement canadien. Cette équipe benjamine travaille à Montréal. Chacune des équipes bénéficie de moyens financiers et personnels qui varient suivant le degré des contraintes politico-économiques. Elles n’en contribuent pas moins à faire avancer la description des néologismes français et, dans une moindre mesure, des néologismes anglais.

Près d’une vingtaine de personnes réparties dans plusieurs zones de la francophonie consacrent présentement une part importante de leurs travaux à la quête ou à la création de termes nouveaux. En plus du personnel affecté d’office aux recherches en néologie, quelques contrats de service sont accordés à des chercheurs spécialisés dans des domaines de pointe, comme la nordologie, la foresterie, la biomasse forestière, etc. Ces chercheurs associés aux travaux de néologie sont pour la plupart des universitaires, des ingénieurs, des dirigeants d’entreprises et des spécialistes divers qui sont aux prises avec de constants besoins de désignations nouvelles pour des fins scientifiques, pédagogiques ou tout simplement fonctionnelles. Les travaux de recherche et d’établissement des fiches néologiques sont alors menés en collaboration avec des animateurs du module du réseau qui est concerné et sous leur supervision.

Les domaines présumément néologènes font l’objet de sondages et de recherches préalables afin d’en établir la richesse lexicale potentielle. Le statut néologique véritable des unités lexicales traitées est fondé sur la comparaison avec les outils lexicographiques les plus contemporains et pertinents. Il s’agit avant tout d’une recherche à caractère descriptif, aucune décision normative n’intervenant à l’étape du traitement linguistique et terminologique. La normalisation de certains néologismes pourra survenir ultérieurement, par exemple à l’occasion du traitement de certains dossiers par la Commission de terminologie de l’Office de la langue française, ou encore par les différentes instances relevant des autres partenaires, comme les commissions ministérielles françaises de terminologie, la Communauté économique européenne, etc. La méthodologie élaborée dès la formation du réseau fait l’objet d’une mise à jour permanente, en particulier en ce qui regarde le corpus d’exclusion lexicographique et terminologique, ensemble constitué d’une vingtaine de dictionnaires pour chaque langue (anglais et français) et dans lesquels chaque unité lexicale repérée ou proposée est vérifiée afin d’en établir le véritable statut linguistique (voir Cayer et Lebel-Harou 1983). Le volet lexicographique représente la pierre d’assise des recherches néologiques du réseau depuis sa constitution. Le traitement subséquent des unités terminologiques nouvelles est du même ordre que les travaux de terminologie habituels : préparation du dossier, élaboration de la définition, réduction des observations linguistiques, terminologiques ou techniques, vérification des rapports onomasiologiques entre les termes, ainsi de suite.

Objectifs de la néologie institutionnelle

Le réseau de néologie francophone a défini un certain nombre d’objectifs dont les principaux sont de :

  1. Répondre aux besoins multiples exprimés de toute part de rendre disponibles le plus rapidement possible des néologismes de facture française chez les scientifiques, les techniciens, les ingénieurs, les terminologues, las traducteurs, les étudiants et toutes les personnes aux prises avec des besoins langagiers nouveaux et qui ne sont pas en mesure de les trouver aisément. La mise à disposition de réservoirs de mots nouveaux, vise à l’augmentation quantitative et qualitative du travail de recherche terminologique.
  2. Si nécessaire, créer des néologismes français pour contrer l’infiltration des néologismes ou des néologismes ou des emprunts américains dans la langue française. Cet objectif veut essentiellement démontrer la capacité génératrice de la langue française en matière lexicale. Un sous-objectif de protection des structures du français y pointe également. Néanmoins, il ne s’agit pas ici de bannir à tout prix les emprunts. La recherche d’une proportion lexicale tout à fait normale entre les mots autochtones et les mots empruntés trouve ici sa justification.
  3. Sélectionner, analyser, normaliser, si nécessaire, les mots et les termes nouveaux qui entrent en conflit dans des situations de synonymie néologique ou terminologique. L’harmonisation et l’uniformisation de la communication sous-tend cet objectif.
  4. Développer chez les spécialistes de toute discipline, qu’ils soient langagiers ou non, des réflexes linguistiques bien français en matière de création lexicale. Objectif didactique de première importance, cet aspect est également lié à la connaissance des mécanismes de fonctionnement du système linguistique français. La maîtrise de la morphologie et des règles de créativité linguistique est tout aussi impérative que l’apprentissage et le maniement des règles de grammaire enseignées à l’école.
  5. Utiliser la situation privilégiée du Québec en Amérique du Nord comme tremplin d’observation de la néologie américaine galopante et servir de relais avec le reste de la francophonie. Depuis plus de deux cents ans, cette position stratégique a permis au français du Québec de développer des mécanismes de créativité lexicale qui lui sont propres et qui servent souvent à affronter d’une manière généralement satisfaisante l’infiltration massive des emprunts, entre autres.
  6. Contribuer à l’enrichissement collectif du stock lexical de la langue française par des apports lexicaux régionaux originaux, particulièrement ceux qui proviennent des secteurs d’activités économiques et scientifiques où chaque communauté francophone est à la fine pointe des recherches dans le monde, comme c’est le cas pour les techniques de l’eau, le laser, la foresterie, la biomasse forestière au Québec.
  7. Conduire des recherches théoriques dans le domaine de la néologie qui soient utiles à l’avancement des connaissances sur ce sujet en linguistique, en traduction, en terminologie et en sociolinguistique. Pour l’instant, le développement du Réseau de néologie a théoriquement et pragmatiquement contribué à l’avancement et à l’affermissement du projet d’aménagement linguistique et terminologique du Québec. Moyennant quelques ajustements indispensables, ce modèle est exportable dans d’autres sociétés (Afrique maghrebine, Afrique noire, Amérique du Sud) aux prises avec des problèmes similaires de changement linguistique et de tentatives de stabiliser leurs langues nationales.

Ces objectifs donnent aux Québécois des moyens d’action et de réaction plausibles au regard de situations linguistiques précises comme la créativité lexicale, la terminologie, l’emprunt, la synonymie, etc., ensemble de problèmes que les aménageurs linguistiques ont à affronter régulièrement et pour lesquels ils doivent proposer des solutions théoriques et pratiques pertinentes et immédiatement applicables.

Quelques facteurs préjudiciables à la néologie

L’instauration et le développement d’un réseau de recherche en néologie, auquel ont été associées plusieurs dizaines de personnes depuis huit ans, a permis de battre en brèche plusieurs préjugés à l’égard de la néologie depuis qu’elle fut mise en valeur par des écrivains français du 18e siècle. Parmi les facteurs dominants préjudiciables à la néologie, il suffit de rappeler le purisme, la lexicographie et la pédagogie (voir Actes du 10e Colloque de la SILF, thème 2 : L’innovation lexicale [à paraître]).

On sait pertinemment, que les recherches sur le lexique et la sémantique ont fortement souffert du fixisme imposé au 17e siècle en réaction contre un certain faste linguisique du siècle précédent, la Renaissance. L’interdiction politico-grammaticale de néologiser a culminé et s’est cristallisée à ce moment. La dictature puriste a bien résisté à quelques tentatives de réaction à travers les siècles suivants. De sorte que jusqu’au deuxième tiers du 20e siècle, la néologie a plutôt stagné. La tradition puriste s’était imposée constamment et avec force comme un vigile interdisant toute modernisation lexicale et freinant l’expansion normale et naturelle de la langue française. Cette monolithisation de la langue française l’a gardée captive dans son inconfortable conception centralisatrice, exagérément normée, trop autarcique au goût des régionalisants et, naturellement, passéiste.

La lexicographie a, quant à elle, longtemps ostracisé le néologisme. Le dictionnaire affublait bien certaines entrées ou sens nouveaux d’une marque néol., abréviation de néologisme, qui outrepassait cependant sa signification originale d’indice temporel soulignant la nouveauté d’un mot, pour revêtir plutôt un habit de juge qui statuait sur la valeur sociale du mot. La marque temporelle en est venue à servir d’indice de prescription plus ou moins accentuée, de signe de suspicion ou d’interdiction pure et simple. Bref, l’abréviation propulsait carrément entre parenthèse le mot nouveau, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer pour le consulteur ordinaire du dictionnaire qui se voyait coincé entre la réalité linguistique telle qu’il la vivait et un signal de désapprobation lexicographique officielle. Tel fut, pendant de nombreuses décennies, le comportement lexicographique conservateur envers les néologismes. L’attitude dictionnairique a beaucoup évolué à cet égard depuis 1975 environ, date charnière dans la modernisation lexicographique française. On constate maintenant un heureux début de libéralisation, à tout le moins un minimum d’ouverture acceptable, propre à encourager des comportements plus positifs à l’égard de la consignation des mots nouveaux dans les dictionnaires. Et cela, même si quelques lexicographes demeurent encore réticents en face de l’entérinement des néologismes et qu’ils continuent à manifester une nette préférence pour l’honnête homme de l’époque pré-littréenne.

La réticence et la résistance constatées envers la néologie chez la plupart des usagers généraux et professionnels de la langue tiennent aussi leur raison d’être dans l’absence injustifiable et totale de pédagogie à l’égard de la néologie. Rarement la créativité lexicale a-t-elle été abordée pleinement et sainement à l’université. Quant au niveau pré-universitaire, il vaut mieux ne pas s’aventurer à y enquêter. Le vide pédagogique est presque complet dans le monde francophone, si ce n’est quelques tentatives théoriques partielles et éparses. Il n’existe rien de systématiquement organisé. La perspective historique révèle évidemment les nombreuses raisons plus ou moins admissibles qui justifieraient un comportement pédagogique conservateur et traditionnel, comportement qui est soumis à des contraintes idéologiques qui n’ont souvent rien de linguistique. Aujourd’hui, l’état actuel des recherches scientifiques et de l’enseignement universitaire permet une ouverture qui annonce de meilleurs jours. En effet, la sensibilisation à la néologie et aux mots nouveaux est beaucoup plus grande qu’auparavant et ces recherches attirent de plus en plus de chercheurs et de professeurs de calibre universitaire. L’avenir parait plutôt positif à cet égard. Idéalement, il est souhaitable que l’arsenal des moyens de création lexicale soit mis à la disposition des étudiants le plus rapidement et le plus raisonnablement possible. Une connaissance minimale des mécanismes de formation des mots est nécessaire, au même titre que l’apprentissage et la maîtrise d’un minimum de règles grammaticales sont exigés des locuteurs.

Le purisme, une lexicographie trop traditionnelle et une pédagogie conservatrice ont longtemps empêché la néologie de s’affirmer comme ressource linguistique d’une indéniable valeur pour enrichir la langue française. Heureusement, ces emprises négatives se sont aujourd’hui atténuées et temporisées, laissant présager un avenir non négligeable pour la néologie qui mérite certainement d’acquérir le statut de discipline linguistique reconnue.

Conclusion provisoire

Ainsi, les recherches néologiques officielles, c’est-à-dire instaurées par un état dans le cadre d’une législation linguistique tout aussi officielle, amènent un regard nouveau sur l’une des branches des sciences du langage jusque-là demeurée au plan théorique et presque exclusivement entre les mains des chercheurs et des savants linguistes. L’intervention de l’état québécois dans le domaine de la correction et de l’enrichissement de la langue française pose de nouveaux principes en matière de doctrine linguistique, tant sous l’aspect curatif de la langue, que sous son aspect d’enrichissement lexical. Ce champ d’application de l’interventionnisme néologique est restreint pour l’instant à la dénomination des choses, des procédés, des opérations, etc., rattachés aux langues techniques et scientifiques. L’impact institutionnel évoqué ici se répercute naturellement sur la langue d’usage général.

On aura donc observé que l’intervention néologique dans le processus d’aménagement au Québec procède d’intentions positives qui sont de :

  1. Tenter de réduire ou de bannir l’emprunt, surtout celui qui appartient aux langues terminologiques (sciences, techniques, commerce, etc.). Des situations linguistiques historiquement différentes font que la lutte contre l’emprunt se déroule au Québec et en France suivant des modalités et des succès variables.
  2. Tenter de favoriser une créativité lexicale autochtone, puisant aux ressources morphologiques et syntaxiques internes du français. L’objectif est la revalorisation des capacités créatrices de la langue tout entière, pouvoirs qui avaient été mis en veilleuse pendant plusieurs décennies par l’invasion massive de vocabulaires étrangers qui pénétraient rapidement et allègrement dans la langue française selon le principe bien connu que les termes voyagent avec les objets qu’ils dénomment. Ces pouvoirs avaient aussi été réduits par la domination puriste.
  3. Imposer aux usagers, par le recours à la voie législative, des néologismes français pour le plus grand bien de la langue française, évitant ainsi une détérioration encore plus accentuée. Devant les sentiments traditionnels envers le bannissement des emprunts et des néologismes, ces visées peuvent paraître puristes. En réalité, ces prises de positions fermes tendent à l’affirmation des capacités productives du français qui lui permettent d’affronter avec succès et en recourant à des procédés internes, le renouvellement normal et constant du lexique. L’objectif tend donc à revaloriser le pouvoir autoproducteur du français plutôt qu’à denier la valeur de l’emprunt dans certaines circonstances. La visée fixiste habituellement reconnue au purisme n’est nullement défendue, ni entérinée ici. Au contraire, il s’agit de l’expansion et de l’évolution de la langue française et non de son involution.

En plus des recherches proprement pratiques en néologie, et qui ont été longuement évoquées ici, l’Office de la langue française est concrètement intervenu à trois niveaux sur un plan plus théorique afin d’assurer une qualité linguistique plus acceptable dans le cadre de la vie et de la société québécoises.

D’abord en publiant en décembre 1980 un énoncé de politique relative à l’emprunt de formes linguistiques étrangères. Le principe général de cet énoncé stipule que « la communauté linguistique francophone du Québec, tout en maintenant sa faculté de dénommer en français des réalités qui lui sont internes ou externes, doit tenir compte des exigences de la communication entre les membres de la francophonie » (voir Office de la langue française 1980 : 6).

Les objectifs de l’énoncé sont de :

  1. Répondre au besoin d’une prise de position officielle et précise de l’Office dans l’accomplissement de son mandat de normalisation.
  2. Répondre aux multiples besoins exprimés de toutes parts au Québec quant à l’élaboration de lignes directrices régissant l’emploi de la langue officielle en général et, en particulier, le recours légitime à l’emprunt.
  3. Poser un jalon indispensable vers l’établissement, à plus long terme, d’une politique globale de l’emploi de la langue française au Québec, y compris une norme du français parlé et écrit.
  4. Confirmer le rôle prépondérant que doit jouer le Québec, au sein de la francophonie, dans la recherche de moyens d’exprimer en français des réalités nouvelles, dont bon nombre sont d’origine nord-américaine.

L’énoncé de politique renferme une typologie des critères qui font qu’un emprunt sera accepté, qu’il sera rejeté, ou encore qu’il ne fera l’objet d’aucune intervention.

Deuxièmement, en élaborant un énoncé de politique linguistique relative aux régionalismes, énoncé qui devrait être publié sous peu (voir Office de la langue français 1983). Le principe général de cet énoncé stipule que le statut lexicologique et lexicographique de certains mots ou termes en usage au Québec doit être déterminé d’une manière officielle, afin de répondre aux besoins identifiés au Québec et dans divers milieux étrangers, notamment en France. Des règles sont donc énoncées quant à la définition de critères minimaux de reconnaissance des régionalismes québécois. Elles tiennent compte des rapports que ces québécismes entretiennent avec la langue française en vue d’instaurer l’intercommunication avec la francophonie.

Ayant identifié et défini toutes les catégories de régionalismes québécois, l’énoncé décrit les critères qui font qu’un régionalisme sera accepté, qu’il sera rejeté, ou encore qu’il ne fera l’objet d’aucune intervention.

L’énoncé ne préconise nullement un alignement inconditionnel sur une forme unique de français imposée de l’extérieur. Il n’entend pas non plus encourager la formation d’une langue québécoise détachée de ses sources historiques européennes. Il veut promouvoir les valeurs linguistiques véhiculées par les différentes ethnies qui composent la mosaïque francophone, dont le Québec, justifiant ainsi l’observation et le développement du précepte de l’unité et de la diversité de la langue française dans le monde. Le modèle d’aménagement linguistique prôné pour le Québec sous-entend que le recours aux régionalismes s’avère nécessaire à la conduite de la francisation, tout en favorisant l’enrichissement collectif de la langue française par des apports originaux. Aussi, certains des particularismes linguistiques québécois sont protégés et entérinés officiellement.

Enfin, en élaborant un énoncé de politique linguistique relative à la créativité lexicale, énoncé qui en est encore à sa phase préparatoire. Ce texte proposera un certain nombre de règles en ce qui regarde la formation des mots et des termes, les critères d’acceptabilité linguistique et sociale des éléments lexicaux nouveaux, ainsi que des circonstances qui justifient le recours à la création néologique. Il accordera une attention toute spéciale aux modalités de création lexicale au Québec qui diffèrent de celles de la France sur certains points.

Tous ces énoncés de politique préparés les uns à la suite des autres constitueront une grille d’évaluation permettant de statuer de mieux en mieux sur l’état de la langue française telle qu’elle existe au Québec, et ceci dans un cadre officiel et institutionnel. De cette manière, il est possible d’obtenir l’ensemble des éléments pertinents pour proposer aux Québécois une langue de qualité, concept qui reste cependant à analyser en profondeur. Toutes ces réflexions sont menées afin de préciser certains aspects du dossier linguistique québécois et de permettre des interventions de plus en plus adéquates et cohérentes en terminologie et, subséquemment, en langue générale.

Le contexte linguistique québécois, comme on l’a vu, offre des différences notables d’avec le reste du monde francophone. Des décisions internes doivent être prises à propos de problèmes épineux et fondamentaux, comme l’emprunt, les régionalismes, la néologie, au regard d’une norme langagière globale à promouvoir et d’une réflexion approfondie sur la description d’un modèle normatif qui convienne au milieu québécois.

Bibliographie

Note

[1] Ce texte est une version modifiée d’une communication présentée à Canada House (Londres) le 18 novembre 1983 au colloque Languages Group of the British Association for Canadian Studios sur le thème Canada in French Studies.

Résumé

L’interventionnisme de l’état en matière de langue et plus particulièrement dans le domaine terminologique (LSP) fait l’objet de l’article. Comment l’état québécois définit-il le processus d’aménagement de la terminologie française dans les textes législatifs ou encore dans des énoncés de politique relative à l’un ou l’autre des aspects de la langue sur lesquels il souhaite intervenir, comme la néologie, l’emprunt, les régionalismes? Un modele d’aménagement à double facette est privilégié : concevoir la terminologie du point de vue institutionnel et préconiser des solutions d’intervention adaptées à l’objet. Pour l’Office de la langue française, l’un des moyens concrets a consisté à développer une activité néologique interne puis, à partir de 1975, à extensionner ces travaux dans le cadre d’un réseau international de néologie dont faisaient partie d’autres communautés francophones, principalement européennes. Ces perspectives guident les réflexions sur le rôle de la néologie dans le processus d’aménagement linguistique du Québec.

Abstract (anglais)

Neologisms and Language Planning in Quebec

This article discusses government intervention in language matters, particularly in the area of terminology. How, it questions, docs the government of Quebec approach the planning of French terminology in legislative texts and political announcements relative to such aspects of language it wishes to influence as the introduction of neologisms, borrowing, and the use of regionalisms? The author suggests a two-sided approach to language management is at work, one that conceives of terminology from an institutional point of view and advocates situation-specific language intervention solutions. For the Office of the French Language, one concrete means of terminology management has been to develop internal neologistic planning and then, since 1975, to extend these efforts within an international neologistic network, in conjunction with other francophone communities, particularly European ones. These perspectives guide reflections on the role of neologisms in the process of language planning in Quebec.

Resumo (espéranto)

Neologismoj kaj lingvo-planado en Kebekio

La artikolo traktas registaran intervenon en lingvajn demandojn, precipe rilate al terminologio. Kiel, ĝi demandas, la registaro de Kebekio aliras la planadon de franclingva terminologio en leĝfuraj tekstoj kaj politikaj anoncoj, en rilato al tiu aŭ alia aspekto de la lingvo, ĉe kiu ĝi deziras interveni, kiel ekzemple neologismoj, pruntado, regionismoj? La aŭtoro sugestas, ke dufaceta aliro al lingvoprizorgo okazas —aliro, kiu konceptas la terminologion de institucia vidpunkto kuj samtempe pledas por intervenaj solvoj adaptitaj al specifaj celoj. Ĉe la Oficejo de la Franca Lingvo, unu konkreta metodo de terminologia prizorgo estas evoluigo de interna neologisma planado kaj, depost 1975, plivastigo de tiuj klopodoj ene de internacia neologisma reto, kunlabore kun aliaj franclingvaj komunumoj, precipe eŭropaj. Tiuj perspektivoj kondukas al komentoj pri la rolo de neologio en la procedo de lingva prizorgo en Kebekio.

Les dictionnaires et la néologie : le point de vue du consommateur

Et quand on leur demande pourquoi ils pensent ainsi, ils répondent, si réponse il y a, que ce mot n’existe pas parce qu’il n’est pas dans le dictionnaire —comme ça, rien de moins, sans aucune référence bibliographique au dictionnaire auquel ils font allusion. (Raúl Ávila, La crise des langues, 1985, p. 334)

Les organisateurs de ce colloque m’ont demandé de traiter des rapports entre « dictionnaire » et « néologie » en me situant dans la perspective du consommateur. D’entrée de jeu, certains concepts fondamentaux exigent d’être précisés : de quel(s) dictionnaire(s), de quelle(s) néologie(s) et de quel(s) consommateur(s) sera-t-il question?

Pour l’ensemble du public, les dictionnaires sont des produits intellectuels; mais de plus en plus, leur aspect industriel et commercial n’échappe à personne. Dans les sociétés contemporaines, ils occupent une place de choix parmi la variété des biens de consommation courants. « Les dictionnaires sont des objets manufacturés dont la production, importante dans les sociétés développées, répond à des exigences d’information et de commercialisation » (Dubois et Dubois, 1971, p. 7). Cette double exigence s’articule dans un circuit où la concurrence est effrénée.

Le thème général de ce colloque est axé sur les terminologies en développement. J’ai tenté, dans ce qui suit, de me placer légèrement en périphérie du noyau dur de la terminologie et de diriger mes interrogations et mes observations du côté des dictionnaires de langue qui sont, à mon avis, les répertoires les plus méconnus et les plus mal maîtrisés par les terminologues et les traducteurs. Le rôle polyvalent de ces outils qui scrutent à la fois la langue générale et les usages terminologiques échappe à bien des sens. De sorte que les dictionnaires sont souvent placés en porte-à-faux dans la série des opérations qui caractérisent la recherche terminologique. Pourtant personne ne réfute l’absolue nécessité des dictionnaires de langue dans le travail terminologique. En somme, il s’agit d’explorer les raisons qui font que les usagers négligent ces instruments de recherche, qu’ils les exploitent mal ou encore pourquoi ils n’en connaissent pas suffisamment les richesses, la portée et les limites.

En second lieu, je voudrais examiner ce que j’entends par « néologie » car cette notion a considérablement évolué depuis une quinzaine d’années. Entre 1970 et 1985, elle a parcouru un chemin considérable, plus qu’elle ne l’avait fait entre 1759 (date de la première attestation du mot en français) et 1970, moment qui marque le début de la réflexion et de la structuration des travaux de terminologie dans la francophonie nord-américaine.

Enfin, je sens le besoin de mesurer quelques aspects propres à la consommation afin de savoir un peu mieux quel animal est le consommateur de néologie et de dictionnaires. La perspective choisie illustrera les droits et devoirs de l’utilisateur. Encore là, je m’attarderai à la facette lexicographique, étant entendu que la néologie est omniprésente durant ce colloque.

1. Les dictionnaires

Dans les milieux socioprofessionnels de la langue, le dictionnaire est maintenant considéré comme un bien de consommation usuel, périssable, renouvelable et toujours perfectible. L’ère du dictionnaire biblique et monolithique ainsi que le mythe de la permanence et de la durée étemelle semblent révolus. Les récents discours commerciaux des entreprises lexicographiques sont résolument orientés vers des contenus contemporanéisés. Nul consulteur de dictionnaires ne devrait d’ailleurs ignorer cela. Pourtant, on voit encore souvent sur les bureaux des terminologues des dictionnaires d’une autre génération.

C’est la constellation terminologique du dictionnaire général qui me retiendra un moment; en particulier la zone des terminologies nouvelles consignées dans des proportions variables par les lexicographes. Chacun sait ou se doute que les dictionnaires subissent des changements et s’adaptent au monde d’aujourd’hui. À y regarder de plus près, il est facile de remarquer que la plus grande partie des entrées ajoutées ou des modifications apportées à un dictionnaire sont relatives aux termes nouveaux, plus précisément à la couche spécialisée du lexique décrit. Formes nouvelles et sens nouveaux proviennent en majeure partie de la frange terminologique, frange qui a toutes les chances cependant de rejoindre un vaste public. C’est d’ailleurs là une condition d’insertion que celle de déborder le cercle restreint des spécialistes. Ainsi, dans le PR1967, aucune entrée n’est consacrée à vidéo malgré l’apparition du terme en français vers 1960 dans le champ des activités techniques. En 1977, le PR signalait cinq dérivés à la fin de l’article vidéo- : vidéocassette, vidéocommunication, vidéofréquence, vidéographe et vidéophone. Des cinq unités citées, seule vidéophone jouissait du statut de lexicalisme, c’est-à-dire qu’elle formait un article autonome, en plus de vidéo bien entendu. Vidéofréquenoe constituait une entrée-renvoi à vidéo où elle était définie. En 1985, le PR accorde le statut d’entrées libres à vidéocassette, vidéodisque, vidéotex et vidéothèque, sans compter l’abréviation vidéo et l’élément de formation vidéo-. Vidéophone est disparu au profit de vidéophonie qui, avec vidéoclip et vidéofréquence, posséda le statut d’entrée-renvoi. Un autre exemple démontre que parmi les 77 ajouts de mots dans le PLI1985, une cinquantaine sont aisément rattachables aux terminologies techniques, scientifiques ou à celles des sciences humaines. On constate par ces exemples que les retouches « dictionnairiques » pointillistes ou les changements plus systématiques concernent au premier chef la portion spécialisée de la langue. En fait, devant la progression géométrique des termes, les lexicographes doivent réviser leur nomenclature régulièrement et à la hausse. Ils doivent aussi modifier sensiblement les proportions réservées à la langue générale et celles consacrées aux terminologies. Ces dernières prennent de plus en plus d’importance dans les dictionnaires généraux. Il n’y a pas que les ajouts formels qui soient touchés. Les articles allongent de plus en plus car on y développe les sens spécialisés des mots d’entrée. De sorte que la microstructure accentue son caractère hybride, une section reflétant l’usage courant et l’autre les usages spécialisés. Ceci n’est certes pas sans causer de nombreux problèmes de polysémie et d’homonymie. À titre d’illustration, entre 1967 et 1984, la liste des descripteurs des domaines d’emploi (les abréviations) du PR s’est enrichie d’une douzaine d’éléments à caractère terminologique pour les trois premières lettres de l’alphabet : acoustique, AFNOR, algèbre, alpinisme, astronautique, biochimie, biogéographie, boulangerie, chimie organique, chirurgie dentaire, cristallographie, cybernétique. En revanche, aucune abréviation ancienne n’a été supprimée. L’augmentation des indices classificateurs ne peut signifier qu’un accroissement nomenclatural important ou encore qu’un raffinement dans l’étiquetage des sens afin d’en circonscrire la véritable valeur d’emploi. Quoi qu’il en soit, depuis 10 ans les macrostructures des dictionnaires ont tendance à grimper. (Le Lexis l979 enregistre 76 000 entrées contre 70 000 pour son cadet de 1975; le PR des années 80 s’est enrichi de 6 000 à 7 000 entrées nouvelles par rapport à l’ancêtre de 1967). Pour prendre un seul cas concret, le terme informatique occupe onze lignes dans le PR1984, alors qu’en 1967, il n’avait pu trouver place dans la nomenclature. Par ailleurs, les microstructures allongent. Les articles biologie, biologique et biologiste ne renfermaient aucun renvoi analogique en 1967, tandis qu’en 1984, dix-sept références analogiques mènent le consulteur à travers un réseau analogico-notionnel très dense. Ainsi, biologiste renvoie à bactériologiste, cytologiste, embryologiste, généticien, botaniste, naturaliste et noologiste, série de termes qui relèvent de secteurs très spécialisés. De plus, l’entrée biologiste a perdu son étiquette de genre. De masculin exclusif qu’elle était, l’entrée fut neutralisée, épicénisée quelque part au cours des dix dernières années. Du point de vue quantitatif, le nombre de mots en bio- (du grec bios) est passé de seize en 1967 à quarante-six en 1984, c’est-à-dire à peu près 200% d’augmentation. En 1967, les seize mots étaient répartis en quatre groupes : un préfixe, quatorze substantifs, deux adjectifs, et un hybride (à la fois substantif et adjectif). En 1984, les quarante-six mots comprennent un préfixe, trente-cinq substantifs, sept adjectifs et un hybride. Aucun mot présent en 1967 n’a été retiré en 1984 (Voir le tableau en annexe.) Seize des quarante-six termes (environ 33%) possèdent une date d’apparition postérieure à 1965, époque de la préparation de la première édition du PR. Aucune de ces séquences n’inclut de mot grammatical, ni de verbe, ni d’adverbe. À l’évidence, le caractère représentatif des vocabulaires spécialisés est démontré car toutes ces unités sont porteuses de concepts terminologiques.

2. La néologie

En ces temps troublés d’effervescence lexicale, définir ou cerner la néologie relève soit de l’exploit olympique, soit de la témérité linguistique, tant la notion a pris de l’expansion sous la double approche linguistique et terminologique dans laquelle s’entremêlent la lexicographie et la normalisation. La définition traditionnelle linguistique qui ne cerne que le processus par lequel une langue voit à l’enrichissement de son lexique au moyen de mécanismes morpho-sémantiques ne convient certes plus. Ou plutôt, elle n’est plus suffisante, ne devenant qu’un aspect de toute une série de démarches qui situe d’abord la néologie au niveau politique. À partir de cela, elle chemine vers une activité concrète d’ordre sociolangagier dont les résultats deviennent comptabilisables sous la forme de néologismes technico-scientifiques à insérer dans un ou des usages. L’illustration la plus significative de ce nouvel abord est sans doute celle du premier Réseau de néologie qui a publié environ 15 000 néologismes terminologiques entre 1976 et 1985. Pour quiconque scrute les quarante-deux cahiers de la série Néologie en marche parus à ce jour, l’histoire raccourcie de l’évolution de l’idée de néologie en terminologie y est à plus d’un degré. Tandis qu’en langue générale, la perception n’a guère subi de modifications notables, si ce n’est une tolérance un peu plus grande à l’égard des mots nouveaux. Les cahiers de NEM ont rapidement évolué de la description unitaire des termes (voir le cahier numéro 1 paru en 1976), c’est-à-dire le repérage ou la création de néotermes n’ayant pas de réels rapports notionnels entre eux, à la description semi-systématique, puis systématique d’ensembles de termes interactifs dans un même réseau notionnel.

Avec l’émergence de la terminologie organisée au détour des années 70, la notion de « néologie » s’est diversifiée en activités nouvelles dont la caractéristique majeure fut de s’associer à la recherche collective et institutionnelle et non pas de demeurer exclusivement au niveau de l’activité individualisée ou isolée qui déplaisait tant aux puristes d’antan. À l’heure actuelle, le concept de « néologie » englobe cinq éléments interreliés :

  1. Il désigne toujours le processus de création des unités lexicales nouvelles (terminologiques ou générales) par le recours conscient ou inconscient aux mécanismes de créativité linguistique habituels dans une langue. Il s’agit ici du code morpho-sémantique propre à chaque langue, qui anime le mouvement de renouvellement du lexique.
  2. Il désigne l’étude théorique et appliquée relative aux innovations lexicales, qu’il s’agisse des procédés de création (dérivation, composition, syntagmatisation, emprunt, etc.), des critères de reconnaissance, d’acceptabilité ou de diffusion des néologismes, ou encore de leur insertion sociale ou socioprofessionnelle. Les aspects linguistiques de la recherche s’unissent ici aux analyses sociolinguistiques pour fonder une dynamique.
  3. Il désigne l’activité institutionnelle organisée et planifiée systématiquement en vue de recenser, créer, consigner, diffuser et implanter des néologismes dans le cadre d’un réseau de recherche terminologique associé à un projet de changement ou d’amélioration linguistique dans un pays ou un État. Le mode d’intervention sociolinguistique « et défini et structuré en vue de répondre à un projet de « terminologisation sociétale » : francisation pour le Québec, arabisation pour l’Afrique maghrébine ... et même « hexagonalisation » pour la France. L’idée d’organisation institutionnelle réglée par des instances politiques mandatées par les pouvoirs gouvernementaux est privilégiée ici sous l’angle de l’aménagement linguistique.
  4. Il désigne l’entreprise d’identification des secteurs spécialisés des connaissances humaines entièrement nouveaux (par ex. l’intelligence artificielle), récents (par ex. les pluies acides, la biomasse), non encore décrits ou lacunaires quoique plus anciens (par ex. la mécanisation forestière), secteurs qui sont tous d’abondants producteurs de néologismes. L’analyse porte ici sur l’ensemble du système de termes de l’activité choisie plutôt que sur l’évaluation des unités une à une ou de sous-ensembles fragmentaires. Ainsi, il est clair que toutes les unités terminologiques du domaine des pluies acides rassemblées dans un cahier de NEM ne sont pas néologiques dans le sens premier du terme néologisme. La concentration des termes dans un même répertoire constitue un effort de synthèse remarquable de données éparpillées dans une documentation volumineuse. Elle permet de tracer un profil terminologique presque complet du domaine des pluies acides tout en marquant l’originalité de cette terminologie dont une bonne part est empruntée à une multitude de domaines voisins ou un peu plus éloignés. Ce type de travaux à caractère néologique est à situer au plan de l’aménagement terminologique.
  5. Il désigne enfin un ensemble de rapports avec les dictionnaires. Deux aspects sont à signaler. D’abord, celui qui consiste à se servir du dictionnaire, ou plutôt d’un ensemble de dictionnaires, comme moyen de statuer sur le caractère néologique ou lexicalisé d’une unité lexicale repérée dans un texte. Le dictionnaire est ici conçu comme instrument de contrôle et comme un filtre linguistique. Le deuxième aspect consiste à identifier dans le dictionnaire les unités qui sont métalinguistiquement marquées comme néologiques. Ces unités sont repérables grâce à une série d’étiquettes employées par les lexicographes : abréviation néol., datation, renvois à caractère normatif, etc. Une meilleure connaissance des rapports entre néologie et dictionnaire est souhaitable d’autant plus que le volet lexicographique prend une importance grandissante dans les recherches terminologiques.

Comme on le perçoit par ces cinq approches complémentaires, la notion de « néologie » ne se laisse pas apprivoiser aisément. Elle participe d’un ensemble interactif où la langue générale et la terminologie ont conclu un pacte qui concrétise la complicité de la société et du dictionnaire. À mon sens, néologie fait encore peur, même si l’idée semble devenue familière dans certains milieux. La conception selon laquelle il est interdit de créer des mots subsiste encore dans certains esprits. Vaugelas n’est pas encore mort pour tout le monde. Ce rapide tour d’horizon conduit à proposer une définition globale de la néologie que j’emprunte à Alain Rey. « La néologie (...) est une activité, c’est-à-dire un processus, un dynamisme, quelque chose qui, à l’intérieur d’un système linguistique, d’une entité culturelle ou d’un groupe social de communiquants, produit des unités lexicales nouvelles et des unités terminologiques nouvelles, des désignations nouvelles, soit pour maîtriser un monde en évolution où des objets nouveaux et des classes d’objets nouveaux se manifestent, soit pour redésigner des choses déjà désignées auparavant pour des raisons qui sont difficiles à analyser et qui peuvent relever aussi bien de phénomènes entièrement subjectifs et collectifs comme le snobisme que de besoins internes de remodeler le stock lexical » (Rey, 1985, p. 234).

Je crois que l’étape de sensibilisation qui nous attend sera difficile si on recule devant cet aspect des choses qui nous dicte de reconnaître clairement et collectivement l’existence et la nécessité de la néologie organisée. Il est évident qu’une pédagogie de la néologie est indispensable, impérative même, et qu’elle doit précéder toute autre forme d’action. L’opération pédagogique doit être menée à tous les niveaux d’intervention moyennant les ajustements nécessaires.

Pour prendre le seul exemple de l’usager des dictionnaires, on peut se demander comment il fait pour reconnaître la nouveauté linguistique dans un ouvrage de cette catégorie. Le cheminement le plus évident consiste à repérer des étiquettes, puis à les décoder correctement à l’aide des discours d’introduction des dictionnaires, lorsqu’ils existent. Dans le cas contraire, l’utilisateur est coincé s’il n’est pas un consommateur averti. Les indices de décodage semés par le lexicographe sont nombreux :

  1. Des dates apparaissent dans la parenthèse étymologique (ex. aérobie : 1981, PR).
  2. Des dates apparaissent parfois devant les sens nouveaux (voir le Lexis).
  3. La marque d’usage néol. apparaît dans la parenthèse étymologique (ex. biocide, PR).
  4. La marque d’usage néol. précède un sens nouveau (ex. mécanicien, 5e sens, PR).
  5. Les ouvrages ou les auteurs cités en exemple sont contemporains (ex. les journaux comme Le Monde, les périodiques comme La Recherche) ou « désinterdits » (ex. San Antonio, R. Gary).
  6. La mention d’autorités normatives (ex. les commissions de terminologie, le Journal officiel. Voir listage et télémaintenance dans le PR).
  7. Les marques d’emprunt : amér., angl., jap., chin., etc.
  8. Les modifications dans les définitions, soit par ajout d’information, soit par retrait, soit par actualisation de la description des notions (ex. vidéo, PR1977PR1984).
  9. Les changements dans certaines catégorisations lexicales et grammaticales, comme par exemple le recours de plus en plus fréquent à des marques de neutralisation du genre lorsqu’il s’agit de désigner certaines catégories de personnes.

La somme des indices montre que les lexicographes se préoccupent de l’actualisation du lexique qu’ils moulent étroitement sur l’évolution sociale. Les enragés du dictionnaire que nous sommes doivent apprendre à maîtriser l’appareil de mise à jour employé dans les dictionnaires de manière à rentabiliser chaque consultation.

3. Les consommateurs

Qui sont-ils et que cherchent-ils?

Le PR définit consommateur comme étant une « personne qui utilise des marchandises, des richesses, pour la satisfaction de ses besoins ». Nous avons déjà situé le dictionnaire parmi les biens de consommation courants et concurrentiels dans la société actuelle. Cela signifie que le dictionnaire est un produit grand public, qui se vend, qui circule, qui s’échange, qui s’use. Avec comme corollaire, que plus les éditions se succèdent rapidement, plus les acheteurs deviennent exigeants envers les nouveaux contenus. Le dictionnaire est aussi un produit intellectuel et à ce titre, il doit tenir compte de contraintes diverses imposées par le lexicographe, le fabricant, les institutions et le public-cible. Il se situe donc au croisement d’une double idéologie : celle qu’impose le groupe dominant du moment et celle que le lexicographe défend.

Tout le monde peut être consommateur de dictionnaires et de néologie. Mais pour les besoins de la démonstration, je m’arrêterai aux groupes de personnes qui ont une forte influence les uns sur les autres, c’est-à-dire ceux et celles qui ont besoin des dictionnaires et de la néologie pour régler des problèmes d’ordre linguistique reliés à des exigences professionnelles. Ces intervenants œuvrent dans des sphères d’activité axées sur le langage à des titres divers.

Les consommateurs auxquels je songe cherchent des néologismes dans les dictionnaires pour des raisons professionnelles qui dépassent le simple constat de l’existence ou de l’orthographe d’un mot, ou encore de sa signification à des fins individuelles (mots-croisés, scrabble, jeux de langage, etc.). Ils forment une clientèle privilégiée des dictionnaires, des méta-usagers en quelque sorte. Leurs critiques sont souvent sévères : ils se plaignent de l’absence de tel ou tel mot, de tel ou tel sens; ils mettent en évidence certaines imperfections comme des informations fonctionnelles incomplètes ou non pertinentes, des définitions de travers, des lacunes ici et là, des erreurs involontaires (voir à ce sujet les renvois de vieil/vieille à vieux dans les PR1984 et PR1985, alors qu’une erreur typographique s’est glissée lors du regroupement des renvois en 1985 : le dictionnaire donne viel et vielle), ainsi de suite.

Parmi les principaux consommateurs, je rangerai les traducteurs et les terminologues, les linguistes et les lexicographes, les enseignants, les spécialistes (scientifiques, techniciens, chercheurs), les journalistes et las « médiateurs ». Ces groupes de personnes sont très souvent placés dans des situations de communication qui les obligent à faire appel à des éléments linguistiques nouveaux. Lorsque ces consommateurs ne créent pas directement des néologismes, ils se tournent vers le dictionnaire et l’autorité linguistique et normative qu’il représente à travers une certaine idéologie. L’utilisateur recourt au dictionnaire comme balise, comme repère afin de pouvoir statuer sur l’unité nouvelle. Le dictionnaire conserve ici sa réputation séculaire d’être un répertoire d’articles de loi du code lexical d’une langue qui stipule le permis et clôture l’interdit. Il donne son aval à l’usager pour le réemploi de nouveaux moyens de désignation. Il dit ce qui est reçu, acceptable. D’où certaines réticences qui vont jusqu’aux aberrations du genre « ce qui n’est pas dans le dictionnaire n’existe pas ».

Le facteur temps joue alors un rôle considérable pour la néologie. Le français propose plusieurs milliers d’innovations lexicales chaque année. De ce lot, une faible partie se fraiera laborieusement un chemin vers les dictionnaires. Fustiger le dictionnaire de langue parce qu’il ne consigne pas tel ou tel néologisme, tel ou tel terme technique, tel ou tel régionalisme ou encore tel ou tel syntagme serait prétentieux, futile et parfaitement inadéquat. Chacune de ces catégories d’unités occupe un créneau limité dans la nomenclature et cette limitation fait partie de la stratégie adoptée par chaque entreprise lexicographique. Que cherchent les consommateurs de néologie dans les dictionnaires? En apparence, la réponse est simple. Ils cherchent des solutions, des recettes, des éclaircissements, des sources de déculpabilisation et de « désinterdiction » qui leur permettent de résoudre un problème d’ordre particulier au plan linguistique ou notionnel. À ce niveau, le dictionnaire est perçu comme un réservoir de néologismes « normalisés », c’est-à-dire entérinés par les lexicographes porte-parole de la société. Cette reconnaissance accrédite les mots nouveaux grâce aussi au décalage entre le moment de la création du néologisme et le moment de l’enregistrement. Le dictionnaire ne peut être en avance sur la langue. Le retard est naturel entre le « décrit » et le « à décrire ». Mais, même s’il est perçu comme une précaution, l’écart est toujours souligné par le consommateur qui accepte mal les excuses du lexicographe, qu’elles soient de nature scientifique ou qu’elles relèvent de contraintes éditoriales. Il n’en demeure pas moins que les dictionnaires forment l’un des plus merveilleux réseau de circulation des néologismes car ils sont à la fois juge et partie; d’où la double responsabilité que leur imputent les consommateurs : ils désirent que les lexicographes décrivent le plus grand nombre possible de néologismes tout en portant sur eux un jugement de valeur normative.

Plus concrètement, les consommateurs cherchent des réponses de plusieurs ordres :

  1. Ils veulent constater l’existence réelle d’un néologisme (forme et sens) ou d’un ensemble de néologismes.
  2. Ils souhaitent l’approbation du lexicographe, c’est-à-dire l’autorisation de réemployer un mot nouveau ou bien ils se heurtent à l’interdiction si le néologisme en question n’est pas consigné.
  3. Ils recherchent des informations de nature fonctionnelle et linguistique du point de vue normatif (par ex. : anglicisme, mot recommandé ou non, etc.).
  4. Ils veulent des modèles sous la forme d’éléments de formation qui garantissent la validité linguistique du nouveau terme qu’ils créent parfois eux-mêmes ou qu’ils repèrent dans un texte ayant moins de force légale que le dictionnaire.
  5. Ils recherchent des informations d’ordre plus général qui ouvrent des portes plus grandes que celles de la stricte légitimité de la nomenclature (par ex. : tel auteur cité, telle revue mentionnée, etc.).

Les consommateurs souhaitent trouver toute une série de critères linguistiques, terminologiques et référentiels qui justifient l’utilisation ou le réemploi d’un mot afin de résoudre leurs difficultés.

Le dictionnaire devient à la fois un récepteur de néologie parce qu’il consigne des éléments linguistiques neufs, un émetteur de néologie parce qu’il décrit une notion nouvelle en la définissant et en détaillant son fonctionnement linguistique et terminologique, et un normalisateur de néologie parce qu’il cautionne le produit lexical nouveau, du moins en apparence. Il n’est pas créateur de néologie lui-même, d’où le prestige dont il jouit.

Les remarques précédentes conduisent tout droit à un problème d’ordre pédagogique.

La consécration lexicographique du néologisme lui donne un statut en langue tandis que la non-inclusion signifie le rejet du mot et relève de l’autorité prêtée au lexicographe en matière de norme.

Le lexicographe a donc une responsabilité très élevée dans une société. Il a pour tâche de sélectionner les entrées en lieu et place des locuteurs qui sont ses futurs consommateurs. La responsabilité sociale doit aussi être poussée au maximum en fonction de la satisfaction des besoins du public. Le producteur de dictionnaires a l’obligation morale d’expliquer à l’acheteur ce qu’il a fait et le devoir d’exposer les raisons qui justifient ce qu’il n’a pas cru bon d’écrire. Cela signifie que les préfaces, les introductions et toutes les autres données d’accès essentielles au décodage du dictionnaire devraient être impérativement présentes dans l’ouvrage et très explicites. Deux attitudes existent à ce sujet. Certains dictionnaires couvrent bien leur contenu et exposent clairement leur programme, y compris pour ce qui est de la portion du lexique laissée de côté. D’autres se cantonnent à des présentations dans lesquelles la haute voltige commerciale l’emporte sur le reste : ils vantent les mérites exclusifs de leurs produits. Je ne veux pas citer de dictionnaires qui s’abstiennent totalement de la pédagogie d’utilisation ou qui en noient les bribes dans un discours autocontemplatif. Je mentionnerai un seul exemple constructif et c’est celui des Robert : Petit Robert, Grand Robert et Robert méthodique, dont les exposés méthodologiques présentent les contenus d’une manière fort honorable.

Il ne suffit pas d’avoir un guide de décodage sous la main. Encore faut-il savoir comment s’en servir. Et là, la responsabilité revient au consommateur. C’est lui qui a le devoir de lire et de maîtriser les données d’accès avant toute consultation. À ce niveau, et jusqu’à récemment, l’autodidactisme était généralement de mise. Avec les développements lexicographiques contemporains, la pédagogie doit s’organiser à l’étape de la formation universitaire, à défaut d’y recourir avant. Enseigner le dictionnaire aux terminologues déjà en exercice doit aussi devenir une phase essentielle de leur formation permanente. Il est impardonnable qu’un traducteur, qu’un terminologue, qu’un néologue, qu’un linguiste, etc. ne sachent pas tirer le maximum de profit des principaux outils de travail qu’ils utilisent tous les jours de leur vie. Une osmose totale doit exister entre le produit et le consommateur. Combien de professionnels de la langue négligent le Lexis ou le Robert méthodique parce qu’ils ne savent pas comment les décoder?

Il est normal qu’on attende du lexicographe des informations d’accès éclairantes. Il est aussi normal qu’on attende du professeur une bonne pédagogie du dictionnaire (cela reste à instaurer dans de nombreuses universités même si des progrès remarquables ont été réalisés au cours des dernières années). Mais il est aussi impératif qu’on exige du consommateur une analyse critique des dictionnaires qui tire profit des deux intermédiaires précédents. L’utilisateur a des comptes à rendre lorsqu’il se retrouve seul devant son dictionnaire fermé. Le dictionnaire est un objet qui n’est pas innocent. Il établit un courant continu entre le pôle producteur et le pôle consommateur.

4. Conclusion

La conception fixiste de la langue, qui a régné sur le français pendant quelques siècles, a fait place depuis une génération à une remarquable ouverture chez la plupart des lexicographes. Jusqu’alors, les puristes faisaient croire ou croyaient sincèrement que toute innovation était dangereuse pour l’équilibre et l’intégrité de la langue. Cette forme de sclérose n’a certainement pas favorisé l’éclosion d’un français scientifique et technique de qualité. Le dictionnaire bloquait la néologie ou il en occultait la nécessité par des jugements dépréciatifs. Il retardait ainsi l’évolution de la langue tout en créant une situation de rattrapage lexical qui s’aggravait tous les ans. De là à penser que les emprunts en ont profité pour s’infiltrer et s’installer en français, il n’y a qu’un pas vite franchi. La lexicographie actuelle est plus accueillante et les rejets paraissent davantage liés au caractère peu intéressant de la chose désignée par l’unité lexicale ou encore, dépendent du programme du dictionnaire en ce qui regarde le nombre des entrées. Il faut alors mettre de côté des zones de vocabulaire qui s’écartent trop du noyau d’intérêt commun aux usagers. De ce fait, le consommateur doit connaître les limites des dictionnaires. Un seul ouvrage n’a jamais réponse à tout.

Depuis une dizaine d’années, l’image hostile du dictionnaire envers la nouveauté linguistique s’estompe. L’effort de démocratisation a ses raisons linguistiques, sociales et, bien entendu, commerciales. Nul ne se plaindra de ces retombées. Le monde et les dictionnaires évoluent l’un et l’autre à des vitesses variables qui placent toujours les dictionnaires à la remorque de l’actualité et des événements, au lieu d’en faire des témoins instantanés. Pour cette raison, on concevra que les recueils de mots rendent compte d’une civilisation dans l’histoire. Le temps s’impose alors comme une variable fondamentale pour qui analyse les rapports entre le contenu des dictionnaires, les réalités sociales à évoquer et les consommateurs coincés au centre du parcours société-dictionnaire. Le temps joue à la fois contre les lexicographes et les consommateurs. Les premiers sont perpétuellement aux prises avec des virages lexicaux de toutes sortes. Ils cherchent à réduire l’écart entre la réalité extralinguistique et sa manifestation dans le dictionnaire. L’inconvénient est encore plus perceptible lorsqu’il s’agit des domaines technico-scientifiques de pointe. Et il n’est pas encore démontré que le dictionnaire « terminalisé » ou « ibéèmisé » résoudra tous les problèmes. Le dictionnaire « gutembérisé » garde encore sa place dans les bibliothèques.

Une seconde variable influence aussi le consommateur et c’est celle du choix des dictionnaires. La panoplie des dictionnaires de langue disponibles sur le marché francophone n’a d’égal que celle des livres de recettes ou des romans Harlequin. Et l’un ne vaut pas toujours l’autre. Il ne suffit pas de vouloir faire un dictionnaire pour qu’il apparaisse d’un coup de baguette magique ou même d’un coup de « magiciel ». Dans un univers de consommation hyperdéveloppé, dans lequel de plus en plus d’objets n’ont qu’un usage instantané, les dictionnaires n’échappent pas à la mode. La production lexicographique actuelle atteint des proportions industrielles si gigantesques qu’elle place hors de portée du lecteur le plus avide et le plus curieux ou du chercheur le plus consciencieux, une bonne partie des nouvelles publications dans ce domaine. Je m’en alarme un peu. Ainsi, cette seule année (1985) a vu le lancement du Grand Robert en 9 volumes, et l’achèvement du Grand dictionnaire encyclopédique Larousse en 10 volumes, pour ce qui est des mastodontes. Sans compter les éditions annuelles laroussiennes et les retouches robertiennes. L’année 1985 n’est pas encore terminée que déjà le PLI1986 et les PR1 et PR2 1986 sont disponibles et troublent déjà nos imaginations en quête de solutions nouvelles. Chaque arrivage crée de nouvelles espérances chez les consommateurs. L’obligation de renouveler le stock de nos outils est inévitable pour les chercheurs que nous sommes. Mais ce n’est pas toujours réalisable du point de vue financier, même pour les organismes ou sociétés qui nous emploient. Le facteur économique joue un rôle prépondérant dans la consommation lexicographique mais il pourrait être périlleux pour les dictionnaires de trop miser sur l’escalade à long terme. Le consommateur qui paie devient de plus en plus exigeant et il vise à assurer sa sécurité linguistique.

Comme on l’aura constaté d’une manière nette pour le dictionnaire et d’une manière plus ténue pour la néologie, ces deux monstres de la vie quotidienne des consommateurs de mots sont des moteurs sociologiques et des témoins privilégiés de l’évolution linguistique qui découle des métamorphoses des idées et des sociétés. La règle de la survie et de la concurrence effrénée des langues sur le marché international oblige les communautés linguistiques à se pourvoir d’outils de description que sont les dictionnaires de même que de moyens d’évolution que représente la néologie. La rencontre des deux éléments met peut-être les consommateurs en présence d’un « 5e pouvoir » qui s’ignore encore et qui pourrait s’appeler la « nouvelle norme ».

Bibliographie

l. Linguistique

2. Lexicographie

Tableau des mots en bio-

< bios

Entrées PR67 PR84 Mots cachés*
1. bio- + +
2. bioacoustique +
3. biobibliographie + [biobibliographique]
4. biocénose/blocoenose +
5. biochimie + +
6. biochimiste +
7. biocide +
8. bioclimat +
9. bioclimatique +
10. bioclimatologie +
11. biocompatible +
12. biodégradable + [biodégradabilité]
13. biodégradation +
14. bioélectricité + [bloélectrique]
15. bioélément +
16. bioénergétique +
17. bioénergie +
18. biogenèse +
19. biogénie +
20. biogéographie + +
21. biographe + +
22. biographie + +
23. biographique + +
24. biologie + +
25. biologique + +
26. biologiste + +
27. bioluminescence +
28. biomagnétisme +
29. biomasse +
30. biomatériau +
31. biomécanique +
32. biomédical +
33. biométrie + +
34. bionique + +
35. biophysique + +
36. biopsie + +
37. biorythme +
38. biosphère + +
39. biosynthèse + +
40. biote +
41. biotechnologie/biotechnique +
42. biothérapie + +
43. biotique +
44. biotope +
45. biotype +
46. biotypologie +
Légende :

La création lexicale et la modernité[1]

1. La vie du lexique

En linguistique, le processus fondamental qui identifie la production d’éléments inédits dans le vocabulaire d’une langue est dénommé néologie. Le résultat concret de cette opération prend l’allure d’un néologisme de forme, de sens ou d’emprunt. Liée de près à la morphologie, à la sémantique et au processus de transfert des unités lexicales d’une langue dans une autre, la néologie permet d’arrimer des mots nouveaux aux effectifs déjà disponibles. Les innovations visent en majorité à satisfaire une partie des besoins phénoménaux dont l’origine est extralinguistique et qui sont requis un à un, en petits groupes ou en quantités plus considérables pour nommer et ordonner les concepts qui naissent sans discontinuer et sont proposés aux consommateurs langagiers. En matière de terminologie et plus particulièrement dans les technolectes de pointe, la demande de mots dépasse de beaucoup les inventaires disponibles. À l’heure actuelle, le faible taux d’augmentation des dénominations endogènes entraîne des déficits lexicaux considérables, toujours accrus et nécessitant des efforts constants de créativité linguistique en vue de répondre aux défis technologiques et scientifiques majeurs qui révolutionnent inévitablement les sociétés contemporaines. Les communautés industrialisées et même post-industrialisées font face à des exigences similaires à celles des sociétés en développement, à la différence prés que les stratégies d’aménagement linguistiques sont déjà assez bien définies. La néologie peut également être associée au savoir commun, lui aussi objet d’un ressourcement obligatoire. Dans le premier cas, elle se rapporte aux technolectes, c’est-à-dire à l’ensemble des termes qui appartiennent à des régions spécifiques de l’activité humaine autrement baptisées langues de spécialité (LSP). Les LSP peuvent être d’origine scientifique (médecine, biologie, astrophysique, etc.), technique ou technologique (mécanisation forestière, techniques spatiales, sécurité informatique. etc.) ou hybride (biomasse, biotechnologie, bio-informatique, etc). Elles relèvent également des sciences humaines (philosophie, linguistique, psychologie, etc.) ou des sciences sociales (économie, industrialisation, démographie, etc.). Dans le second cas, elle est inhérente à la langue générale (LG), c’est-à-dire à l’utilisation du vocabulaire commun ou courant. Les technolectes et la langue usuelle sont toujours susceptibles d’une alimentation, de rénovations ou de métamorphoses continues et réitérées. En fait, le lexique d’une langue n’est jamais clos, jamais figé, jamais en veilleuse. Il recèle en lui-même une dynamique d’évolution. Dans cette optique, la néologie s’avère l’un des principaux mécanismes dont se dote une langue pour modeler le changement linguistique dans la société qui la parie et qui l’aménage. La création lexicale est certainement le réacteur qui active l’évolution linguistique.

En langue, créer consiste à combler des lacunes, à rétablir des faits erronés ou à refaçonner des vocables déjà en circulation. Il est un fait observable que des mots s’usent tous les jours, que d’autres se démodent, sombrent dans l’oubli ou meurent tandis que d’autres encore naissent et s’inscrivent à leur tour dans le cycle inéluctable de la vie du langage dont le déroulement est soumis au dieu Khronos, maître du jeu de l’usage et de l’usure. Comme les institutions politiques et les civilisations, les langues évoluent et passent. Cela signifie qu’il faut accepter le principe stipulant que toute langue change à tout moment, qu’elle acquiert de nouveaux éléments d’ordre lexical tandis que d’autres disparaissent, s’érodent parce que le temps est venu de céder leur place aux nouveaux arrivants. Somme toute, lorsqu’une langue modifie sou visage, c’est qu’elle fonctionne.

2. D’hier à demain

Il est opportun de ramener à la mémoire collective que la créativité lexicale, en tant qu’œuvre linguistique, forme l’une des composantes essentielles et la plus sensible de l’avenir d’une langue. Et, en cela, elle nous concerne tous, usagers quotidiens, linguistes, poètes et romanciers, ingénieurs et médecins... En somme, toute personne qui parle et qui écrit. L’histoire du français est jalonnée de périodes de stagnation linguistique auxquelles ont succédé des cycles d’intense créativité. notamment au XVIe siècle (voir Huchon 1988) et à la fin du XVIIIe (voir Walter 1988). On garde généralement à l’esprit les moments où les répressions ont sévi en littérature et en langue générale alors que les arbitres de la langue et les puristes ont stigmatisé toute tentative d’innovation après avoir assuré leur emprise sur l’évolution de la langue.

Le spectre malherbo-vaugelasien a laissé des traces indélébiles dans le tissu du français. Les démotivations et les changements qui se produisent dans une société ont des répercussions profondes sur les langues naturelles. D’usures en réfections, celles-ci parcourent les voies d’un éternel retour tout en balançant entre ceux qui prônent l’immobilisme et ceux qui forment le maquis des bâtisseurs et des réformateurs, ceux qui, en fait, voient dans la créativité le signe le plus visible de la santé linguistique d’une communauté humaine (voir Hagège 1983). La langue est un édifice fragile dont l’instabilité force les hommes à en surveiller la croissance, à la nourrir avant tout avec des éléments sains dont on repère les germes dans le fonds constitué depuis des temps séculaires, puis à lui procurer des nourritures plus exotiques grâce aux emprunts lorsque cela s’avère nécessaire et justifié.

L’histoire est aussi parsemée d’exemples de créateurs sensibilisés aux difficultés, au ressourcement impérieux et à l’évolution naturelle de leur langue (voir Boulanger 1989a). L’enthousiasme inventif de bien des écrivains, de plusieurs humanistes, d’une foule de chercheurs et de grands savants a favorisé le mûrissement et l’éclosion permanente d’un français d’où l’ascèse lexicale était totalement exclue. On commence à bien distinguer aujourd’hui que si en littérature la création de mots fut maintes fois réprimée, fustigée, il n’en n’a pas toujours été de même dans les sphères scientifiques, technologiques et artistiques. Dans les technolectes, la langue s’est moins sclérosée en raison des assauts répétés des nouveautés tumultueuses en quête de nom qui l’ont ainsi contrainte à évoluer, à se moderniser et à s’adapter plus normalement. Les notions et les pensées nouvelles exigent des néotermes qui se coulent dans la structure onomasiologique des terminologies dont la finalité consiste à former un système rigoureux dans lequel les unités se répondent les unes les autres par l’intermédiaire d’une hiérarchisation. Pour ces raisons notamment, l’ostracisme lexical est plus difficile à imposer dans les LSP. On pourrait aussi croire que jusqu’à une date récente et sauf exceptions notoires, les linguistes se sont peu préoccupés des langues de spécialité, que celles-ci ont profité tout simplement d’un heureux oubli plutôt que de l’indulgence des chercheurs. Les zones du lexique spécialisé laissées pour compte ont pu se vivifier à la source sans véritables entraves, contrairement a la langue générale.

De la révolution industrielle du XVIIIe siècle, qui a métamorphosé le monde moderne et présidé au développement des communications sur une grande échelle ainsi qu’à la production organisée et massive, aux révolutions technologiques contemporaines de plus en plus fréquentes (l’automobile, l’avion, l’atome, l’informatique, l’intelligence artificielle, etc.), on doit à d’illustres savants et chercheurs la mise en service et la validation de néologismes idoines aux intérêts des communautés linguistiques et destines à coiffer des concepts neufs ainsi qu’à assurer l’indispensable communication aller-retour entre les spécialistes. Plusieurs de ces experts ont même proposé des critères de formation statutaires dans leur spécialisation (par exemple en chimie, en minéralogie, en géologie). Comme toute révolution venue de l’étranger et à laquelle on s’abreuve, le machinisme et les technologies en marche ont suscite de nombreux concepts inconnus auparavant qui ont a leur tour entraîné des formes linguistiques neuves, fréquemment empruntées aux pays révolutionnaires, les concepts nouveau-nés remorquant naturellement les mots inédits et allogènes qui les désignent.

La pratique scientifique et technique des vingt dernières années a mis en évidence les situations linguistiques déficitaires comme jamais auparavant. Singulièrement, ce phénomène s’est produit dans les pays où les contacts de langues sont le pain quotidien des linguistes et des « langagiers » (professionnels de la langue : traducteurs, terminologues, rédacteurs, lexicographes, interprètes, etc.) dans les pays —souvent les mêmes que précédemment— où la variation linguistique est fort sensible et appelle un réexamen de plus en plus urgent de la norme langagière traditionnelle, comme c’est le cas en ce moment du français et de l’espagnol (voir Boulanger 1989c).

La perception et l’exploitation des liens entre la science, la technologie et l’industrie et la ou les langues présentent des enjeux intellectuels considérables, notamment lorsqu’il faut faire face au défi de la créativité lexicale. Toute révolution sociale appelle une révolution linguistique et le retour en force de la néologie comme principal moteur de changement. La langue doit servir la société, tout comme la société doit se servir adéquatement de la langue afin de favoriser son éclosion permanente. La conscience de cette nécessaire connexion entre le langage et les technologies n’est pas encore affirmée chez tous, ni acceptée sans réserve. D’où les nombreuses poches de résistance et un purisme excessif à l’occasion. La relation entre la pratique et la recherche industrielles ainsi que le choix d’une ou de plusieurs langues sont au centre de la problématique. Dans la perspective de la francophonie, choisir le français, c’est accepter la néologie comme constante de l’évolution, comme stratégie d’intervention de l’aménagement linguistique; choisir l’anglais, c’est lever le drapeau blanc, c’est le signe manifeste de la reddition sans conditions. Avec tous les écueils possibles dont le moindre n’est-il pas pour un francophone d’être obligé à un moment ou à un autre de néologiser lui-même en anglais! Accepter de faire dans une langue étrangère ce que l’on refuse d’accomplir dans sa langue maternelle, voilà un beau paradoxe, une belle preuve d’assimilation et de reniement. Mais si l’on y songe une toute petite fraction de seconde, est-il seulement envisageable et indifférent du point de vue social qu’une nation, un peuple, une communauté de locuteurs pense son avenir dans une langue d’emprunt? « La décision de fonctionner dans sa langue maternelle ou dans une langue « nationale » (en élaborant des terminologies) ou de se résigner à emprunter la langue-outil avec la matière à travailler est politique, car toute langue est capable de tout nommer : l’impression trop fréquente que certaines sémantiques ne peuvent répondre au besoin notionnel relève de l’idéologie. Ce qui est vrai, c’est que les moyens de création dénominative varient selon les langues [...] » (Rey 1979. pp. 66-67). Sans oublier qu’en filigrane de la langue, se profilent aussi les responsabilités grandissantes du groupe de plus en plus nombreux des scientifiques, des ingénieurs et des chercheurs qui sont à l’origine d’un grand nombre de néotermes, dont ils ne soignent pas toujours la construction, et d’une multitude d’emprunts qui ne sont pas tous défendables (voir Baudet 1988, p. 49).

3. La singularité de la néologie

Sans mots nouveaux, sans création lexicale permanente et ouverte pour exprimer la modernité, une langue n’a pas d’avenir, une société ou une civilisation guère plus. Le pouvoir de créer des mots est situé aux antipodes de la stratification lexicale. Posséder une langue riche et ivante ainsi que des instruments comme les grammaires et les dictionnaires généraux et terminologiques s’inscrit comme un préalable à toute autre forme d’expression par la littérature, d’explication par les arts et de progrès par les sciences et les technologies. Sans mots vivants, il paraît impensable de diffuser la connaissance et ¡’expérience, il semble impossible de s’insérer dans la mosaïque de la pensée universelle et de faire partie des chefs de file qui sont en dernier ressort ies premiers décideurs de l’avenir du monde. La configuration de tous les champs du savoir, qu’ils soient scientifiques, techniques ou artistiques, est assujettie à la néologisation, à la créativité incessante et vigilante, spontanée ou aménagée de la ou des langues. La néologie spontanée est individuelle et libre. Elle est l’œuvre ardente et ininterrompue de toutes les personnes qui emploient une langue dans une communauté. La néologie planifiée et organisée relève d’une concertation qu’on peut qualifier d’institutionnelle. Elle est dirigée par des responsables et des acteurs ayant reçu implicitement et professionnellement le pouvoir d’intervenir en langue, de créer des unités inédites et d’en gérer les stocks. Mais avant tout, le français a besoin de la sollicitude d’hommes de science qui croient en sa vocation industrielle. Le reste est l’affaire des linguistes, des lexicographes, des terminographes et des néographes.

4. L’activité néologique

Lorsque l’on parle de créer en français du point de vue linguistique aujourd’hui, on peut évoquer quelques concepts-clés comme la « néologie », la « formation des mots », l’« aménagement linguistique », la « sociolinguistique », la « langue générale », les « langues de spécialité », etc. D’une manière plus concrète, si l’on désire signaler quelques secteurs lexicaux propres à la néologie et qui sont parmi les plus actifs au cours des récentes années, il faut mentionner les régionalismes, les calques et les emprunts, la féminisation des titres et fonctions ainsi que les officialismes. À un titre ou à un autre, chacune de ces zones de la productivité lexicale a fourni son contingent de mots nouveaux qui ont rejoint les cohortes plus anciennes et qui ont su, pour la plupart, se loger au sein des nomenclatures des dictionnaires dont ils ont parfois influencé la présentation microstructurale.

Qui dit créer en français dans la francophonie, pose inévitablement la question de savoir de quel français il s’agit, se penche également sur les sources de l’enrichissement du français commun qui peut puiser dans les différents réservoirs régionaux. Quelques siècles après le « big bang » francien, le développement de la langue française n’est plus une affaire strictement hexagonale. Le français est devenu une langue multicontinentale et fractionnée dans l’espace, comportant donc des amas de variétés légitimes qu’il faut valoriser. L’architecture lexicale de chaque espace francophone est en perpétuelle mouvance et en mutation ininterrompue. Elle est la source de créations incessantes que les individus attendent impatiemment afin de pouvoir mieux communiquer l’ancien et le moderne. Les nouveaux regards sur la norme émergent de la reconnaissance des français légitimes, de sorte qu’il faut reconsidérer la vision exclusive axée sur le gallofrançais (voir Boulanger 1989c).

Qui dit créer en français, dit aussi éviter l’autarcie linguistique, ce qui amène à intégrer des emprunts bien entendu. Mais pas avant d’avoir tout tenté pour les naturaliser. Les apports étrangers contrôlés constituent un enrichissement pour une langue tandis que leur arrivée massive et libre devient vite une invasion suivie d’une domination et d’une mort probable pour la langue phagocytée. En tout état de cause, ils représentent un danger pour l’esprit, tout comme leur rejet total relève d’un enfermement et d’un protectionnisme exagérés et hors de proportion avec le développement planétaire d’aujourd’hui (voir Pergnier 1989).

Qui dit créer en français, dit aussi suivre les mouvements sociaux, comme ceux qui ont amené la nécessité de trouver des formes fléchies féminines pour les mots masculins qualifiant des professions et des métiers dans lesquels traditionnellement les hommes étaient les plus actifs, mais surtout les plus nombreux. Le français ne s’en porte que mieux. À certains égards, il revigore quelques secteurs morphologiques moribonds et il offre des perspectives novatrices et réformatrices. Là aussi la situation déficitaire peut se résorber grâce à des créations conformes aux tendances de la langue et occasionnées par les mutations de la société.

Qui dit créer en français, dit aussi se frotter aux politiques langagières et à la normalisation de plusieurs néologismes. Ces unités lexicales qui ont fait l’objet d’interventions étatiques sont désignées ci-après par le terme officialismes, étiquette qui s’attache à un mot ou à un terme qui a été proposé, recommandé ou normalisé par une instance gouvernementale. Nombre d’officialismes sont maintenant devenus familiers aux locuteurs-auditeurs qui ne se doutent même pas de leur origine officielle (voir Boulanger 1989d). Une quantité appréciable d’entre eux est maintenant répertoriée dans les principaux dictionnaires de langue du français tandis que leur traitement lexicographique bénéficie d’une attention de plus en plus systématique et rigoureuse (voir Boulanger 1989b).

Voilà donc quelques pistes qui montrent comment le tissu d’une langue est trame de mots généraux et technolectaux inédits et de provenances variées, qui aspirent à une existence légale par l’entremise de canaux différents, des mots dont la carrière atteindra son apogée lors de la consignation dans les dictionnaires. des mots qui ont été créés et qui ont pénétré toutes les couches de l’usage parce que des besoins étaient manifestés socialement, culturellement et professionnellement. À condition d’avoir foi en sa langue, créer en français, néologiser en français, n’est pas une utopie ni un rêve interdit, comme l’histoire de cette langue l’a prouvé à maintes reprises. C’est une manière d’occuper de nouveaux territoires fertiles, de voguer sur les flots de la modernité, de s’assurer le respect des autres et de montrer que sa langue peut devenir concurrentielle sur les marchés économiques internationaux tout en satisfaisant aux exigences proprement territoriales.

Somme toute, peut-on décider, travailler, se former, communiquer, créer et se regrouper en français, sans passer par l’épreuve de la néologie qui garantit un aménagement immédiat et à long ternie de la langue? Dans le contexte moderne effervescent, la créativité lexicale illustre à merveille comment les mots et leurs sens sont mobiles et changeants, comme la vie elle-même. À chaque instant, la langue doit bouger car « une langue qui se fixerait serait une langue morte » (Dauzat 1943, p. 98).

Bibliographie

Note

[1] Cette réflexion résulte de la refonte d’une communication présentée sous le titre Des mots pour la modernité lors de la XIIIe Biennale de la langue française tenue à Québec du 20 au 24 août 1989. Une page complète du texte remis à l’éditeur a malencontreusement été omise dans les actes. L’absence de ce fragment rend une bonne partie du texte incompréhensible pour les personnes qui s’aventurent à le lire. Aussi ai-je repris et remanié l’ensemble du texte. La [présente] version augmentée qu’ont bien voulu publier les éditeurs du Langage et l’homme devient à mes yeux la seule référence acceptable.

Problématique d’une méthodologie d’identification des néologismes en terminologie

Jusqu’à récemment, à n’en pas douter, la néologie apparaissait comme un phénomène linguistique sans grande valeur ni intérêt particuliers, qui évoluait tout simplement dans les ornières de la lexicologie et de la lexicographie. Elle végétait doucement, connue et explorée seulement par quelques linguistes et par quelques chercheurs perspicaces et avant-gardistes. Ces dernières années, cette situation s’est radicalement modifiée et un sentiment de vive curiosité s’est rapidement développé, tant chez les linguistes que chez les terminologues, à l’égard de la néologie.

L’étude de la néologie du point de vue d’une dynamique de la créativité lexicale active date de cet éveil. Pour l’État québécois, cet éveil répond à son tour à des besoins bien identifiés de protéger et d’enrichir une société et un milieu de vie historiquement et fondamentalement français d’origine.

L’invention de nouveaux moyens d’expression fait partie des divers aspects de l’évolution de la langue depuis les origines. L’existence de la néologie, si elle a été discutée, n’a jamais été contestée. Certes, elle était étudiée, mais plutôt de l’extérieur, sous une apparence statique. D’un côté, les chercheurs se contentaient de constater des usages, le plus souvent littéraires, afin d’enregistrer les plus intéressants d’entre eux dans un dictionnaire, avec, évidemment, beaucoup de retard sur l’actualité. D’un autre côté, il s’agissait de rédiger un article portant sur les particularités lexicales d’un écrivain afin de déceler son originalité, sa productivité néologique par rapport à ceux qui ne dérogeaient jamais des règles linguistiques et grammaticales éprouvées. Parfois encore, la recherche et la consignation des néologismes un peu bizarres d’allure, et qui s’écartaient des procédés de dérivation morphologique les plus courants, retenaient l’attention de quelques collectionneurs d’objets linguistiques hétéroclites. Les modes d’assemblage, de construction, de composition ou de création de ces curiosités linguistiques faisaient appel à toutes sortes de procédés ahurissants et imprévus. Ces néologismes étaient souvent destinés d’ailleurs à attirer l’attention, à distraire et à amuser des lecteurs. Ces recherches variées ont donné naissance à des dictionnaires de mots nouveaux, qui ont été qualifiés de recueils de « mots sauvages », de « mots curieux », parce qu’il était facile de sentir que si ces néologismes frappaient l’esprit immédiatement par leurs caractères et leurs allures ludiques, leur emploi serait le plus souvent éphémère[1].

Ces collections de mots nouveaux n’ont de valeur qu’en tant qu’elles se présentent comme des témoignages de la vitalité de la créativité lexicale dont une langue peut faire preuve à toutes les époques de son existence; et surtout, ces mots sont le témoignage de l’imagination créatrice très féconde de certains écrivains. Ils sont, à quelques rares exceptions près, demeurés des hapax et n’ont guère abouti qu’à de brèves ébauches de théorisation[2]. Quant à la science lexicographique, elle cherchait davantage à repérer, à dépister les néologismes qui avaient pénétré dans l’usage, dans des perspectives d’enregistrement au dictionnaire. Les critères de sélection de ces unités lexicales n’ont pas toujours été clairement établis par les lexicographes, du moins jusqu’à récemment.

Les liens de plus en plus apparents et étroits que la néologie entretient avec des disciplines extralinguistiques l’ont rendue à la mode, tout en lui permettant d’accentuer sa poussée expansionniste, avec une vigueur inégalée par aucune autre discipline de la linguistique contemporaine. La néologie vit maintenant en filigrane des grands courants actuels de la politique, de l’économie, de la culture et de la société en général. De quelque point de vue où l’homme moderne se situe, la néologie joue un rôle éminemment social, inséparable de l’évolution de ces grands courants qui ont besoin d’être nommés, affinés et aménagés du point de vue linguistique. « La nouveauté des choses ou des concepts précède la nouveauté des moyens d’expression et en est la cause [3]. » La néologie s’arroge le rôle d’assurer la continuité de la communication verbale entre les hommes, communication qui est la première fonction dévolue au langage. Elle devient par ce fait même un important objet d’étude, un cheval de bataille linguistique dont les répercussions sociales, politiques et économiques sont loin d’être négligeables.

L’identification de besoins[4] de plus en plus précis et nombreux, surtout dans les lexiques scientifiques et techniques, a fait de la néologie une science au développement rapide et croissant, un outil de travail précieux. Son essor prodigieux trouve ses racines dans des milieux tout à fait étrangers à la linguistique. Des inventions nouvelles pointent à tous les horizons, déclenchent et actionnent les mécanismes néologiques. « [...] toute évolution rapide des pratiques sociales, des techniques, des structures de connaissances (science, etc.) constitue un appel terminologique [le plus souvent néologique], surtout lorsque pratiques et connaissances ne sont pas suscitées dans la culture, mais déjà élaborées ailleurs et nommées dans une autre langue[5]. »

Depuis quelques années, il n’est pas d’organismes à vocation linguistique ou terminologique, il n’est pas d’universités, de groupes de recherche, de centres de lexicologie ou de lexicographie, de traducteurs qui n’explorent la néologie, ne font des tentatives de théorisation et n’analysent ses répercussions sur l’ensemble des activités contemporaines. Tous accordent à la néologie une place importante dans leurs recherches.

Les désirs et les tentatives d’internationaliser la créativité lexicale et la place non négligeable qu’elle occupe dans les législations linguistiques francophones ne font que reconnaître sa valeur et sa nécessité dans notre monde actuel[6].

Sans négliger pour autant la langue générale, la base commune des travaux semble s’être établie autour des langues techniques et scientifiques particulièrement, et constamment, productives à cet égard. Les terminologies spécialisées deviennent des zones pionnières d’exploration et d’étude de la néologie.

Les terminologues reconnaissent depuis longtemps l’action indispensable de la néologie dans le déroulement du travail terminologique. Lors de l’élaboration d’un lexique spécialisé, le terminologue se voit régulièrement confronté à des situations linguistiques nouvelles. On discerne deux aspects de la néologie en terminologie : d’une part, le terminologue repère un néologisme (anglais ou français) dans un texte, dans un corpus documentaire, qui servent au dépouillement terminologique, ou encore, il l’extrait d’un ensemble de termes déjà recueillis dans diverses autres publications à caractères lexicographiques; d’autre part, il crée lui-même un néologisme (en collaboration avec un comité de spécialistes du domaine qu’il traite), parce qu’un besoin particulier a été déterminé par sa recherche : pallier l’absence d’un signifiant français équivalant à un signifiant anglais déjà en usage en milieu anglo-américain; corriger une faute contre le système linguistique de la langue française; remplacer un anglicisme lexical; dénommer une nouveauté récemment créée en pays francophones; éliminer un emprunt indésirable dans sa langue.

Corriger une faute, remplacer un anglicisme, éliminer un emprunt inutile constituent des objectifs importants du travail néologique. Ils s’inscrivent dans les règles de protection de la langue française bien décrites dans les lois linguistiques. On aura alors affaire à de l’interventionnisme linguistique à valeur curative, destiné à contrer l’appauvrissement et la dégénérescence de la langue française. Pallier l’absence d’un signifiant français et dénommer de nouvelles realia constituent des actes d’enrichissement du lexique français. On aura alors affaire à de l’interventionnisme linguistique destiné à promouvoir et à assurer l’enrichissement et la continuité de la langue française en luttant contre le vieillissement et l’immobilisme. Ces principes s’insèrent dans un mouvement de revalorisation de la langue française et visent à en garantir la qualité, le rayonnement et le plein épanouissement. La création néologique exige toujours un acte volontaire et réfléchi en terminologie, puisqu’elle répond à des besoins connus. Il en va souvent autrement en langue générale où la création apparaît plutôt Comme un phénomène spontané sans regard sélectif nuancé pour la matière linguistique nouvelle qui est forgée. Dans le premier cas, les critères d’acceptabilité linguistique et terminologique des néologismes peuvent être mis en application dès avant l’élaboration du futur produit lexical, au moment où le besoin est signalé; alors que dans le second cas, ces critères ne s’appliquent pas toujours conformément à l’élément linguistique en train de se former [7]. La mise en parallèle des critères d’acceptabilité avec l’unité lexicale nouvellement créée vient confirmer la plus ou moins bonne qualité du néologisme sur le plan linguistique, et même terminologique. L’usage a souvent raison des règles cependant, tant dans la langue courante que dans les langues de spécialités.

Il y a donc lieu de distinguer la création des néologismes (néologie dynamique), de la recherche, du dépistage des néologismes (néologie statique)[8]. La création et la recherche répondent à des motivations différentes selon que l’on élabore un lexique spécialisé déterminé ou que l’on désire uniquement consigner des usages observés à travers un corpus documentaire d’ordre technico-scientifique ou à travers un corpus d’ordre plus général.

Si les motivations diffèrent dans les deux catégories de néologismes cités ici, en revanche, un dénominateur commun les lie. La détection et la création d’unités linguistiques nouvelles [9] conduisent, en effet, à isoler cette unité afin d’en faire l’analyse, pour établir et reconnaître son statut linguistique par rapport à l’ensemble du lexique supposé connu; le lexique connu étant naturellement celui qui est recensé dans la totalité des dictionnaires d’une langue.

Dans la suite de ce texte, nous examinerons une étape de la méthodologie de travail en usage dans le secteur de la néologie scientifique et technique de l’Office de la langue française du Québec. La démarche qui sera décrite a été étendue à tout le réseau francophone de néologie scientifique et technique [10]. Ce réseau fonctionne déjà avec deux « modules » le premier au Québec, à l’Office de la langue française, le second à Paris, géré par l’Association française de terminologie (AFTERM) [11]. La méthodologie détaillée dans ces pages puise ses fondements dans les réflexions émises lors du colloque sur l’aménagement de la néologie, tenu à Québec en 1974 [12], et dans les travaux antérieurs que le premier Office de la langue française, puis la Régie de la langue française, avaient amorcés depuis quelques années dans le domaine de la néologie de la langue générale [13].

Nous nous attacherons à expliquer la phase de la méthodologie qui concerne l’exploration lexicographique, qui est la première étape de la constitution du dossier terminologique du terme étudié. Cela signifie que le terme, qu’il ait été fabriqué ou qu’il ait été dépisté, est mis en relation et confronté avec des outils lexicographiques et terminologiques.

Le but poursuivi est de distinguer les unités reconnues comme lexicalisées, c’est-à-dire consignées dans un dictionnaire, des unités reconnues comme néologiques, c’est-à-dire non encore enregistrées au dictionnaire. Le degré, le caractère de néologicité d’une unité sera donc déterminé par rapport à l’ensemble du vocabulaire français répertorié et décrit dans un certain nombre de dictionnaires généraux et spécialisés reconnus et à grande diffusion.

Nous laisserons de côté toute la description de la préparation préalable du matériel terminologique qui est issu de la documentation rassemblée par les équipes de recherche du Réseau de néologie. Signalons simplement que les domaines de travail sont sélectionnés en fonction des besoins décrits par les organismes qui constituent ce Réseau [14]. Nous supposons donc que le terminologue dispose déjà d’un corpus de termes à analyser. Il a choisi les unités qu’il traitera en fonction de la connaissance préalable qu’il a acquise d’un domaine, la maîtrise du domaine sc traduisant par une bonne compétence lexicale alliée au maniement aisé des mécanismes de formation des mots, ce qui sous-entend une grande culture linguistique. Il met alors en œuvre ce que Louis GUILBERT a appelé « le sentiment néologique ou mieux le jugement de néologie [15] ». Il porte donc un jugement sur la valeur néologique probable de son choix de termes. La vérification qui suivra confirmera ou infirmera ce jugement.

En résumé, précèdent l’analyse lexicographique dont nous justifierons les instruments dans un moment, le choix des zones de vocabulaires à traiter selon des besoins précis, l’étape du dépouillement, du repérage ou de la création des termes [16].

L’examen de la problématique d’identification des néologismes en terminologie sera ici limitée à la langue française. Nous ne recourrons qu’exceptionnellement à l’anglais [17]. Nous la voulons souple afin qu’elle puisse s’appliquer à des travaux de lexicographie de la langue générale et non seulement à des travaux terminologiques. La démarche proposée et décrite est applicable à un grand nombre de langues, compte tenu d’ajustements lexicographiques indispensables pour chacune des langues en cause.

La procédure méthodologique suivie est longue, et parfois astreignante pour le terminologue. Un support de travail, appelé fiche du corpus d’exclusion lexicographique et terminologique, a été élaboré afin d’analyser et de reconnaître le statut néologique ou lexicalisé de l’unité terminologique qui est traitée. Ce support constitue un filtre linguistique. La fiche du corpus d’exclusion est reproduite en fin d’article. Elle est suivie de la bibliographie complète des dictionnaires généraux qui figurent en permanence sur cette fiche. Quant aux dictionnaires technico-scientifiques, qui varient avec les disciplines, ils ne sont pas inclus; il faut les spécifier pour chaque unité lexicale traitée.

L’analyse consiste à vérifier l’existence ou à constater l’absence du terme français (ou anglais) dans une série de dictionnaires généraux, encyclopédiques et néologiques déterminés, puis dans une série de dictionnaires spécialisés variant selon les disciplines et considérés comme représentatifs d’un état de langue. Les résultats de ces recherches, c’est-à-dire la constatation du caractère néologique, autant du point de vue morphologique que sémantique, ou du caractère lexicalisé de l’unité, sont transcrits sur la fiche du corpus d’exclusion qui sert ainsi à dresser le dossier linguistique du terme dépisté (ou proposé). L’emprunt subit ce même processus lorsqu’il est considéré comme intégré au système linguistique de la langue qui l’accueille, c’est-à-dire lorsqu’il est détecté dans un contexte français.

Chaque unité, simple ou complexe, est vérifiée dans l’ensemble de ce corpus de dictionnaires. Nous attachons surtout de l’importance à la présence, ou à l’absence, du terme en tant qu’entrée. En effet, pour que le terme soit reconnu lexicalisé, il doit figurer en entrée dans l’ouvrage, parce que sous cette forme il donne lieu à un développement lexicographique, encyclopédique ou terminologique complet. S’il apparaît en sous-entrée, le soin est laissé au terminologue qui jugera, selon les circonstances et les nécessités, de la pertinence de retraiter ce terme comme une entrée indépendante, donc comme un néologisme, ou, au contraire, de le considérer comme lexicalisé. Il est apparu à l’expérience que le terme discuté ou mentionné en sous-entrée dans un ouvrage lexicographique n’était pas toujours à sa place. La reconnaissance de l’existence d’une lexie indépendante lui est souvent due. Le terme peut donc figurer dans un ouvrage lexicographique et recevoir de notre part une étiquette de néologisme [18]. Cela est particulièrement vrai des syntagmes qui figurent rarement dans la position-clé de l’entrée, sauf dans quelques dictionnaires techniques ou scientifiques appliquant des méthodes modernes de lexicographie. Ils sont régulièrement relégués dans le développement des rubriques et difficilement repérables par l’usager. Par ailleurs, chaque constituant important du syntagme est vérifié soigneusement afin d’éviter que celui-ci échappe au chercheur, les syntagmes n’étant pas toujours traités sous le mot principal.

La vérification lexicographique constitue l’épreuve du filtrage auquel chaque terme doit se soumettre. Elle précède le traitement linguistique plus approfondi (rédaction de la définition, des notes linguistiques) et le traitement terminologique (attribution d’un domaine d’emploi définitif, rédaction de notes techniques, etc.) qui compléteront le dossier de la nouvelle unité identifiée comme un néologisme. Les unités qui ont été retrouvées dans un des dictionnaires du corpus d’exclusion n’ont pas à être traitées puisqu’elles sont disponibles. Les néologismes, une fois leur traitement complété, sont publiés par tranche de 150 à 200 dans les cahiers de Néologie en marche, série b : langues de spécialités[19].

Les dictionnaires généraux

Les dictionnaires généraux ont été divisés en trois ensembles pour le français et pour l’anglais.

Les dictionnaires de langue (GR [20], TLF, OED, etc.) que l’on doit consulter pour suivre le mouvement du vocabulaire scientifique et technique vers la langue générale et, à l’inverse, pour retracer le passage des mots de la langue courante dans le lexique des langues de spécialités. Ce dernier argument implique la néologie sémantique et la combinatoire syntagmatique. Une réserve doit être apportée cependant : ces dictionnaires préconisent une doctrine d’accueil ou de refus de l’emprunt qui n’est pas toujours basée sur des critères objectifs et linguistiques quant à l’intégration ou à l’exclusion d’un terme étranger de leur nomenclature.

Les dictionnaires encyclopédiques (GLE, WTNID, etc.) dont la nomenclature très vaste permet de mieux cerner l’approche d’une langue spécialisée. Les termes techniques et scientifiques étrangers sont mieux accueillis dans ces dictionnaires sur le seul critère qu’ils sont effectivement d’usage courant dans la technique ou la science concernées. Ce critère d’intégration doit être jugé aussi avec certaines réserves, car le jugement linguistique n’y est guère nuancé parfois.

Certains recueils (tels le GLLF et le RHDEL) prennent l’allure d’œuvres mixtes, alliant les qualités d’un dictionnaire linguistique à celles d’un dictionnaire encyclopédique. Cette double vocation leur permet de s’inscrire dans l’un et l’autre groupes puisqu’il y a de perpétuels et d’inévitables recoupements d’un ensemble à l’autre.

Les dictionnaires néologiques proprement dits qui constituent un ensemble ayant subi, théoriquement, en tout ou en partie, le traitement d’exclusion des deux catégories précédentes. Ils recensent des mots de la langue courante et des termes techniques et scientifiques puisés au jour le jour dans la presse et les revues spécialisées, ce qui aide à mieux délimiter la définition de la néologie proposée dans nos travaux. Ils accueillent très volontiers les emprunts qui sont fréquents dans les domaines qu’ils traitent. Les dictionnaires néologiques du corpus sont les suivants : DMN, MDV, NMDV, CDM et DNE; on peut, de plus, inclure dans ce groupe les suppléments des grands dictionnaires courants (cf. GLE SI et S2, GR S, etc.). L’éventail des domaines auxquels ils s’intéressent est très diversifié, de sorte que cela permet d’effectuer une bonne vérification de nos propres données. Ces dictionnaires sont élaborés et publiés assez rapidement; ils présentent l’avantage de demeurer assez près de l’actualité. II faut noter en outre que des dictionnaires de langue plus récents, tels le Lexis, le Logos et la deuxième édition du Petit Robert, font une large place aux néologismes.

Les dictionnaires spécialisés

La constitution du corpus d’exclusion technique et scientifique est faite avec l’aide et les conseils avisés d’experts dans chacun des domaines traités. Il ne peut en être autrement si l’on désire obtenir le maximum de garanties concernant ce type de dictionnaires.

Les principaux critères qui guident la sélection de ces recueils sont les suivants : la nouveauté de l’ouvrage, la qualité du contenu, une grande diffusion et une bonne disponibilité pour l’usager. De plus, l’ouvrage doit être représentatif d’un état de langue dans les domaines scientifiques et techniques, c’est-à-dire qu’il doit refléter réellement ce que sont la science ou la technique décrites; il doit être également connu et utilisé par la plupart des spécialistes d’un domaine; il doit avoir été rédigé par un expert ou un organisme dont le sérieux est avantageusement reconnu. Compte tenu de ces critères, le nombre des dictionnaires pour un seul domaine a été arbitrairement fixé à trois. Ce nombre devrait suffire pour la vérification du degré de nouveauté de l’unité lexicale recueillie ou proposée comme équivalent par rapport au stock lexical déjà intégré dans les dictionnaires.

Les dictionnaires sélectionnés varient parfois à l’intérieur d’un même domaine spécifique (par exemple, en médecine, en gestion, en administration). On sait qu’il existe un nombre incalculable de dictionnaires de toutes sortes consacrés à un même sujet; un choix s’impose selon le sous-domaine touché. La consultation des ouvrages plus spécialisés (c’est-à-dire des recueils monotechniques ou mono-scientifiques) s’avère souvent plus profitable que la consultation de grands ensembles encyclopédiques qui ne consignent pas nécessairement les apports les plus nouveaux. De même, il faut éviter les erreurs dues à une trop grande concentration d’ouvrages semblables ou d’un même auteur.

Chaque science et chaque technique offrent une variété de dictionnaires tant d’ordre encyclopédique que terminologique, ainsi que des lexiques bilingues et multilingues. Tous ces genres distincts sont reflétés afin de diversifier le corpus spécialisé, tout comme le corpus général qui comporte des catégories différentes. La partie spécialisée de la fiche du corpus d’exclusion se compose de dictionnaires à classer dans la série des encyclopédies (ex. : Dictionnaire français de médecine et de biologie[21]), de dictionnaires d’ordre terminologique (ex. : Terminologie forestière, sciences forestières, technologie, pratiques et produits forestiers[22]), de quelques normes (ex. : Énergie nucléaire, AFNOR M60-001[23]) et de lexiques bilingues et multilingues (ex. : Lexique anglais-français de l’industrie papetière, fabrication des pâtes et du papier[24]), qui en général, ne donnent pas de définition mais relèvent souvent des unités plus rares, quoique essentielles à la connaissance du domaine. L’utilisation de cette variété d’ouvrages permet d’effectuer des mises à jour et de compléter les renseignements sous-jacents à une unité terminologique ce qui, dans l’optique du travail terminologique dans le domaine de la néologie, autorise cette unité à revêtir l’étiquette de néologisme.

Les lexiques bilingues et multilingues peuvent faire partie à la fois du corpus français et du corpus anglais.

Le corpus d’exclusion, malgré une certaine immuabilité, demeure ouvert. Les dictionnaires difficilement accessibles, plus récents ou encore toute nouvelle édition d’un dictionnaire déjà retenu, seront accueillis dans ces ensembles au fur et à mesure de leur acquisition et cela en vue d’un constant souci de mise à jour, d’amélioration de la qualité des ouvrages, et afin de toujours rester le plus près possible des nouveautés technologiques et scientifiques.

C’est ainsi que chaque mois un numéro de La clé des mots enrichit le corpus, que les nouveaux tomes du TLF et du GLLF s’ajoutent au corpus général français dès le moment de leur acquisition et que la seconde édition du Petit Robert est venue remplacer la première.

La méthodologie que nous venons d’examiner impose le maniement d’une lourde et encombrante documentation, de même que de longues séances de recherches lexicographiques. Le corpus d’exclusion idéal que nous voudrions construire serait évidemment un grand corpus d’exclusion lexicographique et terminologique entièrement automatisé avec lequel, à l’aide du terminal, le terminologue réduirait à quelques secondes seulement le temps de sa vérification.

Pour ce faire, il faudrait, dans un premier temps, mettre en banque l’ensemble des dictionnaires généraux et encyclopédiques décrits ici, de même que le plus grand nombre possible de dictionnaires spécialisés. Dans une seconde phase, il faudrait relier toutes les banques de terminologie entre elles pour que le terminologue puisse vérifier ses données dans un réservoir lexicographique et terminologique unique.

L’identification la plus sûre que l’on puisse obtenir du caractère lexicalisé ou néologique de l’unité terminologique analysée est à ce prix : l’interrogation par ordinateur.

Annexe

Fiche du corpus d’exclusion lexicographique et terminologique
Reproduction de la Fiche du corpus d’exclusion lexicographique et terminologique

Bibliographie du corpus d’exclusion lexicographique et terminologique

Dictionnaires généraux français

Dictionnaires généraux anglais

Notes

[1] Le plus bel exemple récent des ouvrages de cet ordre est sans doute celui de Maurice RHEIMS : Dictionnaire des mots sauvages. Écrivains des XIXe et XXe siècles, Paris, Larousse, 1969, 604 p.

[2] L’étude de la créativité lexicale chez San ANTONIO ou dans le Canard enchaîné, par exemple, pose des problèmes autrement complexes.

[3] Jean-Claude CORBEIL, Analyse des fonctions constitutives d’un réseau de néologie, L’aménagement de ta néologie, Actes du colloque international de terminologie 1974, Office de la langue française, Québec, mai 1975, p. 29.

[4] Le terme besoin est ici utilisé au sens qu’on lui donne en terminologie, c’est-à-dire qu’il sert à « suggérer, d’une part l’existence réelle et précise d’une chose nouvelle, d’autre part, le fait que cette nouveauté cherchera un moyen de se nommer [...] » (Jean-Claude CORBEIL, article cité, pp. 29-30).

[5] Alain REY, Essai de définition du concept de néologisme, L’aménagement de la néologie. Actes du colloque international de terminologie 1974, Office de la langue française, Québec, mai 1975, p. 24.

[6] Voir en particulier les efforts de Zygmunt STOBERSKI dans Babel et les expériences sur l’arabe contemporain à l’Institut d’Études et de recherches pour l’arabisation (IERA) de Rabat, sous la direction de Ahmed Lakhdnr GHAZAL. En réalité, c’est tout le monde de la terminologie qui est en effervescence.

[7] Voir Néologie en marche, série b : langues de spécialités, no 4, Office de la langue française, Québec, septembre 1978, § 3.3. p. 32 et suiv. et § 3.5. p. 41 et suiv.

[8] Voir le développement de ces concepts dans Néologie en marche, série b, no 4, § 3.3. p. 32 et suiv.

[9] Du strict point de vue morphologique, l’unité construite peut en effet, à l’insu du créateur, exister déjà dans un dictionnaire. Le locuteur n’est jamais à l’abri d’une faille dans sa compétence lexicale.

[10] Nous renvoyons le lecteur à l’introduction de Pierre AUGER, directeur de la terminologie à l’Office de la langue française, parue dans le numéro 1 de Néologie en marche, série b, Régie de la langue française, Québec septembre 1976. L’auteur y explique l’élaboration du Réseau de néologie.

[11] Une équipe, animée par M. Roger GOFFIN, chef de la terminologie automatisée au Bureau de terminologie de la Commission des communautés européennes (CCE), a récemment entrepris des recherches dans le même sens.

[12] L’aménagement de la néologie. Actes du colloque international de terminologie 1974, Office de la langue française, Québec, mai 1975, 214 p.

[13] Huit numéros des cahiers de Néologie en marche (langue générale) sont parus.

[14] Des travaux de néologie sont actuellement en cours, à Québec et à Paris, dans les domaines suivants : énergies nouvelles, environnement, électronique’et informatique, tourisme et hôtellerie, etc.

[15] Louis GUILBERT, Les travaux de linguistique en matière de néologie. L’aménagement de la néologie, Actes du colloque international de terminologie 1974, Office de la langue française, Québec, mai 1975, p. 123. Voir les pages suivantes de son article où il développe ce concept du « jugement de néologie ».

[16] Les étapes antérieures du traitement sont décrites dans Néologie en marche, série b, no 1, Régie de la langue française, septembre 1976, pp. XXIII-XXV. Voir également les prospectives d’Alain REY, article cité, pp. 23 et suiv. et celles de Jean-Claude CORBEIL, article cite, pp 32 et suiv.

[17] À l’Office de la langue française, le travail s’accomplit tant sur des corpus français que sur des corpus anglais.

[18] Voir la large acception qui est donnée au terme néologisme dans Néologie en marche, série b, no 1, Régie de la langue française, Québec, septembre 1976, p. XII.

[19] Ces cahiers contiennent aussi des articles théoriques sur la néologie en particulier et sur la terminologie en général. Douze numéros sont parus, ou en cours de parution, jusqu’à maintenant.

[20] Pour connaître le sens des abréviations, voir la bibliographie à la suite de la fiche du corpus d’exclusion.

[21] Par A. MANUILA et coll., Paris, Masson et Cie, 1970-1975, 4 vol.

[22] Par A. MÉTRO, Paris, Conseil international de la langue française, 1975, 432 p

[23] Association française de normalisation, Paris, décembre 1974, 86 p.

[24] Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, Québec, 1974, 268 p.

Le développement de la néologie dans la francophonie

À l’automne 1974, l’Office de la langue française du Québec organisait un colloque international consacré à l’aménagement de la néologie dans la francophonie[1]. Jusqu’à cette date, fort peu de rencontres scientifiques avaient choisi comme thématique les problèmes spécifiques à la néologie. Le titre même du colloque situait d’emblée les débats au cœur des recherches terminologiques et sociolinguistiques nouvelles, tant au niveau théorique qu’au niveau pratique d’ailleurs.

Parmi les résultats concrets issus de cette rencontre internationale, un réseau de néologie scientifique et technique a été mis sur pied au printemps 1975, à l’initiative du Québec et de la France. À l’origine, le but principal poursuivi par ce réseau était de répertorier les termes français nouveaux qui apparaissent quotidiennement dans de multiples domaines d’activités techniques et scientifiques ou encore de fournir, dans une optique prospective, des équivalents français aux néologismes anglo-américains qui pullulent en permanence dans la presse quotidienne ou hebdomadaire de l’Amérique anglophone. Dès avril 1975, deux équipes de terminologues-néologues étaient constituées : l’une était basée à Paris et gérée par l’Association française de terminologie (AFTERM)[2], l’autre travaillait à Québec sous la responsabilité de l’Office de la langue française. Les deux organismes étaient liés par des accords de coopération franco-québécoise en matière de néologie et de terminologie. Une dizaine de chercheurs se sont mis à parcourir la titanesque documentation française et anglo-américaine à la poursuite des néologismes. Ceux-ci étaient traqués pour le bon motif et non pas pour être condamnés ou frappés d’interdiction, sauf en cas d’infraction au génie lexical ou morphologique de la langue française.

En 1978, la Belgique se joignait au réseau, mais de manière moins officielle puisque aucun accord de coopération n’était signé entre les gouvernements belge et québécois. L’équipe belge est sous la responsabilité de M. Roger Goffin du Bureau de terminologie de la Commission des Communautés européennes (CEE). En plus de M. Goffin, l’équipe comprend quelques professeurs de l’Institut supérieur des traducteurs et interprètes (ISTI) de Bruxelles[3]. L’arrivée de l’équipe animée par M. Goffin a permis au réseau de prendre une dimension véritablement francophone.

Les changements survenus au Haut comité de la langue française au printemps 1980 ont entraîné la disparition de l’AFTERM et son remplacement par un nouveau partenaire français en la personne morale de l’organisme appelé FRANTERM.

À l’heure actuelle, plus d’une quinzaine de personnes (linguistes, traducteurs, terminologues, chargés de recherche) réparties sur plusieurs fronts de la francophonie consacrent une part importante de leurs travaux à la quête des néologismes dans des revues, des ouvrages et des documents spécialisés, préalablement sélectionnés en fonction des besoins de chaque organisme membre du réseau de néologie. Des domaines présumément néologènes font l’objet de sondages et de recherches. Les traitements linguistiques de ces nouveautés lexicales sont ensuite entrepris, c’est-à-dire que les terminologues-néologues cherchent à établir le statut néologique véritable de chaque terme par comparaison avec les outils lexicographiques les plus contemporains et pertinents à cet hallucinant exercice de vérification. Ils procèdent ensuite à l’élaboration des définitions et à la rédaction de notes techniques ou linguistiques (sémantiques, morphologiques, syntaxiques, etc.). Il faut cependant souligner qu’aucune décision normative n’est prise à cette étape du travail de recherche en néologie. Il s’agit essentiellement d’une recherche à caractère descriptif. La normalisation de certains néologismes pourra survenir ultérieurement, par exemple à l’occasion du traitement de certains dossiers par la Commission de terminologie de l’Office de la langue française au Québec ou par les commissions ministérielles de terminologie en France. Les cahiers de Néologie en marche numéros 1 (1976) et 4 (1978) donnent une description amplement détaillée de la méthodologie utilisée pour la mise au point des dossiers néologiques[4]. La méthodologie élaborée dès la formation du réseau fait l’objet d’une mise à jour continuelle, en particulier en ce qui regarde le corpus d’exclusion lexicographique et terminologique, pierre d’assise des travaux.

À ce stade-ci, il importe également de signaler qu’en plus du personnel affecté d’office aux recherches en néologie, l’Office de la langue française accorde des contrats à des chercheurs spécialisés dans des domaines de pointe au Québec, comme la nordologie (NEM 5 et 6), la musique électro-acoustique (NEM 19 et 20), les communications (NEM 21), la foresterie (NEM 29, 30 et 31[5]). Ces chercheurs sont des universitaires, des ingénieurs, des dirigeants d’entreprises, etc. aux prises avec de profonds besoins de désignations nouvelles pour des fins scientifiques, pédagogiques ou même fonctionnelles. Les travaux sont alors menés en collaboration avec les animateurs et les terminologues de l’Office de la langue française.

Les objectifs poursuivis par le réseau sont les suivants pour le Québec (voir NEM 1) :

  1. Répondre aux besoins exprimés en rendant disponibles le plus rapidement possible des néologismes de langue française chez les scientifiques, les techniciens, les ingénieurs, les étudiants;
  2. Si nécessaire, créer des néologismes français pour contrer l’infiltration des néologismes ou des emprunts anglo-américains dans notre langue[6];
  3. Sélectionner, analyser, normaliser les mots nouveaux qui s’opposent dans des situations de synonymie néologique ou terminologique;
  4. Développer chez les spécialistes de toute discipline des réflexes linguistiques bien français en matière de création lexicale;
  5. Utiliser la situation privilégiée du Québec en Amérique du Nord comme tremplin d’observation de la néologie américaine galopante et servir de relais avec le reste de la francophonie;
  6. Contribuer à l’enrichissement du stock lexical de la langue française dans son ensemble par des apports régionaux originaux en provenance du Québec, particulièrement dans des secteurs d’activités où le Québec est à la pointe des recherches dans le monde, comme les techniques de l’eau, le laser, la nordologie, la foresterie;
  7. Conduire des recherches théoriques purement linguistiques dans le domaine de la néologie[7].

Le principal support de la publication des résultats des recherches est la collection des cahiers Néologie en marche de l’Office de la langue française. Dans le cadre des travaux du réseau, vingt-six cahiers sont parus dans cette collection entre 1975 et 1981. L’Office menant des travaux de néologie depuis 1973, dix cahiers ont en outre été publiés dans une première série de NEM. La série a mettait surtout l’accent sur la langue à caractère plus général. Les dépouillements étaient orientés du côté des quotidiens et des hebdomadaires anglais du Canada et des États-Unis comme le Newsweek, le Time. Les séries a (langue générale) et b (langues de spécialités) ont fusionné en 1979[8].

On peut très sommairement évaluer à plus de 10 000 le nombre des unités lexicales nouvelles traitées par les différentes équipes de néologues depuis le début du fonctionnement du réseau. Un index cumulatif des quinze premiers cahiers de l’ancienne série b de NEM vient de paraître (NEM 24). Il comporte trois parties : un index français, un index anglais et un index pour les autres langues, comme le latin, le grec, l’allemand. Tous les termes apparaissant en entrée lexicographique dans les cahiers, de môme que ceux qui sont mentionnés dans les notes ou dans les enquêtes terminologiques spécifiques sont répertoriés dans les index. Un second index qui balayera les numéros 16 à 27 est en préparation et sera disponible au début de 1982. Par la suite, nous espérons publier un index cumulatif tous les dix numéros, chacun périmant le précédent en quelque sorte.

Les domaines ou les secteurs d’activités qui font l’objet des recherches sont avant tout sélectionnés en fonction des besoins particuliers de chacun des modules membres du réseau de néologie. L’ensemble des travaux finit par former une mosaïque terminologique française dont les retombées, québécoises d’abord, francophones ensuite, sont indéniables. Le mouvement de francisation du Québec a su profiter à plus d’un titre de l’apport des néologismes français recensés ou créés par les participants au réseau. Depuis 1975, les secteurs suivants ont été explorés : pétrole, manutention, informatique, électronique, automatique, mesure, gestion, nordologie (le nord), tourisme, sport (planche à roulettes), loisirs, audiovisuel (cinéma, photographie, vidéo, disque), musique électro-acoustique (synthétiseur), communications (journalisme, relations publiques, télécommunications), emballage, sécurité industrielle, urbanisme, environnement. Plusieurs autres domaines ont fait l’objet d’incursions néologiques mais de manière plus ponctuelle, l’hebdomadaire L’Express et les phobies, par exemple.

De nouveaux travaux ont déjà été entrepris ou le seront sous peu dans les secteurs de la foresterie (mécanisation forestière), de l’alimentation, de la psychologie industrielle, des centres d’interprétation ou de sensibilisation, des énergies nouvelles ou renouvelables, de l’audiovisuel (techniques et technologies de renseignement) et de la critique d’art.

Les cahiers Néologie en marche paraissent régulièrement, quoique de façon apériodique, au rythme d’une dizaine par année. Terminogramme, le bulletin d’information de la Direction de la terminologie de l’Office de la langue française, annonce la sortie de chaque nouveau cahier et en résume le contenu.

Dans un avenir rapproché le réseau de néologie compte prendre de plus en plus d’expansion de manière à rejoindre et à relier toutes les communautés francophones de par le monde. La santé et le développement de la langue française seraient assurés et le mouvement de francisation amorcé au Québec pourrait rejaillir partout dans le monde.

Notes

[1] Les actes ont été publiés par l’Éditeur officiel du Québec en mai 1975.

[2] L’équipe parisienne avait d’abord élé logée au Conseil international de la langue française (CILF) pendant l’année 1975 En 1976, l’AFTERM prenait la relève du CILF et devenait le partenaire français officiel du réseau..

[3] Une partie des travaux belges est publiée dans la revue Équivalences depuis 1978.

[4] Voir également Jean-Claude Boulanger, « Problématique d’une méthodologie d’identification des néologismes en terminologie », in Néologie et lexicologie. Hommage à Louis Guilbert. coll. « Langue et Langage », Paris, Librairie Larousse, 1979. p 36-46.

[5] Ces trois derniers cahiers paraîtront au début de 1982.

[6] Une prise de position officielle de l’Office de la langue française est parue sur la question de l’emprunt : Énoncé d’une politique relative à l’emprunt de formes linguistiques étrangères, Montréal, Office de la langue française, décembre 1980, 20 p.

[7] La néologie fait déjà l’objet d’un séminaire de recherche de 2[e] et de 3[e] cycles à l’Université Laval de Québec, et cela depuis trois ans. D’importantes leçons données dans des cours de terminologie au premier cycle universitaire (Québec, Montréal, Trois-Rivières, Sherbrooke) sont consacrées à la néologie théorique et pratique. Une bibliographie signalétique de plus de 1000 titres vient d’être publiée par l’auteur de cet article.

[8] La série complète des cahiers de NEM, 36 cahiers, est disponible chez l’Éditeur officiel du Québec.

Les étapes d’intervention des spécialistes dans le déroulement des travaux de néologie

1. Introduction

C’est désormais un lieu commun de dire que c’est dans les milieux socioprofessionnels que naissent et évoluent les néologismes scientifiques et techniques. C’est là que les éléments lexicaux nouveaux se développent, s’amenuisent ou disparaissent, de même qu’ils se hiérarchisent pour se constituer en système. C’est dans ce milieu ambiant et nulle part ailleurs que l’on peut les observer in vivo.

Dans les « boîtes terminologiques », que ce soit dans l’entreprise ou dans l’Administration, on accomplit des recherches pratiques et théoriques sur ces objets linguistiques en train de naître et d’évoluer, car ce sont des objets d’observation, au même titre que n’importe quel autre sujet d’expérience en laboratoire.

On analyse, on classe, on manipule, on répertorie les termes nouveaux. Dans le laboratoire terminologique, les néologismes n’ont pas d’existence professionnelle propre. Ils sont observés in vitro; leur vie réelle, in vivo, est ailleurs, dans un secteur d’activité qui leur est particulier, sinon exclusif.

Dans ce continuel système de va-et-vient des néologismes entre le laboratoire et le monde extérieur, les intervenants sont au premier chef le terminologue et le spécialiste. D’où l’importance de leur collaboration en matière de néologie conceptuelle et lexicale. « La création de termes techniques [et scientifiques] est une œuvre très complexe, qui exige une étroite et amicale collaboration entre le linguiste et le technicien. C’est l’avenir même de la langue qui est en jeu[1]. »

Si l’on pense que le terminologue-linguiste s’occupe du volet in vitro, c’est-à-dire de l’aspect proprement terminologique au sens linguistique du mot, l’apport du spécialiste dans les travaux de néologie est plus que désirable pour illustrer le volet in vivo. Il faut que le technicien, le scientifique et le chercheur soient associés à la démarche néologique (et néographique, diraient les savants linguistes) dès le démarrage des travaux. En effet, il est souhaitable que les termes nouveaux soient observés à partir du moment de leur fécondation jusqu’à leur naissance, en passant par toutes les étapes fœtales, plus que fragiles parfois.

Une fois nés, ils échappent à leur(s) géniteur(s), se noient dans la masse lexicale d’une langue pour vivre une existence indépendante jalonnée d’accidents, d’incidents ou d’une suite de succès ininterrompus dont les causes nous échappent encore parfois. Ce qui revient à dire, pour demeurer dans le domaine médico-biologique, que la néologie apparaît comme une fonction biologique normale et spontanée du langage que spécialistes et linguistes doivent guider et aménager ensemble, afin que l’Homme puisse nommer les idées et les objets qu’il veut convenablement maîtriser.

2. Les étapes d’intervention

Après ces quelques remarques liminaires sur la nécessité de la néologie et les conditions de survie de la langue, il serait utile d’examiner quelles sont les étapes ou les moments où le spécialiste peut intervenir dans ce processus d’aménagement néologique.

À l’occasion du colloque sur l’aménagement de la néologie organisé par l’Office de la langue française en 1974[2], Jean-Claude Corbeil avait dégagé et expliqué quatre fonctions essentielles au déroulement des travaux de néologie[3], il s’agit de la fonction dépistage ou repérage des nouveautés conceptuelles et, par conséquent, des besoins lexicaux, de la fonction traitement, de la fonction recherche et de la fonction diffusion.

Dans trois de ces fonctions, le spécialiste est appelé à jouer un rôle non négligeable que nous tâcherons d’analyser dans la suite de cet exposé. La fonction recherche est plus spécialement orientée vers la linguistique.

2.1. Fonction dépistage

Au cours de cette première étape, qui consiste à repérer les besoins tant conceptuels que lexicaux, le spécialiste peut grandement aider le terminologue-néologue à constituer la nomenclature que ce dernier doit traiter. D’une part, en effet, il peut aider à identifier et rassembler les concepts récents qui ont besoin de dénominations.

D’autre part, d’un premier tri, il peut désigner au terminologue les termes à retenir ou les termes à rejeter. Il peut aussi indiquer les zones de vocabulaires à analyser et situer les niveaux de langue socioprofessionnels qu’il convient d’examiner en priorité. Il peut également à cette étape signaler les concurrences synonymiques des termes sur le modèle suivant :

  1. Le néologisme est-il synonyme d’un autre néologisme? → néologisme + synonyme = néologisme
  2. Le néologisme est-il synonyme d’une unité terminologique déjà fortement lexicalisée? → néologisme + synonyme = terminologisme

Le spécialiste tout autant que le linguiste, le traducteur ou le terminologue est conscient des besoins néologiques de sa profession, de la profusion de ces nouveautés dans certaines circonstances, de leur naissance par dizaines chaque jour et de leur prolifération en français, envahissement pas toujours profitable ou désirable pour la langue si le flot n’en est pas contenu par des règles précises d’aménagement linguistique.

2.2. Fonction traitement

C’est à cette étape du travail néologique que l’intervention du spécialiste acquiert un caractère particulièrement marquant. Le traitement est d’ordre linguistique et technique. Il relève du terminologue, mais son efficacité est liée aux avis que le spécialiste émet, en particulier au cours du volet technique.

L’intervention peut être utile à trois moments précis : pour la sélection du corpus d’exclusion, et plus particulièrement la partie terminologique de ce corpus, pour l’élaboration des définitions, pour la rédaction des notes techniques.

2.2.1. Le corpus d’exclusion lexicographique et terminologique constitue en quelque sorte la cheville ouvrière de nos travaux de néologie. C’est à l’aide de ce filtre linguistique que le terminologue s’assure du degré de nouveauté de l’unité terminologique qu’il doit traiter[4]. Son élaboration sera donc particulièrement soignée.

La sélection des ouvrages lexicographiques généraux ne pose pas de problème au terminologue. En général, celui-ci connaît bien ces outils linguistiques. Il en va parfois autrement pour les dictionnaires à vocation terminologique spécialisée. À cette étape du choix du corpus d’exclusion technique et scientifique, il nous faut l’aide et les conseils des experts pour chacun des domaines en cause. Il ne peut en être autrement si l’on désire obtenir le maximum de garanties concernant le type de recueils qu’il faut sélectionner. Ceux-ci, pour un seul domaine, existent en nombre souvent incalculable. Un choix s’impose donc parmi la masse de dictionnaires, d’encyclopédies, de lexiques bilingues et multilingues, de vocabulaires, etc. qui s’imposent au terminologue.

Il nous semble que le spécialiste est è même de préciser les critères qui guideront la sélection de ces recueils. Ces critères sont les suivants, présentés sans ordre prioritaire :

2.2.1.1. La nouveauté de l’ouvrage

Il ne suffit pas que le dictionnaire soit tout à fait récent pour être retenu. Encore faut-il que l’on sache ce qui le différencie des autres ouvrages similaires qui existent déjà, les besoins qui sont à la base de son élaboration, sa place dans le système terminologique d’un domaine.

2.2.1.2. La qualité du contenu

Seule, à notre avis, une analyse effectuée par le technicien, le scientifique ou le chercheur peut préciser le degré de qualité du contenu d’un tel ouvrage et son orientation scientifique. La qualité du contenu est souvent liée au sérieux et à la renommée de l’expert ou de l’organisme qui a été responsable de sa confection. La présentation, le choix de la nomenclature, le traitement des données lexicographiques, la maniabilité de l’ouvrage, sont autant de points à examiner.

2.2.1.3. La pertinence

Le recueil sélectionné pour faire partie du corpus d’exclusion doit être de préférence monoscientifique ou monotechnique, c’est-à-dire s’intéresser en profondeur à une seule science, une seule technique, à moins qu’il ne s’agisse d’une encyclopédie très connue. Les petits ouvrages ont l’avantage de la rapidité dans leur élaboration et ce critère est important pour juger du degré de nouveauté des apports lexicaux récents. C’est au spécialiste que revient la tâche de préciser la pertinence de l’ouvrage dans le domaine à l’étude.

2.2.1.4. La représentativité

Le dictionnaire choisi doit être représentatif d’un état de langue donné dans les domaines scientifiques et techniques, c’est-à-dire qu’il doit refléter réellement ce que sont la science et la technique à l’étude, et cela pour chacun des niveaux d’usage linguistique socioprofessionnel. Et c’est l’expert qui connaît le mieux l’état d’une langue professionnelle, tant sous son aspect temporel que sous son aspect spatial (géographique).

2.2.1.5. La diffusion

Il est évident que la diffusion de l’ouvrage dans les principaux milieux professionnels en cause joue un rôle. C’est au spécialiste de nous dire si un ouvrage est bien ou mal diffusé, bien ou mal connu, s’il est efficace ou non. Un dictionnaire mal utilisé ou peu répandu n’a pas avantage à faire partie du corpus d’exclusion puisque les termes qu’il contient doivent de toute manière être diffusés.

2.2.1.6. La disponibilité

Cet aspect revêt son importance quand on connaît les difficultés éprouvées parfois pour acquérir un ouvrage. Les dictionnaires à faible tirage, extrêmement coûteux et mal distribués ne rendent guère de services à cette étape du travail néologique. Là encore, le spécialiste est un guide pour nous.

Sans l’apport du scientifique et du technicien, le terminologue entretiendrait continuellement des doutes quant au choix de son corpus spécialisé.

Voilà donc un volet très important du rôle du spécialiste dans les travaux néologiques.

2.2.2. Une fois que les termes susceptibles de combler les lacunes d’un vocabulaire ont été retenus, il faut poursuivre leur traitement terminologique. L’élaboration de la définition et la normalisation apparaissent comme des éléments essentiels nécessitant l’avis du spécialiste. Nous délaisserons la normalisation, puisqu’en néologie cet aspect n’est pas aussi primordial que dans les travaux de terminologie proprement dits et qu’il en sera par ailleurs question plus tard au cours de ce colloque. La définition retiendra davantage notre attention.

Le terminologue-néologue s’attend que le spécialiste l’aide à construire techniquement la définition. C’est à lui que revient la tâche de rassembler les traits sémantiques nécessaires à l’élaboration de celle-ci. En définitive cependant, c’est avec l’aide du linguiste, donc en comité, que la définition finale sera rédigée et approuvée. Le linguiste apporte la certitude quant à la qualité de l’énoncé définitoire qui doit observer des régies strictes sur le plan du système linguistique.

L’aide du spécialiste permet d’ajouter des sèmes oubliés ou négligés, ou encore de retrancher des éléments inutiles et qui nuisent à la bonne compréhension de la définition; elle permet d’établir le niveau socioprofessionnel de l’énoncé définitoire en introduisant des termes usuels de la spécialisation, elle permet d’élargir le champ de la définition au-delà du contexte ou du microcontexte, surtout lorsque ceux-ci ne sont pas assez clairs ou qu’ils sont trop restreints.

Les techniciens et les terminologues « doivent s’entraider, les uns précisant les traits pertinents au contenu notionnel, les autres étudiant la mise en forme des définitions et l’intégration au système linguistique[5] ». S’il n’y a pas de collaboration à cette étape, on risque de se retrouver avec des ouvrages qui ne pourront recevoir de caution ni scientifique, ni linguistique. La toilette de la définition profite donc à plus d’un titre du regard scrutateur des spécialistes, qui sont garants du contenu scientifique et technique véhiculé par le terme créé et par sa définition.

2.2.3. La rédaction des notes techniques à joindre aux dossiers des néologismes relève, pour une bonne part, du spécialiste. Celui-ci permet d’aller au-delà de la simple description lexicale et cautionne ainsi l’exactitude du terme nouveau.

2.3. Fonction recherche

Cette fonction est d’ordre linguistique et théorique. Elle vise à faire progresser les études et les connaissances sur la néologie comme phénomène linguistique.

2.4. Fonction diffusion

Le spécialiste peut ici intervenir à plusieurs niveaux :

Il peut faire connaître très rapidement dans son milieu socioprofessionnel l’existence des travaux de néologie et les résultats produits jusqu’à maintenant, car on ignore trop souvent l’existence de tels travaux. Il peut jouer un rôle d’incitation à recourir aux organismes spécialisés dans ce genre de travaux et révéler l’existence de méthodologies du travail en néologie.

Il peut participer au processus de normalisation future de ces travaux. Le sort du néologisme correct et indispensable est de tendre vers la lexicalisation lorsqu’il est bien connu, accepté et utilisé. Il tombe alors dans le domaine de la terminologie fonctionnelle. La normalisation viendra alors entériner et cautionner le choix effectué auparavant.

Surtout, le spécialiste qui a travaillé en néologie et qui a appris à connaître, à maîtriser, à manœuvrer les régies de formation des unités lexicales, qui a appris a aimer la langue dans toutes ses fonctions, en particulier la néologie, ce spécialiste est à même de contribuer à modifier des attitudes néfastes, des préjugés inadmissibles devant le ressourcement du lexique et les possibilités créatrices des individus. Sur le plan psycholinguistique, le spécialiste peut contribuer à modifier des comportements.

Sa connaissance des procédés de création l’aidera à participer plus pleinement à l’ensemble du processus de francisation entrepris au Québec. Ce cheminement dont le but ultime est une langue française de qualité se fera ainsi plus rapidement.

La néologie est un phénomène, j’allais dire un bien, inévitable. Bien maîtrisée, elle peut devenir un remède efficace aux maux de la langue. Il ne faut pas avoir peur du médecin, après tout c’est celui qui guérit, qui remet en bonne santé les personnes malades, leur indique comment lutter contre la maladie. De spécialiste peut montrer que la langue française possède dans son fonds les capacités et les ressources nécessaires pour exprimer toutes les nouveautés du monde des sciences et des techniques. De même, il peut contribuer à faire acquérir des réflexes de construction bien français qui respectent les règles du système de la langue.

Le spécialiste peut aussi contribuer à modifier une attitude que les puristes ont imposée et qui fait voir le dictionnaire comme une bible linguistique dont il ne faut guère sortir. Dans le domaine du lexique, il n’existe pas de règles strictes ni de norme absolue qui obligent à accepter ou à rejeter un élément lexical. « Aucun néologisme ne peut être frappé d’interdit en tant que faute contre le système de la langue. Il peut être critiqué, mais non condamné, sauf par les grammairiens, qui manifestent une défiance systématique à l’égard de tout terme nouveau, en vertu de critères idéologiques et non linguistiques. Le seul domaine où puisse intervenir une réglementation est celui de l’emprunt [...][6] ».

3. Conclusion

La nécessité et le besoin de mots nouveaux sont liés à l’évolution du monde et à la communication imposée par ce phénomène. C’est un rôle vital pour le langage. Le néologisme est impérieusement demandé et il n’en a jamais été autrement à travers les siècles. « Tout le monde crée des mots nouveaux, le savant aussi bien que l’ignorant, le travailleur comme le fainéant, le théoricien comme le praticien[7] ».

Mais la création et l’évolution du langage, notamment du langage scientifique et technique; doivent être guidées, toujours avec pour objectif premier de lui assurer une plus grande efficacité. Cette efficacité dépend des relations que le spécialiste et le terminologue entretiennent. Leurs rôles dans l’action créatrice en néologie sont étroitement imbriqués.

La communication efficace existera dans la mesure où la compréhension et l’uniformisation des acceptions et des formes linguistiques constitueront un consensus chez ces deux catégories de chercheurs. Faire l’unanimité sur le sens des mots et sur leur forme est en effet souvent plus difficile que de faire l’unanimité sur les réalités qu’ils désignent.

Les spécialistes donnent l’occasion à la terminologie de franchir les barrières professionnelles, et les linguistes permettent aux choses et aux concepts de franchir les barrières linguistiques.

Somme toute, peu importe le degré de connaissances livresques du terminologue pour un domaine donné, il n’en demeure pas moins que la terminologie efficace ne peut exister sans que les spécialistes jouent leurs rôles et y apportent leur caution. Ce sont eux qui nagent au milieu du langage vivant, qui le font et qui en usent quotidiennement, le néologue est un observateur, le spécialiste un expérimentateur. Plus que jamais l’ombre du spécialiste couvre de son aile protectrice les travaux de néologie, un terme qui n’est pas utilisé, qui répond peu ou prou à un besoin, n’est guère qu’un inutile lambeau de pourpre lexical.

Notes

[1] Le Bidois, Robert, Les mots trompeurs ou le délire verbal, Paris, Hachette, 1970, p. 70.

[2] L’aménagement de la néologie, Actes du Colloque international de terminologie, Lévis (Québec), du 29 septembre au 2 octobre 1974, Québec, Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, mai 1975, 214 p.

[3] Corbeil, Jean-Claude, « Analyse des fonctions constitutives d’un réseau de néologie », in L’aménagement de la néologie, Actes du Colloque international de terminologie, Lévis (Québec), du 29 septembre au 2 octobre 1974, Québec, Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, mai 1975, p. 29-39.

[4] Cf. Jean-Claude Boulanger, « Problématique d’une méthodologie d’identification des néologismes en terminologie », in Néologie et lexicologie. Hommage à Louis Guilbert, Collection « Langue et Langage », Larousse Université, Paris, Librairie Larousse, 1979, p. 36-46.

[5] Actes du 6e colloque international de terminologie, Pointe-au-Pic (Québec), du 2 au 6 octobre 1977, Québec, Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, août 1979, p. 104.

[6] Guilbert, Louis, « La néologie », in Grand Larousse de la langue française, Paris, Librairie Larousse, t. 4, 1975, p. 3592.

[7] Nyrop, Kr., Grammaire historique de la langue française, Tome troisième : Formation des mots, 2e éditions revue, Copenhague, 1936, p. 3.

L’innovation lexicale spontanée et l’innovation lexicale planifiée[1]

L’inscription de préoccupations néologiques dans le cadre d’un colloque comme celui de la SILF manifeste bien le dynamisme grandissant de la recherche scientifique en néologie et la quasi-impossibilité d’ignorer un champ d’activités qui entraîne de plus en plus dans sa sphère d’influence des chercheurs de tous les horizons linguistiques. Les recherches sur la néologie ont des incidences non seulement sur les études lexicales et sémantiques, mais elles ont aussi des répercussions sur la plupart des secteurs qui prennent le langage comme objet d’étude.

Un certain nombre de facteurs déterminants sont à la source de la sortie de la néologie du maquis linguistique où elle s’était tapie en attendant ses nouveaux défenseurs. J’énumérerai brièvement quelques-uns des éléments qui ont provoqué un regain d’intérêt pour la créativité lexicale. Puis, je passerai à quelques considérations générales sur la néologie avant de terminer par l’analyse détaillée des réactions au thème proposé.

1. Les facteurs de l’émergence de la néologie

Parmi la kyrielle de facteurs à la source du regain d’intérêt pour la néologie, je retiendrai le purisme, la terminologie, la lexicographie et la pédagogie. Ce sont ceux qui se profilent en filigrane des textes compulsés.

1.1. Le purisme

Traditionnellement, en particulier depuis Vaugelas, la recherche sur le lexique et la sémantique a fortement souffert du fixisme imposé à l’époque classique, en réaction contre un certain faste linguistique de la Renaissance. L’interdiction politique de néologiser a culminé et s’est cristallisée à ce moment.

La tradition puriste apparaît notamment comme un vigile qui empêche la modernisation linguistique et freine en quelque sorte l’expansion normale et naturelle de la langue. Les Français n’osent plus innover linguistiquement. « L’excès de purisme, trop souvent imbu d’une intolérance sans limites, n’a guère servi jusqu’à présent qu’à scléroser et à pétrifier la langue française en la rejetant vers son passé » (Boulanger 1978, p. 12).

Cette spoliation lexicale fut longtemps soumise à une autre contrainte, celle des chroniqueurs de langue qui déversaient leurs idées passéistes dans un nombre impressionnant de journaux. Pendant des dizaines et des dizaines d’années, les mises en garde quotidiennes ou hebdomadaires ont surgi par centaines contre les emprunts, les régionalismes, les néologismes, monolithisant la langue française à sa seule conception centralisatrice, normée, autarcique et passéiste.

L’éclatement de la barrière puriste n’est pas venu spontanément de la France où la querelle centralisatrice s’est exacerbée dans le combat anti-emprunt étiemblien[2]. Après la Deuxième Guerre mondiale, l’ordre universel avait changé suscitant un nouvel ordre linguistique. On s’est mal accommodé du fait que « les anglo-américanismes actuels sont donc représentatifs de notre époque, comme les italianismes l’ont été au XVIe siècle » (Bécherel 1981, p. 122) et les latinismes au Moyen Âge. Par une sorte de transfert tout à fait compréhensible, on a rejeté sur la langue des craintes d’une toute autre provenance. L’intérêt que la France a payé pour avoir publicisé ses emprunts a largement dépassé les taux habituels d’intégration qui permettent d’exercer une surveillance sur la fluctuation ou l’inflation linguistique.

L’atténuation de l’emprise puriste, qui est en elle-même une cause négative face à la néologie, favorise par certains de ses aspects la relance de la recherche néologique.

1.2 La terminologie

La stabilisation récente de la terminologie en tant que discipline reconnue et élaborée au sein des sciences du langage est redevable à la néologie d’un certain nombre de principes. D’un autre côté, la néologie, considérée comme un phénomène global de créativité linguistique, doit beaucoup à des chercheurs avant-gardistes qui ont dirigé leurs regards du côté des langues terminologiques. « Les terminologies spécialisées deviennent les zones pionnières d’exploration et d’étude de la néologie » (Boulanger 1978, p. 14). Elles ouvrent des perspectives nouvelles pour comprendre la dynamique de la créativité lexicale, saisie en quelque sorte sur le vif.

Nul ne peut prétendre à nier l’importance et l’influence du couple néologie/terminologie en linguistique au vu des multiples tentatives actuellement connues dans le monde pour procéder à un aménagement terminologique adéquat. Pour chacun des pays concernés, l’appel terminologique est proprement lié à l’appel néologique.

L’urgence néologique en ce sens n’est plus à démontrer : les uns ont besoin d’un afflux considérable de termes nouveaux; les autres ont besoin de redresser à l’aide d’un vocabulaire neuf une situation linguistique aberrante et tout à fait inacceptable; d’autres encore ont besoin d’éléments pour construire une langue qui atteigne un niveau suffisant pour assurer la communication nationale et internationale. Les exigences des démarches scientifiques et politiques et celles de la linguistique n’étant pas du même ordre, il est fréquent que les linguistes répugnent à entériner des mots nouveaux produits à l’aide des mécanismes internes, par calques ou par emprunts directs. Pourtant les techniciens et les hommes de science ont un impérieux besoin de termes qui sont à la mesure de leur démarche scientifique et dont la précision est un gage de bonne communication. Pour ces raisons, l’un des aspects fondamentaux du processus de l’aménagement linguistique est de permettre aux uns (scientifiques, politiciens, chercheurs) et aux autres (linguistes, terminologues) de se parler et de discuter dans le cadre concret de la pratique.

1.3. La lexicographie

Malgré sa visée descriptive, le dictionnaire est considéré par la plupart des consulteurs, soit d’une manière consciente, soit d’une manière inconsciente, comme un instrument normatif qui répond pour eux à ce qui est bien et à ce qui est mal en matière de lexique et même de langue, le dictionnaire suppléant parfois à la grammaire. S’il était vraiment et totalement normatif, le dictionnaire serait unique, sans concurrent. Or, il est aisé de s’apercevoir que la réalité est très différente.

Des rapports réels entre le dictionnaire et la néologie, on connaît fort peu de choses. Il sied de signaler deux directions de recherches à parfaire ou à entreprendre : 1. l’interprétation de la marque néol. dans les dictionnaires actuels; 2. le statut des unités consignées ou non enregistrées dans les dictionnaires de langue, ainsi que leur mise en rapport avec des dictionnaires de néologismes qui paraissent régulièrement depuis une quinzaine d’années.

1.4. La pédagogie

La réticence et la résistance constatées à l’égard de la néologie chez les usagers généraux et professionnels de la langue, prennent leur source dans l’absence totale de pédagogie à ce point de vue. Le poids d’horreur ou de rejet supporté par la néologie doit beaucoup au manque de connaissance et de conviction des pédagogues, dont plusieurs sont réticents à transmettre des informations auxquelles ils accordent peu d’intérêt. Jusqu’à récemment dans toute la francophonie, aucun cours complet de néologie et de formation des mots n’était au programme des études, ni au niveau du premier cycle, ni au niveau des cycles supérieurs. À l’exception de la tentative de Louis Guilbert en France autour des années 1970-1975, à ma connaissance, le vide pédagogique est presque complet et il persiste.

Du point de vue pédagogique, je retiendrai quatre attitudes fondamentales qui ont des incidences sur le parcours que les étudiants suivent ou ne suivent pas pour avoir accès à quelques connaissances en néologie.

  1. Une attitude progressiste dont la gamme va de la témérité avisée à une prudence réfléchie, la néologie pouvant constituer une idéologie de recherche pour les uns et une saine curiosité pour les autres.
  2. Une attitude de circonspection, alliée au désir de perpétuer une option idéologique qui se rattache à une normalisation et à un conservatisme centralisateurs, comportement qui perçoit la néologie comme un phénomène linguistique sujet à réprobation, sinon à condamnation sans appel. Les attaques répétées des puristes sont à ranger sous cette étiquette.
  3. Une attitude qui écarte totalement la néologie des préoccupations de recherche ou d’étude, manifestant ainsi soit l’ignorance du phénomène, soit le désintéressement total, soit l’expectative.
  4. Une attitude qui ne reconnaît pas à la néologie un statut indépendant en linguistique, mais la rattache au grand champ des recherches sur le lexique, la sémantique et la morphologie.

Idéalement, l’arsenal des moyens de création lexicale devrait être mis à la disposition des étudiants le plus tôt et le plus raisonnablement possible. Il y a beaucoup à faire dans l’enseignement pré-universitaire afin de préparer non seulement les futurs linguistes ou professionnels de la langue, mais aussi les futurs usagers de la langue à une connaissance minimale des mécanismes de formation des mots, au même titre que tous apprennent un minimum de règles grammaticales.

2. Quelques considérations sur la néologie

2.1. Je rappelle d’abord, pour mémoire, qu’il y a innovation lexicale lorsque l’on constate l’existence d’un mot ( et ou seul) qui n’était pas réalisé à un moment déterminé et antérieur du code d’un système linguistique. Ce moment peut être rapproché (sida; sonal) ou plus ou moins éloigné (aubette; traversier; magasinage). Dans le premier cas, on parle de néologie synchronique; dans le second, de néologie diachronique. L’innovation lexicale a lieu pour une seule et unique raison : combler une absence dans le lexique d’une langue.

2.2. La recherche scientifique dans le domaine de la néologie peut revêtir deux aspects généraux : un aspect lexicologique et un aspect lexicographique.

L’aspect lexicologique consiste à analyser les innovations lexicales des points de vue linguistique et sociolinguistique : mécanismes de création, modalités de création, conditions d’insertion des néologismes dans la société, fonctionnement effectif dans le discours. La création proprement dite de néologismes relève de cet aspect, que ses buts soient individuels (création spontanée) ou collectifs (création dirigée, planifiée).

L’aspect lexicographique consiste en la cueillette pure et simple des néologismes en vue de la consignation et d’études dont les fondements sont dictionnairiques. Ce repérage est la tâche habituellement impartie aux lexicographes et aux groupes de recherche comme le réseau des observatoires ou des laboratoires linguistiques qui « sont à l’écoute de la diversité et de l’évolution des usages, notant tout néologisme d’emploi dans des canaux de grande communication (presse, radio...) » (Tournier 1982, p. 82).

2.3. L’une des façons les plus objectives de recenser la pénétration des mots nouveaux dans la langue, c’est-à-dire de vérifier leur lexicalisation, repose sur une analyse statistique. On peut mesurer ainsi le degré d’implantation d’un néologisme dans différents groupes de locuteurs : moment de l’entrée du mot en discours individuel, sa prise en charge par un collectif (groupe socioculturel ou socioprofessionnel donné), enfin sa généralisation dans la société, dont l’aboutissement ultime est le plus souvent la consécration lexicographique. Pour un nombre donné de néologismes, on peut étudier leur répartition dans différents groupes d’âge, dans différents groupes socioprofessionnels, etc. (ex. écographie, sida), leur diffusion, c’est-à-dire leur connaissance hors des cercles d’élites (ex. terminographie, orthonymie) et leur fréquence d’usage (ex. walkman, vidéo).

2.4. Lorsqu’un linguiste discute de la possibilité d’innover en matière lexicale ou lorsqu’une personne crée un mot, l’un et l’autre exécutent une opération qui fait appel à des mécanismes qui permettront de combler les lacunes dénominatives identifiées dans certaines zones du lexique. Le recours aux mécanismes acquis se fait d’une manière consciente lorsque l’individu exerce des fonctions professionnelles. La création se fait d’une manière inconsciente et automatique lorsque l’individu se trouve dans une situation de vie quotidienne ordinaire.

3. Réactions au thème proposé

D’entrée de jeu, deux remarques indicatrices s’imposent :

3.1. L’orientation médicale (psychiatrique) de la néologie a été mise de côté, ou elle était ignorée par les répondeurs. Personne ne l’a évoquée. Il est utile de rappeler que pour le psychiatre ou le médecin, le premier sens de néologie ou de néologisme est : « mot forgé par un malade mental, incompréhensible pour l’entourage » (PR). Cette définition fait référence à la création ex nihilo ou désordonnée, et elle restreint la création chez le « normal ». Par ailleurs, « son originalité essentielle réside dans son caractère individuel, subjectif, par quoi il s’oppose à toute la production linguistique, normale, qui est, par essence, sociale et collective » (Manuel alphabétique de psychiatrie, 1965, p. 379).

3.2. En compilant les données qui apparaissent dans les textes recueillis, j’ai été frappé par la rareté d’emploi des termes néologie et néologisme au profit d’autres termes syntagmatiques comme : innovation lexicale, création lexicale, dynamique lexicale, nouvelle formation synthématique, mot nouveau et quelques autres. Malgré le dirigisme préconisé par l’énoncé thématique, seule Bécherel utilise le terme néologie; je rencontre cependant création de néologismes (Walter), néologisme (Walter, Peeters, Akamatsu), emploi néologique, usage néologique (Paquot-Dupuis), pratique néologique et procédé néologique (Bécherel). Le terme néologie serait-il devenu impropre ou tabou? Il est toutefois remarquable de constater que ceux qui utilisent ce terme ou ses dérivés, le font dans une perspective terminologique plutôt que dans la perspective de la langue générale : références aux commissions ministérielles ou aux organismes de terminologie ayant des pouvoirs d’intervention linguistique.

En revanche, s’il y a rejet du terme, cela peut signifier le refus de considérer la néologie comme une entité autonome au sein de la linguistique. Elle reste camouflée ou intégrée aux volets plus connus et sécuritaires de la recherche linguistique, comme la lexicologie, la sémantique, la morphologie, etc.

3.3. L’analyse des données recueillies

Le pôle d’attraction du sujet de discussion proposé était bien évidemment la comparaison entre l’innovation lexicale spontanée et l’innovation lexicale planifiée. Mises à part les quelques nuances terminologiques évoquées, tous les commentateurs acceptent la dichotomie, entre ces deux facettes de la créativité lexicale. Tous reconnaissent également la difficulté de les scinder totalement. Une distinction pratique, utile à l’étude scientifique, rallie la majorité des intervenants, puisqu’en réalité le phénomène de la création de mots ne se laisse guère isoler dans des tranchées séparées : toute création lexicale nouvelle est un fait idiolectal à un moment donné avant d’être repris par un infragroupe puis par la communauté linguistique, et cela suivant des modalités déterminées.

L’innovation spontanée est du ressort individuel et se réfère le plus souvent au discours quotidien et habituel des usagers. L’innovation planifiée relève d’une concertation que l’on peut qualifier d’institutionnelle, dirigée de l’intérieur par un groupe de locuteurs à qui on reconnaît professionnellement le pouvoir de créer des mots nouveaux. Elle vise avant tout à satisfaire des besoins terminologiques de toute nature. La stratégie de création dans ce cas est celle qui permet à l’individu ou aux individus formant le groupe créateur de s’effacer derrière l’institution qu’ils représentent.

J’ai regroupé en quatre catégories les réactions reçues. J’énumère brièvement les principaux points abordés dans chacune des catégories.

3.3.1. Linguistique

Les interventions proprement linguistiques ont permis des regards sur :

3.3.2. Sociolinguistique

Les aspects sociolinguistiques peuvent se ramener à :

3.3.3. Normalisation

Les rapports entre la normalisation et la néologie sont au centre de nombreux débats, en particulier depuis que des organismes ont créé des comités ou commissions investis simultanément d’un pouvoir d’innover en matière lexicale et de celui d’entériner et de cautionner les innovations par le canal de la normalisation ou de la recommandation.

Ces institutions ont pouvoir de disposer du lexique selon des critères idéologiques qui peuvent aller jusqu’à l’interdiction de créer ou d’employer un mot.

Sous l’étiquette de la normalisation, je rangerai également les interventions qui ont traité de l’emprunt (Akhmanova, Bécherel), tant comme phénomène d’innovation que dans la perspective d’une lutte anti-emprunt. Celle-ci vise à remplacer systématiquement les mots étrangers par des éléments autochtones. Cette lutte est actuellement plus perceptible dans les efforts déployés par les commissions de terminologie nationales dont certaines furent créées dans ce seul but.

3.3.4. Lexicographie

Enfin, la néologie a été mise en rapport avec la lexicographie (Akhmanova, Martinet, Weiser). La consécration suprême pour un mot nouveau est la panthéonisation lexicographique. Traditionnellement, la consignation prenait la forme du dictionnaire. Depuis quelques années, cet enregistrement peut revêtir l’allure d’un texte officiel, comme les arrêtés ministériels de terminologie en France ou les répertoires d’avis de normalisation et de recommandation au Québec. Le stockage dans une banque de données lexicales et terminologiques marque l’ultime étape de la modernisation des outils lexicographiques.

Dans l’exercice de son métier, le lexicographe ne doit pas créer de néologismes. Son rôle se cantonne à l’enregistrement pur et simple des produits nouveaux qu’il rencontre dans la littérature dépouillée (Akhmanova). Il décerne le certificat de naissance d’une innovation linguistique, de naturalisation pour un emprunt, et il en rédige les caractéristiques physiques et mentales sous la forme d’un discours macrostructural.

Le dictionnaire de langue a pour fonction première de décrire le lexique. Pour le scrutateur avisé, il recèle néanmoins une foule d’indications grammaticales, y inclus des inventaires d’éléments morphologiques libres ou liés qui permettent aux locuteurs de construire analogiquement de nouveaux mots (Martinet). Sans fournir l’ensemble des modèles de construction, le dictionnaire occupe un avant-poste dans le domaine de la connaissance des mécanismes de créativité[3].

Un autre aspect des rapports entre la lexicographie et la néologie est celui qui consiste à vérifier purement et simplement l’existence d’un mot. L’usager consulte le dictionnaire non seulement pour savoir si un mot est correct ou non, mais aussi pour en constater l’existence. Et pour lui, exister veut dire enregistré dans son dictionnaire, puisqu’en général un usager ordinaire possède ou consulte rarement plus d’un ouvrage. Si le terme ne figure pas dans l’ouvrage à sa disposition, il peut aller jusqu’à s’en interdire l’emploi ou à en condamner l’utilisation. Des interprétations contradictoires quant au statut d’un mot découlent de l’habitude de se fier exagérément à un seul dictionnaire : à quoi ou à qui l’usager doit-il accorder sa confiance lorsqu’il est en face de plusieurs choix possibles? Pour l’usager ordinaire du dictionnaire, l’interprétation n’offre guère qu’une alternative : ou bien le mot existe, ou bien il n’existe pas. C’est là l’une des grandes questions que doivent analyser la néologie et la lexicographie.

Londres, septembre 1983.

Bibliographie

Discussion

Danièle Bécherel (à Jean-Claude Boulanger) : Je me demande si l’on ne pourrait pas établir des degrés dans le caractère néologique, dans la « néologicité » d’un terme. Car il y a des créations qui ne font que réaliser les possibilités du système : je pense à des modèles aussi fréquents que la correspondance -able/-abilité, par exemple, qui peuvent être immédiatement compris et ne posent donc aucun problème à l’usager.

Danièle Bécherel (à A. Paquot et H. Depuis) : À propos de l’exemple professeur-femme/femme professeur, je me demande si le succès de l’abréviation prof n’est pas dû également à la possibilité de la féminiser?

A. Paquot et H. Dupuis : Cependant, que l’on ne s’y trompe pas, l’éclosion évidente de formes féminines dans le domaine des titres, au Québec, n’est pas aussi spontanée qu’elle pourrait le paraître à première vue. On peut en effet dater ce phénomène qui, loin d’être né d’une volonté populaire, est le résultat d’une forme de dirigisme tout à fait conscient. On se souvient qu’en 1976, Mme Louise Cuerrier, alors vice-présidente de l’Assemblée nationale du Québec, avait affirmé par la voix des journaux qu’elle ne porterait pas le titre de vice-présidente tant que toutes ses consœurs de l’Assemblée nationale n’auraient pas le privilège de porter elles aussi un titre féminin. Vivement intéressé par la question, le Conseil du statut de la femme entreprenait peu après des démarches auprès de l’Office de la langue française, qui émettait en 1979 un avis officiel où il encourageait la formation de titres féminins « respectant la morphologie française ». Entre-temps, le Conseil, par la voix de son périodique La Gazette des femmes, commençait à utiliser systématiquement les titres féminins et le périodique Châtelaine emboîtait le pas. Le mouvement était donc et est encore concerté.

Madeleine Mathiot : Mon commentaire s’adresse tout particulièrement à Jeanne Martinet et à Danièle Bécherel qui différencient les modèles utilisés dans l’innovation lexicale sur la base de la composition des termes.

Je propose que ce soit la structure lexicale interne des termes qui forme la base d’une typologie de ces modèles. Par structure lexicale interne, j’entends les unités lexicales —ou semi-lexicales— dont ces termes sont constitués.

Je propose également que la relation du sens et de la forme dans ces unités soit établie grâce aux définitions populaires données par les sujets parlants. Dans ce cadre, trois cas peuvent être distingués :

  1. Il n’y a pas de relation sentie par le sujet parlant entre forme et sens. C’est le cas des expressions idiomatiques figées. La structure lexicale interne du terme est opaque. Un exemple est celui de casse-pied dont la définition populaire (la mienne en l’occurrence) peut être : « quelqu’un qui vous embête ».
  2. Il y a une relation immédiate sentie par le sujet parlant entre forme et sens. La structure lexicale interne du terme est immédiatement transparente. Voici quelques exemples :
    • bleu-ciel, dont la définition populaire peut être : « bleu comme le ciel ». Le modèle dans ce cas est : « Comparaison entre une couleur (bleu) et quelque chose dans le monde du sujet parlant (ciel) ».
    • lave-vaisselle, dont la définition populaire peut être : « instrument pour laver la vaisselle ». Le modèle dans ce cas est : « Instrument servant à accomplir une fonction (laver la vaisselle) ».
  3. Il y a une relation lointaine mais encore sentie par le sujet parlant entre forme et sens. La structure lexicale interne du terme est semi-transparente. Un exemple est celui du terme anglais red wood, dont la définition populaire (la mienne en l’occurrence) peut être : « un genre de grand pin qui pousse en Californie (± il y a quelque chose de rouge) ». Le modèle dans ce cas est « couleur de quelque chose ».

Il est intéressant de comparer les listes des modèles qui correspondent aux deux cas de transparence. Par exemple :

L’expérience que j’ai acquise au cours de mes travaux lexicologiques suggère que dans les deux cas de transparence mentionnés ci-dessus, on obtient des listes relativement restreintes de modèles. Ces listes me paraissent bien différentes de celles que l’on obtient en utilisant la notion de motivation.

Claude Poirier : Une remarque à propos du mot néologisme. On comprend qu’un spécialiste en terminologie ou en planification linguistique n’éprouve pas de gêne à se servir du terme néologisme. Pour moi, qui suis engagé dans l’étude du lexique québécois, le mot néologisme ne peut pas servir à nommer un fait de langue qui s’écarte de la langue standard, par ex. un mot québécois magasiner; il s’agit dans ce cas d’une innovation. Je ne l’emploierais pas non plus en parlant d’un emprunt en usage dans la langue commune (par ex. le mot break en québécois), le mot emprunt étant le terme le plus approprié. L’emploi du mot néologisme me paraît conditionné, dans mon usage en tout cas, par le caractère récent d’un emploi donné ou encore par son appartenance à un vocabulaire spécialisé (terminologie).

Gisèle Ducos (à Danièle Bécherel) : Pourquoi avoir distingué « dérivés », « composés » et « unités syntagmatiques » : on est en synthématique dans les trois cas? On pourrait suggérer pour unité syn-thématique, unité en voie de figement.

Françoise Mandelbaum-Reiner : Il m’a semblé que l’on réduisait la formation d’un mot nouveau à la solution trouvée pour subvenir à un besoin communicatif immédiat. Un enfant, qui ne trouvait pas le moyen de nommer une personne qui dit plein de gros mots, s’est laissé aller à inventer le synthème gromotiste[4]. Vous conviendrez que les énonciateurs de ce qu’il est coutume de nommer « gros mots » existent depuis fort longtemps.

N’était-il pas nécessaire de nommer, au fil du temps, les personnes qui disent plein de gros mots? Ou l’interdit éducatif pèse-t-il encore si lourd qu’il bloque la production de cette désignation?

J’ai retenu avec intérêt la distinction que faisait Jean-Claude Boulanger entre néologisme et innovation lexicale, car il ne me semble pas souhaitable de faire l’impasse de la dimension pathologique véhiculée par une des connotations du terme néologisme. Dans la mesure où, par la formation spontanée volontaire de gromotiste, cet enfant s’est rendu service à lui-même mais a, du même coup, rendu service à la communauté toute entière, classerez-vous ce mot dans les néologismes ou dans les innovations lexicales?

Jean-Pierre Goudaillier : Dans son rapport, Jean-Claude Boulanger a rappelé que dans la plupart des cas l’innovation lexicale spontanée était rejetée par les puristes. L’innovation lexicale planifiée n’est-elle pas, quant à elle, le fait de puristes, lorsqu’il s’agit en France de « lutter » contre le franglais, les anglicismes! J’ai précisé « en France », car la situation est évidemment très différente au Québec (6 millions de francophones encerclés par environ 250 millions d’anglophones) et en France. Les urgences ne sont pas du tout du même ordre. De ce fait, autant je peux comprendre la nécessité « vitale » de la lutte menée par nos amis québécois, autant je ne peux pas —et refuse— de le comprendre en France. Il est intéressant de noter que la pression de l’anglais a provoqué ces dix dernières années un grand remue-ménage, voire même un grand « remue-méninges » (pour reprendre un terme utilisé ce matin!), chez tous ceux chargés de planification en France. Ceci n’a pas forcément abouti à des résultats toujours heureux. Et l’on peut vraiment se poser la question du devenir de certaines propositions des commissions de terminologie en France. L’exemple de ferry-boat ([feʁi] dans de nombreux usages) est particulièrement intéressant à cet égard : ce mot est véritablement passé dans la langue. Pagnol l’a même immortalisé sous la forme de [feʁibwat]. Son remplacement par transbordeur n’est pas sans poser quelques problèmes. Un transbordeur sert à passer des marchandises d’un gros bateau à un autre ou d’un navire éloigné de la côte au quai. Transbordeur renvoie d’autre part à pont transbordeur (on en trouvait un dans le port de Marseille, que l’on volt d’ailleurs dans un des films de la « Trilogie » de Pagnol, « Marlus » ne semble-t-il! ). Les Québécois, quant à eux, parlent d’un traversier. Ne serait-il pas souhaitable que nos terminologues se préoccupent de temps à autre de ce qui se passe en dehors de la seule francophonie hexagonale? Par ailleurs, en tant que linguiste, n’avons-nous pas, quant à nous, à vérifier, à établir les taux d’acceptabilité des termes préconisés? C’est ce que j’ai commencé à faire grâce à une enquête (cf. Actes du VIIe colloque de la Société internationale de linguistique fonctionnelle, Saint Andrews, 1980, p. 100-102 et 114-115) : exemple parmi d’autres, celui de bouteur, dont l’emploi est préconisé à la place de bulldozer; pour la quasi-totalité des enquêtés, bouteur est reconnu comme français mais rejeté par 100% des enquêtés, tandis que bulldozer est employé à pratiquement 100%, bien que reconnu comme anglais. Alors! Que penser aussi du remplacement de walkman par balladeur? J’ai une foule d’exemples du même type!

Sorin Stati : Le rapport et la discussion ont négligé le problème central du débat : la possibilité d’harmoniser les deux types d’innovations lexicales. L’explication me semble la suivante (et elle est objective) : la création individuelle a recours à des procédés qui ne coïncident que partiellement avec ceux des commissions terminologiques et similaires. Celles-ci traduisent des mots et locutions étrangers, proposent des calques, choisissent entre plusieurs dénominations en usage. En outre, la terminologie scientifique-technique évite de propos délibéré la synonymie et la polysémie, ce qui n’est pas le cas pour les innovations spontanées. Enfin, le référent (designatum) des mots nouveaux créés spontanément est normalement vague, propriété (défaut?) que les institutions qui « dirigent » l’évolution du lexique condamnent et évitent.

Notes

[1] L’auteur a publié dans La Banque des mots (numéro 27, 1984) le texte complet de son rapport. La version qu’on va lire constitue donc un condensé ne comprenant que les références indispensables à sa compréhension. Le texte intégral fournit toutes les indications bibliographiques utilisées ainsi qu’un appareil de notes.

[2] L’ouvrage de Pierre Trescases, Le français vingt ans après, fait le point sur ce sujet.

[3] Un immense progrès a été accompli en ce sens grâce au Robert méthodique élaboré sous la direction de Josette Rey-Debove et publié en 1982. Le traitement des éléments de formation y est exemplaire. Il reste aux enseignants à apprendre comment s’en servir adéquatement.

[4] Cette graphie est celle que l’enfant créateur, par ailleurs considéré en échec scolaire global, a lui-même indiquée.

Quelques observations sur l’innovation lexicale spontanée et sur l’innovation lexicale planifiée[1]

Le sujet proposé à la réflexion des linguistes sur le thème de l’innovation lexicale a donné lieu à des interventions diversifiées qui montrent chacune à leur manière l’intérêt et la vitalité des recherches dans un champ d’analyse qui n’a pas toujours la faveur des savants linguistes. D’aucuns lui reconnaissent d’ailleurs une autonomie plus que relative, préférant l’intégrer à l’un ou à l’autre des grands secteurs habituels de la recherche sur le langage, comme la lexicologie, la sémantique, la morphologie, aussi bien que la syntaxe, la phonétique ou la phonologie.

L’inscription des préoccupations néologiques dans le cadre d’un colloque comme celui de la Société internationale de linguistique fonctionnelle, manifeste bien d’une part, le dynamisme grandissant de la recherche scientifique en néologie et, d’autre part, la quasi-impossibilité d’ignorer un champ d’activités qui entraîne de plus en plus dans sa sphère d’influence des chercheurs de tous les horizons linguistiques. Les recherches sur la néologie ont des incidences non seulement sur les études lexicales et sémantiques, mais elles ont aussi des répercussions sur la plupart des secteurs qui prennent le langage comme objet d’étude. À moins d’être de très mauvaise foi, on ne peut plus guère ignorer l’importance du phénomène de l’innovation lexicale dans les recherches sur le langage. L’émergence de la terminologie, qui commence à s’infiltrer dans les préoccupations des linguistes officiels que sont les universitaires, suit d’ailleurs le même cheminement.

L’autonomisation de la néologie et celle de la terminologie sont liées à des préoccupations idéologiques, tout comme la décision d’un chercheur qui s’affilie à une école linguistique pour mener ses études et ses recherches à bonne fin.

Depuis quelques années les rencontres[2], les projets[3] et les publications[4] dans le domaine de la néologie se succèdent à une cadence qui ne laisse pas de répit aux affamés d’information. Pour la période qui s’étend de 1960 à 1980, j’ai répertorié plus de 1000 titres d’ouvrages (articles, livres ou thèses) publiés sur la néologie de la langue française[5] . Ces dépouillements sont loin d’être exhaustifs; ils ne lèvent qu’un coin de voile sur la masse d’écrits existants, puisque je n’ai eu accès qu’à une faible partie de la production scientifique dans ce domaine. Depuis lors et avec le recul du temps, cette moisson s’est considérablement accrue, de sorte qu’une mise à jour de cette bibliographie s’avère indispensable. En outre, la reconnaissance de la néologie comme secteur de recherche privilégié en linguistique fut concrétisée par l’instauration d’un premier séminaire de recherche annuel au niveau des 2e et 3e cycles à l’Université Laval. Ce séminaire se déroule au trimestre d’hiver depuis maintenant quatre ans (1979-1982). Cette accréditation de la néologie permet de travailler en terrain sûr et au grand jour.

Ces quelques remarques introductives me permettent maintenant d’aborder directement le thème qui intéresse les participants à ce colloque.

Un certain nombre de facteurs déterminants sont à la source de la sortie de la néologie du maquis linguistique où elle s’était tapie en attendant ses nouveaux défenseurs. Pris individuellement, ils n’ont qu’une influence modérée. L’un entraînant l’autre, c’est leur conjoncture qui augmente la force de leur impact. J’énumérerai brièvement quelques-uns des éléments qui ont provoqué un regain d’intérêt pour la créativité lexicale. Puis, je passerai à quelques considérations générales sur la néologie avant de terminer par l’analyse détaillée des réactions que j’ai reçues au thème proposé. Par respect de la tradition des études en néologie, l’accent sera mis sur le lexique et sur ses branches satellites (sémantique, morphologie), puisque tel était le sujet soumis à l’analyse. C’est donc dire que je n’ignore pas qu’il puisse y avoir néologie ou innovation à d’autres niveaux, comme en phonétique et en syntaxe.

D’entrée de jeu, comme il arrive fréquemment dans les colloques, se pose une question de terminologie interne à la linguistique : quel vocabulaire utiliser? La grande variété des réactions écrites s’aligne sur le syntagme innovation lexicale, puisque c’est celui du libellé du thème. Par ailleurs, une variété synonymique quasi pléthorique a aussi été employée; mais je reviendrai sur ce point. J’utiliserai indistinctement pour l’instant : innovation lexicale (processus et résultat), création lexicale et néologie, ainsi que d’autres substituts stylistiques et dérivés claniques.

1. Les facteurs de l’émergence de la néologie

Parmi la kyrielle de facteurs à la source du regain d’intérêt pour la néologie, je retiendrai le purisme, la terminologie, la lexicographie et la pédagogie. Ce sont ceux qui se profilent en filigrane des textes compulsés. Bien entendu, il existe d’autres causes qui sont à l’origine de la reconnaissance du phénomène néologique, qui avait occupé un moment les linguistes de la fin du siècle dernier, en particulier A. Darmesteter. Elles pourront être évoquées lors de la discussion générale.

1.1. Le purisme

Traditionnellement, en particulier depuis Vaugelas, la recherche sur le lexique et la sémantique a fortement souffert du fixisme imposé à l’Époque classique, en réaction contre un certain faste linguistique de la Renaissance. L’interdiction politique de néologiser a culminé et s’est cristallisée à ce moment. Depuis, on s’en est si peu remis que la dictature puriste survit et sévit encore dans de nombreuses zones francophones, pour parler du français. Au 17e siècle, par l’intermédiaire du pouvoir politique qui poursuivait des buts hégémoniques, le lexique fut spolié de son droit naturel à l’enrichissement, droit si bien défendu et explicité par quelques grands poètes de la Pléiade. Un peu plus tard, au 18e siècle, le renouveau néologique fut vite absorbé une fois de plus dans des considérations politico-culturelles, et cela malgré quelques tentatives isolées. Ce n’est qu’à la fin de ce siècle des Lumières, qui a vu naître les principaux éléments de la famille lexicale de « néologie » (néologie, néologisme, néologique, néologue), lors du passage de la monarchie au système républicain, que l’innovation lexicale fut de nouveau tolérée. Mais ne nous y trompons pas, c’est l’idéologie dominante qui impose ce confortement. La nouvelle société instaurait de nouvelles règles. Il fallait bien qu’elles fussent nommées, phénomène qui nécessitait le relâchement des serres lexicales. Les besoins linguistiques nouveaux urgeaient tant dans le quotidien (les noms du calendrier républicain : vendémiaire, brumaire, frimaire, etc., tous créés en 1793 ni plus ni moins que par l’une des premières commissions de terminologie) que dans la politique, l’économie (émergence de la révolution industrielle) et la culture (les contacts avec l’étranger augmentent l’afflux d’anglicismes dans le lexique français : ex. sentimental). Les États-Unis aussi venaient d’instaurer un nouvel ordre politique et économique qui leur permettait d’entrer par la grande porte sur l’échiquier mondial. Les continents se rapprochaient, et si les langues se contaminaient de plus en plus, elles s’enrichissaient néanmoins mutuellement.

La tradition puriste apparaît constamment comme un vigile qui empêche la modernisation linguistique et freine en quelque sorte l’expansion normale et naturelle de la langue. Les Français n’osent plus innover linguistiquement. « L’excès de purisme, trop souvent imbu d’une intolérance sans limites, n’a guère servi, jusqu’à présent, qu’à scléroser et à pétrifier la langue française en la rejetant vers son passé » (Boulanger 1978, p. 12).

Cette spoliation lexicale fut longtemps soumise à une autre contrainte, celle des chroniqueurs de langue qui déversaient leurs idées passéistes dans un nombre impressionnant de journaux. Ils n’ont pas toujours prôné l’épanouissement de la langue française, tant s’en faut. Ils formaient bloc avec les puristes, les uns et les autres souvent confondus d’ailleurs. Pendant des dizaines et des dizaines d’années, les mises en garde quotidiennes ou hebdomadaires ont surgi par centaines contre les emprunts, les régionalismes, les néologismes, monolithisant la langue française à sa seule conception centralisatrice, normée, autarcique et passéiste[6]. La phobie du néologisme est une attitude éminemment subversive et dangereuse, dont les racines idéologiques remontent loin dans le temps et n’ont, pour ainsi dire, rien de linguistique.

L’éclatement de la barrière puriste n’est pas venu spontanément de la France où la querelle centralisatrice s’est exacerbée dans le combat anti-emprunt étiemblien, qui paraissait lutter davantage contre les Américains plutôt que contre les américanismes et les autres ismes lexicaux venus d’ailleurs[7]. Après la Deuxième Guerre mondiale, l’ordre universel avait changé suscitant un nouvel ordre linguistique qu’il s’agissait de contrôler et non de condamner sous des étiquettes sabirisantes. On s’est mal accommodé du fait que « les anglo-américanismes actuels sont donc représentatifs de notre époque, comme les italianismes l’ont été au XVIe siècle » (Bécherel 1981, p. 122) et les latinismes au Moyen Âge. Par une sorte de transfert tout à fait compréhensible on a rejeté sur la langue des craintes d’une toute autre provenance. Cette lutte sans merci s’est déroulée en oubliant les préceptes naturels de l’autorégulation des langues; d’autant que le mouvement de décolonisation linguistique débutait dans d’autres contrées, en particulier en Afrique, créant des besoins néologiques sans précédent, et dont on commence à comprendre l’importance aujourd’hui. La publicité faite au combat anti-emprunt a entraîné comme première conséquence la prise de conscience de l’américanisation du monde et, il ne faut pas en douter, la ferveur anglomaniaque de la France pour le monstre étatsunien[8]. Par voie de conséquence, on a assisté à l’entérinement et à la défense passive des nordaméricanismes. L’intérêt que la France a payé pour avoir publicisé ses emprunts a largement dépassé les taux habituels d’intégration qui permettent d’exercer une surveillance sur la fluctuation ou l’inflation linguistique. Aujourd’hui, les attitudes face à l’emprunt se temporisent et prennent une allure plus saine, mieux contrôlée.

L’emprise puriste était un facteur négatif pour la néologie. Son atténuation favorise par certains de ses aspects la relance de la recherche néologique.

1.2. La terminologie

La stabilisation récente de la terminologie en tant que discipline reconnue et élaborée au sein des sciences du langage est redevable à la néologie d’un certain nombre de principes. D’un autre côté, la néologie, considérée comme un phénomène global de créativité linguistique, doit beaucoup à des chercheurs avant-gardistes qui ont dirigé leurs regards du côté des langues terminologiques. On pense à Louis Guilbert (vocabulaire de l’aviation et de l’astronautique), Peter J. Wexler (vocabulaire des chemins de fer), Christiane Marcellesi (vocabulaire de l’informatique), Jean Dubois (vocabulaire politique et social) et bien d’autres qui, en France, ont mené ces études terminologiques dont le caractère néologique est non négligeable. Au Québec, on songe aux dizaines de thèses qui au Trésor de la langue française au Québec ont permis de dépouiller des milliers de pages d’archives à la poursuite des québécismes illustrant des techniques artisanales. Ces unités lexicales jamais répertoriées et que l’on verra incorporées dans ce monument lexicographique en préparation qu’est le TLFQ, sont indiscutablement des terminologismes. À côté de cela et pour une tranche synchronique plus moderne, on pense aux thèses en cours en terminologie dans les différentes universités québécoises ainsi qu’aux travaux de l’Office de la langue française. L’accélération des besoins terminologiques a suscité des recherches approfondies en néologie et sur les mécanismes sous-jacents de la créativité lexicale. « Les terminologies spécialisées deviennent les zones pionnières d’exploration et d’étude de la néologie » (Boulanger 1978, p. 14). Elles ouvrent des perspectives nouvelles pour comprendre la dynamique de la créativité lexicale, saisie en quelque sorte sur le vif.

Nul ne peut prétendre à nier l’importance et l’influence du couple néologie/terminologie en linguistique au vu des multiples tentatives actuellement connues dans le monde pour procéder à un aménagement terminologique adéquat, tel qu’on peut l’observer pour l’arabisation, la nationalisation des langues en Afrique, l’uniformisation linguistique en Chine, la latino-américanisation linguistique en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Pour l’ensemble des contrées concernées, l’appel terminologique est proprement lié à l’appel néologique. Surtout à l’heure où le monde entier tente d’effectuer un virage technologique qui soit linguistiquement réussi. Les pays du Sud sont constamment pendus aux basques des quelques rares pays du Nord qui possèdent une expérience de terrain en terminologie et en néologie et qui offrent des programmes de formation dans ces domaines ainsi qu’en aménagement linguistique.

L’urgence néologique en ce sens n’est plus à démontrer : les uns ont besoin d’un afflux considérable de termes nouveaux; les autres ont besoin de redresser à l’aide d’un vocabulaire neuf une situation linguistique aberrante et tout à fait inacceptable; d’autres encore ont besoin d’éléments pour construire une langue qui atteigne un niveau suffisant pour assurer la communication nationale et internationale. Les exigences des démarches scientifiques et politiques et celles de la linguistique n’étant pas du même ordre, il est fréquent que les linguistes répugnent à entériner des mots nouveaux produits à l’aide des mécanismes internes, par calques ou par emprunts directs. Pourtant les techniciens et les hommes de science ont un impérieux besoin de termes qui sont à la mesure de leur démarche scientifique et dont la précision est un gage de bonne communication. Pour ces raisons, l’un des aspects fondamentaux du processus de l’aménagement linguistique, est de permettre aux uns (scientifiques, politiciens, chercheurs) et aux autres (linguistes, terminologues) de se parler et de discuter dans le cadre concret de la pratique.

Le développement de projets linguistiques d’envergure politique dans plusieurs pays ou états des hémisphères nord et sud, contribue à concevoir et à éclaircir le rôle de la néologie dans des perspectives d’aménagement et d’intervention linguistiques planifiés.

1.3. La lexicographie

Les rapports entre les dictionnaires de langue et la néologie, quoique étroits, sont quelque peu troubles pour l’usager. Malgré sa visée descriptive, le dictionnaire est considéré par la plupart des consulteurs, soit d’une manière consciente, soit d’une manière inconsciente, comme un instrument normatif qui répond pour eux à ce qui est bien et à ce qui est mal en matière de lexique et même de langue, le dictionnaire suppléant parfois à la grammaire. S’il était vraiment et totalement normatif, le dictionnaire serait unique, sans concurrent. Or, la réalité est tout autre, puisqu’il suffit de jeter un rapide coup d’œil dans la moindre vitrine de libraire, de visiter la plus petite bibliothèque publique pour constater l’abondance de dictionnaires de langue en circulation. Il s’agit de comparer entre eux et brièvement quelques ouvrages d’égale importance pour voir surgir de nombreuses différences dans le traitement macrostructural et microstructural de ces ouvrages. Des rapports réels entre le dictionnaire et la néologie, on connaît fort peu de choses. Il sied de signaler deux directions de recherches à parfaire ou à entreprendre : 1. l’interprétation de la marque néol. dans les dictionnaires actuels; 2. le statut des unités consignées ou non enregistrées dans les dictionnaires de langue, ainsi que leur mise en rapport avec des dictionnaires de néologismes qui paraissent régulièrement depuis une quinzaine d’années[9].

La marque néol. qui affublait autrefois certaines entrées ou certains sens dans les dictionnaires, outrepassait sa signification d’indice temporel soulignant la nouveauté, pour revêtir un habit de juge qui statuait sur la valeur sociale du mot. Allant au-delà du simple signalement de l’apparition récente du mot dans la langue, cette marque servait davantage à situer le néologisme sur une gamme de prescriptions allant de l’acceptation prudente et réfléchie à la prescription totale. La marque, à cause des préjudices liés à la néologie au cours des années antérieures, représentait un signe de suspicion ou d’interdiction, une mise entre parenthèses du néologisme. La réaction, tout à fait normale des consulteurs était donc de croire qu’il était à peu près interdit d’employer le mot incriminé. A leurs yeux, en inscrivant une telle marque à côté d’un mot ou d’un sens, le lexicographe se posait en juge délégué du public et manifestait une désapprobation officielle dans une sorte de dilemme : cacher le mal et risquer qu’il soit répandu ou le montrer mais accompagné de sa condamnation afin de donner l’exemple, d’indiquer la voie à suivre. Tel fut pendant de nombreuses années le comportement lexicographique envers les néologismes.

La lexicographie contemporaine tente d’éliminer ce jugement gnomique et prescriptif en remplaçant de plus en plus la marque néol. par une simple date d’apparition du mot (ex. PR : ayatollah (1978), billetterie (1973)). Ce qui a l’avantage de situer toutes les unités lexicales d’une nomenclature sur un même pied en ce qui regarde les datations, c’est-à-dire sur une ligne temporelle ininterrompue. Cette technique permet également de mieux identifier, de mieux retracer les événements sociaux, politiques ou culturels qui sont à l’origine de ces unités nouvelles.

Le second aspect des rapports entre la lexicographie et la néologie concerne l’enregistrement ou le non-enregistrement des nouveautés lexicales et le statut immédiat de ces unités. Le lexicographe « est avant tout un enregistreur de phénomènes de société » (Cottez 1982, p. 51). L’usager s’attend donc à ce qu’il recueille les mots nouveaux qui correspondent à des phénomènes nouveaux. L’obstacle majeur à cette pratique est certainement le retard considérable entre le moment de la création d’un néologisme et le moment de la publication d’un dictionnaire qui en rend compte, même si au cours des récentes années les éditions des dictionnaires se succèdent beaucoup plus rapidement qu’avant pour contrer ces retards; sans parler des nécessités d’obéir à des impératifs commerciaux. Un moyen terme réside dans la publication assez fréquente depuis quinze ans de dictionnaires de néologismes qui constituent ni plus ni moins que des répertoires d’attente, des purgatoires (pour utiliser un terme que ne répudieraient pas les puristes), des antichambres de mots en quête de lexicalisation officielle. En accédant au dictionnaire de langue, certains de ces néologismes passeront à la postérité parce qu’ils répondent au critère de l’acceptabilité sociale. D’autres sombreront dans l’oubli profond et instantané, d’autres mèneront une vie féconde, mais souterraine, c’est-à-dire qu’ils seront l’objet de la réprobation sociale, du tabou, de l’interdiction[10]. On ne connaît pas encore très bien tous les facteurs qui font que les mots se classent dans l’une ou l’autre de ces catégories. Néanmoins, on observe ces dernières années qu’un début de libéralisation Iexi-cographique est en cours (PR) et irréversible dans l’état actuel de la société. Cette ouverture n’est cependant pas perceptible au même degré chez l’ensemble des lexicographes français[11], certains manifestant encore une nette préférence pour l’Honnête homme de l’époque pré-littréenne.

1.4. La pédagogie

Les trois premiers facteurs évoqués avaient en commun d’appartenir en propre à la linguistique au sens large. Le volet pédagogique peut se rattacher accessoirement à l’aspect linguistique. C’est dans ce sens que je voudrais l’examiner.

La réticence et la résistance constatées à l’égard de la néologie chez les usagers généraux et professionnels de la langue, prennent leur source dans l’absence totale de pédagogie à ce point de vue. Le poids d’horreur ou de rejet supporté par la néologie doit beaucoup au manque de connaissance et de conviction des pédagogues; plusieurs d’entre eux répugnent à transmettre des informations sur un sujet auquel ils accordent peu d’intérêt. Jusqu’à récemment, en ce qui regarde la langue française et dans toute la francophonie, aucun cours complet de néologie et de formation des mots n’était au programme des études, ni au niveau du premier cycle ni au niveau des cycles supérieurs. À l’exception de la tentative de Louis Guilbert en France autour des années 1970-1975, à ma connaissance, le vide pédagogique est presque complet et il persiste. Je ne sache pas qu’un seul cours de lexicologie ait pu suppléer à lui seul à cette lacune. Bien entendu, la créativité lexicale a été abordée, mais du bout des lèvres et de la craie : pour signaler vaguement l’existence de quelque chose qui ressemble à de la néologie; pour informer quelque peu les étudiants au sujet des préfixes et des suffixes, parce qu’il faut tout de même qu’ils ne puissent nier en avoir entendu parler le jour où ils seront aux prises avec les problèmes complexes de la création lexicale; pour effectuer des mises en garde contre la trop grande liberté prise par certains lorsqu’ils créent à tout vents et sans aucune précaution; pour prêcher en faveur du conservatisme linguistique; pour plaider quelquefois en faveur de la néologie en disant que c’est intéressant mais que malheureusement, on n’a pas le temps de s’attarder sur ce sujet[12] et que d’autres y pourvoiront en temps et lieu. Que dire par ailleurs de la connaissance en ce domaine dans les classes préparatoires à l’université!

Du point de vue pédagogique, je retiendrai quatre attitudes fondamentales qui ont des incidences sur le parcours que les étudiants suivent ou ne suivent pas pour avoir accès à quelques connaissances en néologie.

  1. Une attitude progressiste dont la gamme va de la témérité avisée à une prudence réfléchie, la néologie pouvant constituer une idéologie de recherche pour les uns et une saine curiosité pour les autres.
  2. Une attitude de circonspection, alliée au désir de perpétuer une option idéologique qui se rattache à une normalisation et à un conservatisme centralisateurs, comportement qui perçoit la néologie comme un phénomène linguistique sujet à réprobation, sinon à condamnation sans appel. Les attaques répétées des puristes sont à ranger sous cette étiquette.
  3. Une attitude qui écarte totalement la néologie des préoccupations de recherche ou d’étude, manifestant ainsi soit l’ignorance du phénomène, soit le désintéressement total, soit l’expectative.
  4. Une attitude qui ne reconnaît pas à la néologie un statut indépendant en linguistique, mais la rattache au grand champ des recherches sur le lexique, la sémantique et la morphologie.

Les formateurs universitaires ont donc le choix. Je crois que dans l’état actuel de la recherche scientifique et de l’enseignement universitaire, chacun peut s’identifier à l’une ou à l’autre des attitudes décrites. Cependant, aujourd’hui, la sensibilisation à la néologie est plus grande qu’auparavant et ces préoccupations attirent, sinon accaparent de plus en plus de chercheurs. L’avenir s’annonce plutôt positif à cet égard.

Idéalement, l’arsenal des moyens de création lexicale devrait être mis à la disposition des étudiants le plus tôt et le plus raisonnablement possible. Au Québec, les premières traces tangibles de cet enseignement peuvent être repérées au niveau universitaire. A mon sens, il y a beaucoup à faire dans l’enseignement pré-universitaire afin de préparer non seulement les futurs linguistes ou professionnels de la langue, mais aussi les futurs usagers de la langue à une connaissance minimale des mécanismes de formation des mots, au même titre que tous apprennent un minimum de règles grammaticales. Là réside le fondement même de la démythification et de la démystification de la néologie.

2. Quelques considérations sur la néologie

Ce long cheminement aura conduit au cœur de ce thème. Je livre maintenant quelques considérations générales sur la néologie; ces observations tisseront la toile sur laquelle je peindrai dans un moment le réseau des réactions provoquées par le sujet de réflexion imposé dans le cadre de ce thème.

2.1. Je rappelle d’abord pour mémoire, qu’il y a innovation lexicale lorsque l’on constate l’existence d’un mot ( et ou seul) qui n’était pas réalisé à un moment déterminé et antérieur du code d’un système linguistique. Ce moment peut être rapproché (sida; sonal) ou plus ou moins éloigné (aubette; traversier; magasinage). Dans le premier cas, on parle de néologie synchronique; dans le second, de néologie diachronique. Le constat de la néologicité d’un mot s’effectue de différentes manières : vérification lexicographique, connaissance mémorielle intuitive de la langue, etc. Le seul critère objectif demeure le contrôle lexicographique[13], fort critiqué mais néanmoins tout aussi commode et valable que le classement alphabétique des unités lexicales dans un dictionnaire. L’innovation lexicale a lieu pour une seule et unique raison : combler une absence dans le lexique d’une langue. Cette lacune peut avoir différentes explications :

  1. Besoin réel parce qu’un objet nouveau est créé ou découvert : didacticiel; didacthèque; sida.
  2. Remplacement d’un emprunt ou d’une forme fautive : sonal.
  3. Modernisation de la communication : féminisation des titres  : auteure.
  4. Création d’une concurrence synonymique pour différentes raisons :
    1. Choix psychologique ou esthétique personnel : terme/terminologisme; néologie/néonymie.
    2. Distinction géographique due à des causes sociolinguistiques variées : à frais virés (Q)/PCV (F).
    3. Prestige national : spationaute (en France), à côté de cosmonaute et astronaute qui proviennent respectivement d’emprunts russe et américain.
    4. Intérêt stylistique, par exemple en littérature (Céline, Queneau) et en poésie (ex. des mots sauvages, dérivation anthroponymique).
    5. Raffinement dans les rapports entre les concepts conduisant à une nouvelle hiérarchisation de ces rapports : terminologie/terminographie.
    6. Etc.

Les degrés de contrainte dans ces genres de créations varient suivant de réels impératifs, mais surtout suivant l’interprétation de chacun. Pour Lewis Caroll, les néologismes d’Alice, ou ceux de Zazie pour Raymond Queneau, sont aussi nécessaires au discours, à la vie, que les termes créés par les linguistes pour parler de leur science ou par les industriels et les techniciens pour parler de leurs produits ou découvertes.

2.2 La recherche scientifique dans le domaine de la néologie peut revêtir deux aspects généraux : un aspect lexicologique et un aspect lexicographique.

L’aspect lexicologique consiste à analyser les innovations lexicales des points de vue linguistique et sociolinguistique : mécanismes de création, modalités de création, conditions d’insertion des néologismes dans la société, fonctionnement effectif dans le discours. La création proprement dite de néologismes relève de cet aspect, que ses buts soient individuels (création spontanée) ou collectifs (création dirigée, planifiée).

L’aspect lexicographique consiste en la cueillette pure et simple des néologismes en vue de la consignation et d’études dont les fondements sont dictionnairiques. Ce repérage est la tâche habituellement impartie aux équipes de lexicographes et aux groupes de recherche comme le réseau des observatoires ou des laboratoires linguistiques qui « sont à l’écoute de la diversité et de l’évolution des usages, notant tout néologisme d’emploi dans les canaux de grande communication (presse, radio, etc.) » (Tournier 1982, p. 82). Contrairement à ce que l’on croit généralement, le passage au peigne fin de la littérature de toute provenance, puis le criblage ou le filtrage plus ou moins serré dans un corpus de dictionnaires donnés des unités retenues, n’a pas pour unique fin le repérage « des faits à leur naissance » (Tournier 1982, p. 82), c’est-à-dire le constat de l’apparition d’un nouveau mot sous la forme d’une attestation idiolectale. Il existe également dans cette sorte de travaux un repérage à rebours, qui consiste à reculer la date d’apparition d’un mot par le relevé d’une attestation antérieure à celle qui est connue ou encore à constater l’existence d’un mot dans une période antérieure au moment présent ou à une date donnée. Ainsi ayatollah 1978, cartergate 1983, sida 1983 font partie du groupe des faits relevés dès leur naissance; il est peu probable que l’on trouve beaucoup d’attestations antérieures. Tandis que vidéaste, consigné dans un numéro de la Banque des mots en 1983, apparaissait déjà dans des textes antérieurs à 1980; ce dernier exemple est à classer dans le second groupe. Le terme anglais monopsony, français monopsone, (contrôle du marché par un seul acheteur, voir monoply), donné comme néologisme par un auteur américain en 1981 et qui était déjà consigné dans le supplément de l’Oxford English Dictionary en 1933 et dans la plupart des grands dictionnaires de langue anglais et américains contemporains, entre dans la même catégorie. Il faut donc prendre au sérieux cet avertissement d’un lexicographe américain : « Before labeling technical terms neologisms the terms should be checked against standard unabridged dictionaries » (The study of technical vocabulary, 1982, p. 54).

2.3. L’une des façons les plus objectives de recenser la pénétration des mots nouveaux dans la langue, c’est-à-dire de vérifier leur lexicalisation, repose sur une analyse statistique. On peut mesurer ainsi le degré d’implantation d’un néologisme dans différents groupes de locuteurs : moment de l’entrée du mot en discours individuel, sa prise en charge par un collectif (groupe socioculturel ou socioprofessionnel donné), enfin sa généralisation dans la société, dont l’aboutissement ultime est le plus souvent la consécration lexicographique. Pour un nombre donné de néologismes, on peut étudier leur répartition dans différents groupes d’âge, dans différents groupes socioprofessionnels, etc. (ex. écographie, sida), leur diffusion, c’est-à-dire leur connaissance hors des cercles d’élites (ex. terminographie, orthonymie) et leur fréquence d’usage (ex. walkman, vidéo). Les niveaux sociolectal, socioculturel, socioprofessionnel ou socio-occupationnel et sociotemporel doivent donc être considérés dans la définition de la progression de la lexicalisation d’une unité nouvelle. Même si le dictionnaire se pose en témoin ultime, l’acceptabilité relève également d’autres forces qui ont plus de poids que l’enregistrement dictionnairique, qui est de toute évidence toujours en retard sur la vie des mots. Le dictionnaire témoigne de la civilisation, il ne la crée pas.

2.4. Lorsqu’un linguiste discute de la possibilité d’innover en matière lexicale ou lorsqu’une personne crée un mot, l’un et l’autre exécutent une opération qui fait appel à des mécanismes qui permettront de combler les lacunes identifiées dans certaines zones du lexique. Il s’agit essentiellement de lacunes dénominatives. Le recours aux mécanismes acquis se fait d’une manière consciente pour le linguiste lorsqu’il exerce ses fonctions professionnelles (je décide maintenant de créer le terme silfologue que je peux décoder ainsi : SILF + -o- + -logue, chacun des éléments composant ce terme ayant une signification et une fonction propres). La création se fait de manière quasi inconsciente et quasi automatique lorsque le même linguiste est en situation de vie quotidienne (conversation avec des familiers, des inconnus, etc.), tout comme l’usager habituel de la langue procéderait dans les mêmes circonstances (ex. les dérivés et les composés onomastiques ou les onomastismes : québécitude, proustien, gaullisme).

Une lacune structurale existe en autant que le paradigme de la cellule lexicale ou morphologique étudiée démontre l’existence préalable de certaines formes dans ce paradigme. Ces formes antérieures au nouveau mot constituent la référence, le moule, le modèle de la nouvelle création. Ainsi : inuktitutisme peut exister parce que québécisme, américanisme existent, et avant eux anglicisme, barbarisme, etc. De même pour gaminologue devant psychologue, soviétologue; sondagier devant langagier; analysibilité devant faisabilité, lisibilité, acceptabilité.

Ainsi s’explique peut-être l’échec ou le petit nombre de réussites dans le langage ordinaire des créations ex nihilo, c’est-à-dire des créations non motivées linguistiquement. La plupart proviennent d’ailleurs du secteur économique (publicitaire) : kodak, et elles ont des usages communicationnels de cet ordre. Leur inscription dans un discours plus fonctionnel est plus difficile (cf. cependant : quark). Les tentatives de recourir à ce genre d’innovations ont peu de succès peut-être parce que le client intuitionne la surcharge mémorielle qui lui serait imposée, ce qui contre la tendance à l’économie linguistique sur le plan lexical. La mémoire préfère s’en remettre à des modèles éprouvés.

3. Réactions au thème proposé

Le discours qui a précédé a mis en lumière plusieurs des arguments que les commentateurs et commentatrices ont utilisés d’une manière approfondie ou plus diffuse pour réagir à l’énoncé thématique. Ce long détour anonyme me ramène maintenant au centre même de l’analyse du thème : l’innovation lexicale spontanée ou planifiée.

D’entrée de jeu, deux remarques indicatrices s’imposent : l’une portera sur l’orientation résolument linguistique et sociale des recherches sur l’innovation lexicale; l’autre portera sur le statut même de la néologie au sein de la linguistique.

3.1. L’orientation médicale (psychiatrique) de la néologie a été mise de côté, ou elle était ignorée par les répondeurs. Personne ne l’a évoquée. Il est utile de rappeler que pour le psychiatre ou le médecin, le premier sens de néologie ou de néologisme est : « mot forgé par un malade mental, incompréhensible pour l’entourage » (PR). Cette définition est davantage explicitée dans le Dictionnaire général des sciences humaines : « mot nouveau, dérivé ou non de mots existants ou attribution d’un sens nouveau à un mot existant (néologisme d’utilisation ou paralogisme); possible chez le normal (enfant, jeu verbal), le néologisme se rencontre surtout chez les maniaques. De valeur souvent magique ou ludique, le néologisme atteste la désocialisation du malade, sacrifiant la fonction communicative du langage à sa fonction expressive » (p. 642). Cette définition fait référence à la création ex nihilo ou désordonnée, et elle restreint la création chez le « normal ». Par ailleurs, « son originalité essentielle réside dans son caractère individuel, subjectif, par quoi il s’oppose à toute la production linguistique, normale, qui est, par essence, sociale et collective » (Manuel alphabétique de psychiatrie, 1965, p. 379).

3.2. En compilant les données qui apparaissent dans les textes recueillis, j’ai été frappé par la rareté d’emploi des termes néologie et néologisme au profit d’autres termes simples ou syntagmatiques comme : innovation lexicale, création lexicale, dynamique lexicale, nouvelle formation synthématique, mot nouveau et quelques autres. Malgré le dirigisme préconisé par l’énoncé thématique, seule Bécherel utilise le terme néologie; je rencontre cependant les syntagmes création de néologismes (Walter), néologisme (Walter, Peeters, Akamatsu), emploi néologique, usage néologique (Paquot-Dupuis), pratique néologique et procédé néologique (Bécherel). Le terme néologie serait-il devenu impropre ou tabou? Y aurait-il eu une résistance tenace due au passé trouble du terme (origine historique, intervention puriste)? Y aurait-il un usage du terme strictement localisé et répondant à des besoins spécifiques? À ce sujet, il est remarquable de constater que ceux qui utilisent ce terme ou ses dérivés, le font dans une perspective terminologique, plutôt que dans la perspective de la langue générale : références aux commissions ministérielles ou aux organismes de terminologie ayant des pouvoirs d’intervention linguistique.

En revanche, s’il y a rejet du terme, cela peut signifier le refus de considérer la néologie comme une entité autonome au sein de la linguistique. Elle reste camouflée ou intégrée aux volets plus connus et sécuritaires de la recherche linguistique, comme la lexicologie, la sémantique, la morphologie, etc.

3.3. L’analyse des données recueillies

Le pôle d’attraction du sujet de discussion proposé était bien évidemment la comparaison entre l’innovation lexicale spontanée et l’innovation lexicale planifiée. Mises à part les quelques nuances terminologiques très instructives dans les énoncés analytiques, tous les commentateurs acceptent la dichotomie entre ces deux facettes de la créativité lexicale. Tous reconnaissent également la difficulté de les scinder totalement. Une distinction pratique, utile à l’étude scientifique, rallie la majorité des intervenants, puisqu’en réalité, le phénomène de la création de mots ne se laisse guère isoler dans des tranchées séparées : toute création lexicale nouvelle est un fait idiolectal à un moment donné avant d’être repris par un infragroupe, puis par la communauté linguistique et cela, suivant des modalités déterminées.

L’innovation spontanée est du ressort individuel et se réfère le plus souvent au discours quotidien et habituel des usagers. L’innovation planifiée relève d’une concertation que l’on peut qualifier d’institutionnelle, dirigée de l’intérieur par un groupe de locuteurs à qui on reconnaît professionnellement le pouvoir de créer des mots nouveaux. Elle vise avant tout à satisfaire des besoins terminologiques de toute nature. La stratégie de création dans ce cas est celle qui permet à l’individu ou aux individus formant le groupe créateur de s’effacer derrière l’institution qu’ils représentent. C’est cette dernière qui porte le poids du succès ou de l’insuccès du néologisme mis en marché; c’est le cas par exemple des groupes comme les commissions de terminologie, les comités de néologie, les centres de terminologie professionnels, etc. La responsabilité incombe donc à l’institution, même dans le cas où il n’y a qu’une seule personne à l’origine d’un néologisme destiné à s’insérer dans un contexte de communication institutionnelle ou officielle. L’individu n’est alors qu’un symbole qui se profile derrière la collectivité.

J’ai regroupé en quatre catégories les réactions reçues. Elles sont d’ordre linguistique, sociolinguistique, normatif ou lexicographique. J’énumère brièvement les principaux points abordés dans chacune des catégories. Il va de soi qu’une seule et même personne peut avoir émis des avis sur plus d’une catégorie. L’ordre d’examen n’est nullement prioritaire. Il respecte une démarche logique utile à la présentation des résultats. (Les noms qui apparaissent entre parenthèses dans cette partie du texte, sont ceux des linguistes ayant donné une communication dans le cadre de ce thème. Leurs textes sont parus dans les actes du colloque.)

3.3.1. Linguistique

Les interventions proprement linguistiques ont permis des regards sur :

3.3.2. Sociolinguistique

Les aspects sociolinguistiques peuvent se ramener à :

C’est le cas des médias qui servent plus ou moins de commissions de terminologie et qui utilisent parfois des néologismes peu conformes aux règles décrites du système (Akamatsu). Ainsi, un néologisme formé à l’encontre des règles peut être accepté. C’est le cas en français des mots formés à l’aide d’un point cardinal + Adj. : ouest-allemand, ouest-européen. « Ces composés, calqués de l’anglais, ne sont pas formés selon les règles de la syntaxe française, qui exigerait : Allemand de l’ouest, Européen de l’ouest, etc. » (Guilbert 1980, p. 405, sous ouest) (Martinet). Aujourd’hui, cet écart grammatical ou morphologique ne constitue plus guère une faute grave contre la langue. Une fois de plus, l’usage aura raison, même si grammaticalement il a tort. Le français se sera enrichi d’un nouveau mode de formation, ce qui n’est jamais négligeable.

3.3.3. Normalisation

Les rapports entre la normalisation et la néologie sont au centre de nombreux débats, en particulier depuis que des organismes ont créé des comités ou commissions investis simultanément d’un pouvoir d’innover en matière lexicale et de celui d’entériner et de cautionner les innovations par le canal de la normalisation ou de la recommandation. L’institution normative peut être de divers ordres : organismes politiques (Office de la langue française, Haut comité de la langue française (avant sa disparition)), organismes universitaires (comité de terminologie de l’Université Laval, de l’Université de Montréal), organismes nationaux ou internationaux ayant une vocation linguistique ou terminologique plus ou moins développée (CEE, ISO, CILF), les académies (Académie française, Académie de Moscou), les écoles linguistiques ou grammaticales, les dictionnaires, certaines industries ou consortiums industriels (informatique), des groupes culturels ou professionnels (les médias), des communautés linguistiques (les régionalismes québécois en face des mots hexagonaux), des individus dont l’autorité linguistique, politique, etc., est reconnue (grammairien comme Grevisse, écrivain et politicien comme Senghor).

Ces institutions ont pouvoir de disposer du lexique selon des critères idéologiques qui peuvent aller jusqu’à l’interdiction de créer ou d’employer un mot. L’ostracisme lexical a alors sa source dans des considérations qui n’ont rien de linguistique[14].

Sous l’étiquette de la normalisation, je rangerai également les interventions qui ont traité de l’emprunt (Akhmanova, Bécherel), tant comme phénomène d’innovation que dans la perspective d’une lutte anti-emprunt. Celle-ci vise à remplacer systématiquement les mots étrangers par des éléments autochtones. Cette lutte est actuellement plus perceptible dans les efforts déployés par les commissions de terminologie nationales dont certaines furent créées dans ce seul but.

3.3.4. Lexicographie

Enfin, la néologie a été mise en rapport avec la lexicographie (Akhmanova, Martinet, Weiser). La consécration suprême pour un mot nouveau est la panthéonisation lexicographique. Traditionnellement, la consignation prenait la forme du dictionnaire. Depuis quelques années, cet enregistrement peut revêtir l’allure d’un texte officiel, comme les arrêtés ministériels de terminologie en France ou les répertoires d’avis de normalisation et de recommandation au Québec. Le stockage dans une banque de données lexicales et terminologiques marque l’ultime étape de la modernisation des outils lexicographiques. Le dictionnaire imprimé demeure cependant la forme la plus privilégiée et la plus puissante. Il peut être général (dictionnaire de langue) ou spécialisé (dictionnaire terminologique).

Dans l’exercice de son métier de fabricant de dictionnaires, le lexicographe ne doit pas créer de néologismes. Son rôle se cantonne à l’enregistrement pur et simple des produits nouveaux qu’il rencontre dans la littérature dépouillée (Akhmanova). Il décerne le certificat de naissance d’une innovation linguistique, de naturalisation pour un emprunt, et il en rédige les caractéristiques physiques et mentales sous la forme d’un discours microstructural : orthographe, étymologie, datation, catégorisation lexicale et grammaticale, sens, etc.

Le dictionnaire de langue a pour fonction première de décrire le lexique. Par nature, ce n’est donc pas un outil grammatical. Pour le scrutateur avisé, il recèle néanmoins une foule d’indications grammaticales, y compris des inventaires d’éléments morphologiques (morphologismes) libres ou liés qui permettent aux locuteurs de construire analogiquement de nouveaux mots (Martinet). Sans fournir l’ensemble des modèles de construction, le dictionnaire joue un rôle non négligeable et occupe un avant-poste dans le domaine de la connaissance des mécanismes de créativité. Il me semble que cet aspect du dictionnaire mériterait d’être exploité pédagogiquement, ce qui contribuerait à améliorer la connaissance à la fois du dictionnaire et des règles de construction des mots nouveaux[15].

Ainsi, le rôle analogique peut se déduire de la façon suivante : dans le PR 1977, il y a 83 entrées de désabonner à désaxer. J’ai relevé 39 verbes en dés-, dont seulement 2 (désambiguïser et désarçonner), qui sont des créations parasynthétiques, n’ont pas de correspondants simples : ambiguïser, arçonner (ce terme technique figure cependant au Lexis 1979 sous arc. 3). Les 37 formes restantes signalent au client du dictionnaire qu’il peut modeler à tout vents d’autres formes en dés- qu’il ne rencontre pas dans ce dictionnaire mais dont il a besoin. Ceci sans enfreindre les normes. Les conditions extralexicographiques d’acceptabilité lui indiqueront cependant si le mot qu’il crée est recevable ou non dans son groupe social : *désabîmer, *désabonder, *désaboutir, désabriter, désaccoter, désaccrocher, désâmer sont des formes analogiquement possibles, mais inexistantes dans le PR et le Lexis. Les trois dernières formes sont des québécismes cités dans le GPFC[16], tandis que désabriter figure dans le DNALF[17], mais sans marque régionale. De ce lot, seul désâmer est une formation parasynthétique.

Un autre aspect des rapports entre la lexicographie et la néologie est celui qui consiste à vérifier purement et simplement l’existence d’un mot. L’usager consulte le dictionnaire non seulement pour savoir si un mot est correct ou non, mais aussi pour en constater l’existence. Et pour lui, exister veut dire enregistré dans son dictionnaire, puisqu’en général un usager ordinaire possède ou consulte rarement plus d’un ouvrage. Si le terme ne figure pas dans l’ouvrage à sa disposition, il peut aller jusqu’à s’en interdire l’emploi ou à en condamner l’utilisation par d’autres locuteurs. Ainsi, proustien qui n’apparaît pas dans la nomenclature du PR (voir cependant les annexes) et figure à celle du Lexis, peut être étiqueté comme néologisme dans un cas et lexicalisme dans l’autre. Des interprétations contradictoires quant au statut d’un mot découlent de l’habitude de se fier exagérément au dictionnaire : à quoi ou à qui l’usager doit-il alors accorder sa confiance lorsqu’il est en face de plusieurs choix possibles?

J’illustre par un dernier exemple, celui de con. Ce mot possède deux entrées dans le DUI 1982 : con 1 est la préposition italienne qui signifie « avec » : ex. con brio, « avec éclat » (musique); con 2 est une forme allomorphique du préfixe co-, exprimant le concours, l’union, la simultanéité. Le traitement de l’unité con est tout autre dans le PR où sont consignés également deux articles : con 1 est subdivisé en deux sections, l’une renvoyant au « sexe de la femme »; elle est accompagnée d’une marque de niveau de langue : vulg.; l’autre section développe l’acception familière ou vulgaire : « imbécile, idiot ». Con 2 renvoie au préfixe français. Le Lexis comporte trois entrées pour ce même petit mot, synthétisant les deux autres dictionnaires : une entrée s’attache au concept animé, une autre décrit la particule italienne, une dernière évoque le préfixe français. À première vue, cet exemple n’a rien de néologique. Il s’agit d’un cas de « normalisation » interne dû à une ou à des idéologies des lexicographes responsables de l’élaboration des dictionnaires pris ici comme témoins. Il recèle néanmoins une possibilité interprétative à connotation néologique. Le mot existe bel et bien et il est traité à des degrés variables selon les dictionnaires consultés, allant d’un traitement partiel à un traitement exhaustif. Pour l’usager ordinaire du dictionnaire, l’interprétation n’offre guère qu’une alternative : ou bien le mot existe, ou bien il n’existe pas. C’est là l’une des grandes questions que doivent analyser la néologie et la lexicographie.

Bibliographie

Notes

[1]. Cet article reprend le texte intégral d’un rapport présenté au 10e Colloque de la Société internationale de linguistique fonctionnelle (SILF), rencontre tenue à l’Université Laval du 7 au 13 août 1983. Une version condensée a été publiée dans les Actes du colloque.

[2]. Voir entre autres, L’aménagement de la néologie. Actes du Colloque international de terminologie, Lévis (Québec), 29 septembre au 2 octobre 1974. Auparavant, un Colloque international sur la néologie lexicale dans la francophonie s’était déroulé à Paris du 11 au 13 mai 1971. Les communications présentées à ce colloque ont été publiées par leurs auteurs dans différentes revues de linguistique (voir note 3).

[3]. Je pense ici aux projets mis sur pied au Conseil international de la langue française (CILF), qui a publié plusieurs milliers de néologismes entre 1973 et 1979, à l’Office de la langue française, qui a établi en 1975 un Réseau de néologie scientifique et technique, en collaboration avec la France, aux travaux du Centre de néologie lexicale de l’Université de Paris X (Nanterre), sous la direction de Louis Guilbert jusqu’en 1977, aux recherches menées sous l’impulsion de Bernard Quemada dans les URL de l’Institut national de la langue française en France.

[4]. Voir Jean-Claude Boulanger, Bibliographie linguistique de la néologie : 1960-1980. 1. Études linguistiques, 1981, 292 p. En plus de ces écrits sur la néologie, la période évoquée ici a vu naître de nombreux ouvrages lexicographiques à vocation néologique. On en aura une petite idée en consultant la deuxième partie de Jean-Claude Boulanger, « Petite bibliographie linguistique et lexicographique de la néologie », TermNet News, nos 2-3, 1981, p. 65-70.

[5]. Cf. la première partie de la note 3.

[6]. Voir mes remarques à ce propos dans l’introduction de la Bibliographie linguistique de la néologie, p. 21.

[7]. L’ouvrage de Pierre Trescases, Le franglais vingt ans après, fait le point sur ce sujet (cf. bibliographie).

[8]. Voir les propos de Lothar Wolf dans « La normalisation du langage en France. De Malherbe à Grevisse », La norme linguistique, p. 125-128. En particulier, sur le fait que « bon nombre de locuteurs français ont plus ou moins librement choisi leur comportement linguistique anglophile » (p. 128).

[9]. Cf. la deuxième partie de la note 3.

[10]. À propos de l’interdiction en lexicographie, voir Jean-Claude Boulanger, Aspects de l’interdiction dans la lexicographie française contemporaine, à paraître.

[11]. Les auteurs du Logos et du Dictionnaire usuel illustré (DUI) Quillet/Flammarion penchent plutôt vers le conservatisme et le bon usage éclairé en matière lexicographique.

[12]. Cet aspect de la formation universitaire des linguistes, des traducteurs et des terminologues a déjà été abordé ailleurs : Les stages en traduction et en terminologie, Actes du colloque tenu à l’Université Laval du 26 au 28 avril 1981. En particulier, Jean-Claude Boulanger, « Le stage en terminologie : une passerelle entre l’université et le milieu de travail », p. 81-90.

[13]. Le principe du filtrage lexicographique est à la base des travaux du Réseau de néologie scientifique et technique. La méthode de recherche de ce réseau est décrite dans Jean-Claude Boulanger, « Problématique d’une méthodologie d’identification des néologismes en terminologie », Néologie et lexicographie. Hommage à Louis Guilbert.

[14]. Sur ce sujet, voir la note 9.

[15]. Un immense progrès a été accompli en ce sens grâce au Robert méthodique élaboré sous la direction de Josette Rey-Debove et publié en 1982. Le traitement des éléments de formation y est exemplaire. Il reste aux enseignants à apprendre comment s’en servir adéquatement.

[16]. Glossaire du parler français au Canada (voir la bibliographie).

[17]. Dictionnaire nord-américain de la langue française (voir la bibliographie).

Petite bibliographie linguistique et lexicographique de la néologie

La présente bibliographie est en partie extraite d’un ouvrage beaucoup plus élaboré à paraître à l’Office de la langue française du Québec en 1981.

L’ouvrage est intitulé : Bibliographie linguistique de la néologie : 1960-1980. I. Études linguistiques. Près de 1 200 titres « néologiques » y sont répertoriés de façon signalétique[1].

Jusqu’à ce jour, aucune bibliographie officielle tant soit peu satisfaisante n’a été publiée dans le domaine de la néologie pour la simple raison que jusqu’à ces dernières années, la néologie végétait doucement, cachée derrière les grandes problématiques actuelles de la linguistique. Seuls quelques linguistes et quelques chercheurs isolés, mais perspicaces et avant-gardistes, l’ont examinée dans ses fondements théoriques et pratiques[2]. D’un autre côté, les recherches en terminologie ont également suscité le développement de théories et de méthodes de travail particulières pour la néologie[3].

Non seulement cette science nouvelle a-t-elle lancé ou relancé des grandes problématiques en matière de néologie (selon des points de vue linguistique et pragmatique), mais elle a, de plus, grandement contribué à démythifier et à revaloriser le phénomène de la néologie dans des domaines extralinguistiques, comme celui de la politique et celui des milieux socioculturels.

Ces attitudes se sont faites jour surtout depuis que de grands projets d’aménagement linguistique ont été élaborés et mis en route par certains pays ou États et qu’ils sont soutenus par des volontés politiques.

Notre petite bibliographie sélective concerne au premier chef les recherches linguistiques et lexicographiques portant sur la néologie de la langue française. Elle est de type signalétique et non de type analytique. Les rubriques ne comprennent que les indications indispensables au bon repérage de la publication « bibliographiée ». Par commodité, nous avons cru bon de regrouper les titres en subdivisions thématiques qui reprennent quelques-unes des grandes préoccupations actuelles de la néologie[4] :

I. Néologie : généralités
II. Néologie morphologique
III. Néologie sémantique
IV. Néologie d’emprunt
V. Néologie et siglaison
VI. Néologie et terminologie
VII. Néologie et idéologie
VIII. Néologie et sociolinguistique

De telles subdivisions thématiques sont absentes de la grande bibliographie citée au début de cet article. Cette dernière offre plutôt un classement alphabétique des auteurs. Trois index suivent le répertoire : le premier est thématique, le second « encyclopédique » et le troisième reprend les mots ou les morphèmes cités dans les titres.

Le tableau thématique que nous venons de donner se veut une illustration des orientations et des préoccupations multiples du phénomène de la néologie depuis une vingtaine d’années. Ces préoccupations vont de la simple analyse des processus variés de la formation des unités lexicales aux recherches récentes sur les implications juridiques de l’intervention des États dans les domaines linguistiques, et plus particulièrement dans les champs d’activités terminologiques. C’est le cas par exemple au Québec, milieu qui tente de modifier en comportements unilingues français des comportements linguistiques historiquement bilingues, et aux Communautés Économiques Européennes (CEE), organisme qui tend à instaurer des comportements linguistiques multilingues alors que six langues sont officielles dans les travaux qu’il accomplit.

Sauf de rares exceptions, les 163 premiers titres rassemblés ci-après proviennent d’articles et d’ouvrages dont la publication s’est échelonnée sur une période de vingt ans, soit entre 1960 et 1980. Ils constituent la première et la plus volumineuse partie de la bibliographie. À l’exclusion d’une dizaine de derniers nés, tous les titres ont été sélectionnés à partir de notre grande bibliographie.

Une deuxième partie, plus restreinte vient compléter ce petit guide bibliographique. Elle réunit plus d’une vingtaine de titres d’ouvrages ou de collections qui ont pour caractéristique commune de se rapporter à la lexicographie néologique des dix ou quinze dernières années. C’est dans cette deuxième section que l’on trouvera la plupart des « dictionnaires » (mot utilisé ici dans son sens le plus large) et des recueils de mots et de termes nouveaux qui ont modernisé et donné un nouvel élan à la lexicographie française de la décennie 1970-1980. Bon nombre de ces « dictionnaires » font partie du corpus d’exclusion lexicographique et terminologique qui sert de base de vérification du statut lexical des unités linguistiques que traite le Réseau francophone de néologie scientifique et technique. Ce réseau relie le Québec, la France et la Belgique.

La présente courte bibliographie linguistique et lexicographique de la néologie n’est certes pas autre chose qu’une contribution à l’histoire de cette « étrange » composante de la linguistique qu’est le phénomène de la création lexicale. Tout comme l’ouvrage plus élaboré dont elle est partiellement issue, elle vise trois objectifs principaux : en premier lieu, sensibiliser et familiariser divers publics (terminologues, traducteurs, linguistes, spécialistes, étudiants, pédagogues, etc.) avec la néologie; ensuite, doter la science néologique d’un outil de travail fonctionnel et d’un guide documentaire facile d’accès, pouvant rendre des services de premières nécessités à tous les chercheurs et destiné à orienter les usagers dans le dédale complexe des recherches linguistiques et terminologiques; enfin, identifier et indiquer des voies possibles de recherches futures.

Telle quelle, cette courte compilation sélective des écrits sur la néologie donnera une idée d’ensemble de la formation, de l’évolution et du mouvement général non seulement du français moderne et contemporain, mais de l’ensemble de la langue française depuis ses origines jusqu’à nos jours.

Première partie : Linguistique

I. Généralités

1A. BENVENISTE, Émile. Comment s’est formée une différenciation lexicale en français, Cahiers Ferdinand de Saussure, no 22, 1966, p. 15-28, Mélanges André Burger.

1B, BENVENISTE, Émile. Comment s’est formée une différenciation lexicale en français, In : Problèmes de linguistique générale, vol. II, Paris, Gallimard, 1974, chap. XIX, p. 259-271.

2A. BENVENISTE, Émile. Fondements syntaxiques de la composition nominale, Bulletin de la Société linguistique de Paris, vol. 62, no 1, 1967 (1968), p. 15-31.

2B. BENVENISTE, Émile. Fondements syntaxiques de la composition nominale. In : Problèmes de linguistique générale, vol. II. Paris, Gallimard, 1974, chap. XI, p. 145-162.

3. BOULANGER, Jean-Claude et RIVARD, Michelle. Définition de la néologie présentation méthodologique. In : Néologie en marche : série b : Langues de spécialités, no 1, Québec, Régie de la langue française, Éditeur officiel du Québec, 1976, p. xii-xxix.

4. BOULANGER, Jean-Claude. Études, recherches et documentation, 1. Étude linguistiques. In : Bibliographie linguistique de la néologie : 1960-1980, Québec, Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, 1981, 300 p. À paraître.

5. BRUNOT, Ferdinand [François (Alexis)]. Histoire de la langue française des origines à nos jours, t. 6 : Le XVIlIe siècle, 2e partie, fasc. 1e, Paris, A. Colin, 1966. Section IV : Le vocabulaire : Livre II : Le néologisme, p. 1052-1125; Livre III : La néologie, p. 1127-1281; Livre IV : Répertoire, p. 1283-1405.

6. CORBEIL, Jean-Claude. Aspects du problème néologique, La Banque des mots, no 2, 1971, p. 123-136. Communication présentée au Colloque international sur la néologie lexicale dans la francophonie, Paris, 11 au 13 mai 1971, 14 p.

7. CORBIN, Danielle. À propos des néologismes, Bref, nouv. sér., no 4, déc. 1975, p. 41-57. Paru par erreur de l’éditeur sous le titre : La notion de néologisme et ses rapports avec l’enseignement du lexique.

8. DARBELNET, Jean, Regards sur le français actuel, Montréal, Beauchemin, 1964, 177 p. Voir en particulier chap. III : Regards sur les mots, p. 75-120.

9. DARBELNET, Jean. Ressources néologiques du français contemporain, Méta, vol. 12, no 4, déc. 1967, p. 111-117.

10. DARMESTETER, Arsène. De la création actuelle des mots nouveaux dans la langue française et des lois qui la régissent, Paris, Vieweg, 1877, 307 p.

11. DEROY, Louis. Néologie et néologismes : essai de typologie générale, La Banque des mots, no 1, 1971, p. 5-12. Communication présentée au Colloque international sur la néologie lexicale dans la francophonie, Paris, 11 au 13 mai 1971, 6 p.

12. DOPPAGNE, Albert. La néologie dans les communications de masse, La Banque des mots, no 1, 1971, p. 13-22. Communication présentée au Colloque international sur la néologie lexicale dans la francophonie, Paris, 11 au 13 mai 1971, 8 p.

13. GIRAUD, Jean. Le néologisme et nous, Méta, vol. 18, no 1-2, mars-juin 1973, p. 225-236. Numéro spécial : Actes du deuxième Colloque international de linguistique et de traduction, Montréal, 4 au 7 octobre 1972.

14. GOOSE, André. La néologie française d’aujourd’hui : observations et réflexions, Paris, Conseil international de la langue française (CILF), 1975, 74 p.

15A. GUILBERT, Louis, DUBOIS, Jean, MITTERAND, Henri et PIGNON, Jacques. Le mouvement général du vocabulaire français de 1949 à 1960, d’après un dictionnaire d’usage, Le Français moderne, vol. 28, no 2, avril 1960, p. 86-106.

15B. GUILBERT, Louis, DUBOIS, Jean, MITTERAND, Henri et PIGNON, Jacques. Le mouvement général du vocabulaire français de 1949 à 1960, d’après un dictionnaire d’usage, Le Français moderne, vol. 28, no 3, juil. 1960, p. 196-210.

15C. DUBOIS, Jean et DUBOIS, Claude. Le mouvement général du vocabulaire français de 1949 a 1960, d’après un dictionnaire d’usage. In : Introduction à la lexicologie : le dictionnaire, Paris, Larousse, 1971, p. 111-132. (Langue et langage)

16. GUILBERT, Louis. La néologie, Les Cahiers rationalistes, no 255, avril 1968, p. 114-133.

17. GUILBERT, Louis. Théorie du néologisme, Cahiers de l’Association internationale des études françaises, no 25, mai 1973, p. 9-29.

18. GUILBERT, Louis. La néologie lexicale, Langages, no 36, déc. 1974, 128 p.

19. GUILBERT, Louis. La créativité lexicale, Paris, Larousse, 1975, 288 p. (Langue et langage/Larousse Université)

20. GUILBERT, Louis. La néologie. In : Grand Larousse de la langue française, t. 4. Paris, Larousse, 1975, p. 3584-3594.

21. GUILBERT, Louis. Néologie et néologisme, Beiträge zur romanischen Philologie, vol. 16, no 1, 1977, p. 113-118.

22A. GUILBERT, Louis. Problèmes du lexique et de la néologie dans la linguistique française contemporaine, Linguistische Arbeits Berichte, no 17, 1977, p. 12-23.

22B. GUILBERT, Louis. Problèmes du lexique et de la néologie dans la linguistique française contemporaine, Philologica Pragensia, vol. 21, no 1, 1978, p. 34-43.

23. KASTOVSKY, Dieter. Word-formation, or : at the crossroads of morphology, syntax, semantics, and the lexicon, Folia Linguistica, vol. 10, no 1-2, 1977, p. 1-33.

24A. KRAUSS, Werner. La néologie dans la littérature du 18e siècle. In : Studies on Voltaire and the eighteenth Century, 56, 1967, p. 777-782, Transactions of the Second International Congress on the Enlightenment, t. 2.

24B. KRAUSS, Werner, La néologie dans la littérature du 18e siècle, Wissenschaftliche Zeitschrift der Martin-Luther Universität, vol. 19, no 3-4, 1970, p. 101-104. Traduit sous le titre : Die Heologie in der Literatur des XVIII. Jahrhunderts.

25. LOWE, Robert W. Dialogue à propos du néo-français, Les Études classiques, vol. 34, no 2, avril 1966, p. 147-154.

26. MERCIER, Louis-Sébastien. Néologie ou vocabulaire de mots nouveaux, à renouveler, ou pris dans des acceptions nouvelles, Paris, Moussard-Maradan, 1801, 2 vol. Tome 1 : lxxvi, 334 p. Tome 2 : 384 p.

27. MITTERAND, Henri. Les mots français, 4e éd., Paris, Presses universitaires de France, 1972, 128 p. (Que sais-je? no 270)

28. MORTUREUX, Marie-Françoise. Analogie « créatrice », formelle et sémantique, Langages, no 36, déc. 1974, p. 20-33.

29. MÜLLER, Bodo. Le français d’aujourd’hui : variétés, structures, tendances, Paris, Klincksieck, 1978, 1 vol. (Bibliothèque française et romane. Série A, Manuels et études linguistiques)

30. NÉOLOGIE ET LEXICOLOGIE : hommage à Louis Guilbert, Paris, Larousse, 1979, 224 p. (Langue et langage) Recueil de 21 contributions sur la néologie et la lexicologie.

31. NYROP, Kristoffer. Grammaire historique de la langue française, t. 3 : Formation des mots, Copenhague, Gyldendalske Boghandel Nordisk Forlag, 1936, 479 p.

32. REBOULLET, André. Des mots... des maux, La Revue de l’Aupelf, vol. 10, no 1, juin 1972, p. 47-53.

33. REY, Alain. Essai de définition du concept de néologisme. In : L’aménagement de la néologie : Actes du Colloque international de terminologie, Lévis (Québec), 29 septembre au 2 octobre 1974, Québec, Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, 1975, p. 9-28.

34. REY, Alain. Néologisme, un pseudo-concept? Cahiers de lexicologie, vol. 28, no 1, 1976, p. 3-17.

35. TOURNIER, Jean. La dynamique lexicale, Les Langues modernes, vol. 71, no 4, 1977, p. 367-371.

36. TUTESCU, Mariana. Sur la créativité lexicale, Revue roumaine de linguistique, vol. 21, no 1, jan.-fév., 1976, p. 23-26.

37. WEXLER, Paul. Towards a structural definition of “Internationalisms”, Linguistics, no 48, May 1969, p. 77-92.

38. WIDAL, Pierre. Pour une physiologie du néologisme, Méta, vol. 18, no 4, déc. 1973, p. 355-364.

II. Néologie morphologique

39. ARNAUD, René, Les marques de fabrique : quelques réflexions, La Banque des mots, no 4, 1972, p. 123-134.

40. ASLUND, N.E. Les dérivés de noms de lieux français, Moderns Språk, vol. 55, no 1, 1961, p. 48-58.

41. BELASCO, Simon. Derived and modified nouns in French slang, Lingua, vol. 48, no. 2-3, 1979, p. 177-192.

42A. BENVENISTE, Émile. Formes nouvelles de la composition nominale, Bulletin de la Société linguistique de Paris, vol. 61, no 1, 1966, p. 82-95.

42B. BENVENISTE, Émile. Formes nouvelles de la composition nominale. In : Problèmes de linguistique générale, vol. II. Paris, Gallimard, 1974, chap. XII, p. 163-176.

43. BOUDREAULT, Marcel. La vitalité du suffixe -able en franco-canadien. In : Actele celui de-al XII-lea Congres international de lingvistică şi filologie romanică, Bucureşti, 15-20 aprilie 1968, t. 2. Bucureşti, 1971, p. 1183-1187.

44. BOURQUIN, Jacques. Remarques sur la formation néologique récente de substantifs en -itude, dérivés ou non. In : Néologie et lexicologie : hommage à Louis Cuilbert, Paris, Larousse, 1979, p. 47-66. (Langue et langage)

45. CHAURAND, Jacques. Des croisements aux mots-valises, Le Français moderne, vol. 45, no 1, jan. 1977, p. 4-15.

46. DĂNILĂ, N. Sur la vitalité de la dérivation en français et en roumain. In : Recueil d’études romanes, Bucarest, 1959, p. 51-60. Publié à l’occasion du IXe Congrès international de linguistique romane à Lisbonne, du 31 mars au 3 avril 1959.

47. DARMESTETER, Arsène. Traité de la formation des mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin, Paris, A. Franck, 1874, xix, 331 p. (Bibliothèque de l’École des hautes études... Sciences philologiques et historiques, 19 fasc.) 2e éd. rev., corr. et en partie ref., avec une préface de Gaston Paris, Paris, 1894, vi, 365 p.

48. DAUZAT, Albert. L’appauvrissement de la dérivation en français : ses causes, Le Français moderne, vol. 5, no 4, oct. 1937, p. 289-299.

49. DIERICKX, J. Les « mots-valises » de l’anglais et du français, Revue des langues vivantes, vol. 32, no 5, 1966, p. 451-459.

50. DUBOIS, Jean et GUILBERT, Louis, La notion de degré dans le système morphologie du français moderne, Journal de psychologie, no 1, jan.-mars 1961, p. 57-64.

51. DUBOIS, Jean. Étude sur la dérivation suffixale en français moderne et contemporain, Paris, Larousse, 1962, 118 p.

52. DUBOIS, Jean. Mouvements observés dans les suffixations en français contemporain. In : Introduction à la lexicographie : le dictionnaire, Paris, Larousse, 1971, p. 133-197. (Langue et langage)

53. DUGAS, Jean-Yves. Règles de formation des noms des habitants (gentilés). In : Guide toponymique municipal : document de travail, Québec, Commission de toponymie du Québec, 1979, p. 105-118.

54. DUGAS, Jean-Yves. Le problème des gentilés au Québec : état de la question et éléments de solution, Onomastica, no 56, déc. 1979, p. 25-40.

55. GAWEŁKO, Marek. Trois étapes dans la méthodologie de la formation des mots, Studi italiani di linguistica teorica ed applicata, vol. 4, no 1, 1975, p. 33-47.

56. GUILBERT, Louis. La dérivation syntagmatique dans les vocabulaires scientifiques et techniques. In  : Les langues de spécialité : analyse linguistique et recherche pédagogique : Actes du Stage de Saint-Cloud, 23-30 novembre 1967, Strasbourg, Aidela, 1970, p. 116-125. (Publication du Conseil de l’Europe)

57. GUILBERT, Louis. Fondements lexicologiques du dictionnaire : de la formation des unités lexicales. In : Introduction au Grand Larousse de la langue française, t. 1. Paris, Larousse, 1971, p. ix-lxxxi.

58. HASSELROT, Bengt. Étude sur la vitalité de la formation diminutive française au XXe siècle. In : Acta Universitatis Upsaliensis, Studia Romanica Upsaliensia, 8. Uppsala, SE, Almquist et Wiksells, 1972, 112 p.

59. IORDAN, Iorgu. Formations romanes à affixes internationaux, La Revue canadienne de linguistique romane, vol. 1, no 1, 1973, p. 26-32.

60. JENKINS, Fred M. The vitality of contemporary French derivation, Linguistics, special issue 1978, p. 227-234.

61. LAUGESEN, Anker Teilgård. Mots dérivés de noms d’auteurs, Revue romane, vol. 9, no 2, 1974, p. 255-276.

62. LEWICKA, Halina. Pour une histoire structurale de la formation des mots en français. In : Actas del XI Congreso internacional de lingüística y filología románicas, Madrid, 1 al 9 de septiembre de 1965, t. 2. Madrid, 1968, p. 649-658. Revista de Filología española, no. 86, 1968.

63. LIFETREE-MAJUMDAR, Margaret J. Contribution à l’analyse des modes de composition nominale en français écrit contemporain, Cahiers de lexicologie, vol. 24, no 1, 1974, p. 63-84.

64. MICLĂU, p. La productivité du noyau lexical français, Revue roumaine de linguistique, vol. 13, no 4, 1968, p. 287-312.

65. MOREU-REY, E. Regards sur la néologie la plus récente en français usuel. In : Anuario de filología, Barcelona, Universidad de Barcelona, Facultad de Filología, 1975, p. 435-494.

66. NATANSON, Édouard. Formation des termes par abréviation, Fachsprache, vol. 1, no 3, 1979, p. 83-91.

67. PEYTARD, Jean. Néologisme préfixé et diffusion sociolinguistique en français contemporain, Le Français moderne, vol. 45, no 4, oct. 1977, p. 289-299.

68. PICHON, Edouard. L’enrichissement lexical dans le français d’aujourd’hui : les principes de la suffixation en français, Paris, Éditions d’Artrey, 1942, 79 p. (Bibliothèque du français moderne)

69. POLGE, H. Le nom propre concept réfractaire à l’innovation lexicale, Revue internationale d’onomastique, vol. 27, no 1, 1975, p. 36-48.

70. REINHEIMER-RÎPEANU, Sanda. Les dérivés parasynthétiques dans les langues romanes : roumain, italien, français, espagnol, La Haye, Mouton, 1974, 161 p. (Janua Linguarum. Series Practica, no. 229)

71. RETMAN, Roman. Un inventaire des suffixes adjectivaux du français contemporain, Le Français moderne, vol. 48, no 1, jan. 1980, p. 6-15.

72A. SPENCE, Nicol C. W. What are French prefixes? Revue de linguistique romane, vol. 32, no. 127-128, juil.-déc. 1968, p. 324-333.

72B. SPENCE, Nicol C. W. What are French prefixes. In : Le Français contemporain : études et discussions, München, W. Fink, 1976, p. 9-20. (Ars grammatica, no 5) Version remaniée et traduite sous le titre : Qu’est-ce qu’un préfixe?

73. STEIN, Gabrièle. La dérivation française et le problème des consonnes intercalaires, Cahiers de lexicologie, vol. 18, no 1, 1971, p. 43-64.

74. VERREAULT, Claude. Les adjectifs en -able en franco-québécois. In : Travaux de linguistique québécoise, 4e section, vol. 3. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1979, p. 141-249. (Collection Langue française au Québec)

75. WAGNER, Robert-Léon. Observation sur les mots construits dérivés en français, Revue linguistique romane, vol. 25, no 99-100, juil.-déc. 1961, p. 372-382. Hommage à la mémoire de Mario Roques.

76. WAGNER, Robert-Léon. Réflexions à propos des mots construits en français, Bulletin de la Société de linguistique de Paris, vol. 63, no 1, 1968, p. 65-82.

77. ZRIBI-HERTZ, Anne. La créativité lexicale : traitement de quelques préfixes dans une grammaire générative du français, Le Français moderne, vol. 41, no 1, jan. 1973, p. 58-67.

78. ZWANENBURG, Wiecher. La grammaire générative et la dérivation suffixale en français moderne. In : Actes du XIIIe Congrès international de linguistique et philologie romanes, Université Laval (Québec), 29 août au 5 septembre 1971, t. 1. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1976, p. 1089-1096.

III. Néologie sémantique

79. BASTUJI, Jacqueline. Aspects de la néologie sémantique, Langages, no 36, déc. 1974, p. 6-19.

80. BÈCHEREL, Danielle. La substantivation de l’adjectif, Revue des langues romanes, vol. 83, no 1, 1979, p. 73-85.

81. DARMESTETER, Arsène. La vie des mots étudiée dans leurs significations, 2e éd., Paris, Delagrave, 1887, xii, 212 p.

82. SVOBODA, K. Sur la classification des changements sémantiques, Le Français moderne, vol. 28, no 4, oct. 1960, p. 249-258.

IV. Néologie d’emprunt

83. BONNARD, Henri. L’emprunt. In : Grand Larousse de la langue française, vol. 2. Paris, Larousse, 1972, p. 1579-1590.

84. BROUZENG, Evelyne. Le néologisme d’emprunt dans la langue de l’électronique, thèse de 3e cycle, Nancy, Université de Nancy II, Institut universitaire de technologie, Génie électrique, 1974, 263 p.

85. CARTIER, Alice. Connaissance et usage d’anglicismes par les Français de Paris, La linguistique, vol. 13, no 2, 1977, p. 55-84.

86. CASSANO, Pasquale, Théories de l’emprunt linguistique. In : Atti del XIV Congresso internazionale di linguistica e filologia romanza, Napoli, 15-20 aprile 1974, t. 2. Napoli, 1976, p. 391-399.

87. DARBELNET, Jean. De l’emprunt au néologisme. In : Les relations entre la langue anglaise et la langue française : Actes du Colloque international de terminologie, Paris, 5 et 6 mai 1975, Québec, Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, 1978, p. 109-121.

88. DUBOIS, Jean. L’emprunt en français, L’Information littéraire, no 15, 1963, p. 10-16.

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V. Néologie et siglaison

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VI. Néologie et terminologie

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135. GUILBERT, Louis. Le vocabulaire de l’astronautique : enquête linguistique à travers la presse d’information à l’occasion de cinq exploits de cosmonautes, Rouen, FR, Université de Rouen, 1967, 361 p. Voir en particulier la deuxième partie : Description du vocabulaire d’astronautique de la presse, p. 227-321. En dépôt à la Librairie Larousse à Paris.

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154B. QUEMADA, Bernard, À propos de la néologie : essai de délimitation des objectifs et des moyens d’action, La Banque des mots, no 2, 1971, p. 137-150. Communication présentée au Colloque international sur la néologie lexicale dans la francophonie, Paris, 11 au 13 mai 1971, sous le titre À propos d’une politique de la néologie.

154C. QUEMADA, Bernard. À propos d’une politique de la néologie. In : La qualité de la langue, publié par Marcel Boudreault, Synthèse 1, Partie III : Les modèles linguistiques, Ch. 5 : Diffusion des modèles et dirigisme linguistique (Néologie lexicale), Québec, Éditeur officiel du Québec, 1973, p. 188-207. Synthèses réalisées pour le compte de la Commission d’enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec (Commission Gendron). Communication présentée au Colloque international sur la néologie lexicale dans la francophonie, Paris, 11 au 13 mai 1971, sous le titre À propos d’une politique de la néologie.

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VIII. Néologie et sociolinguistique

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158. FAÏK, Sully et FAÏK-NZUJI, Madiga. La néologie comme miroir d’une société : le cas du Zaïre, Le Français moderne, vol. 47, no 3, juil. 1974, p. 220-231.

159. GARDIN, Bernard, LEFEVRE, Gérard, MARCELLESI, Christiane et MORTUREUX, Marie-Françoise. À propos du « sentiment néologique », Langages, no 36, sept. 1974, p. 45-52.

160. GARDIN, Bernard. La néologie, aspects socio-linguistiques, Langages, no 36, déc. 1974, p. 67-73.

161. GOOSSE, André. De l’accueil au refus, La Banque des mots, no 1, 1971, p. 37-44. Communication présentée au Colloque international sur la néologie lexicale dans la francophonie, Paris, 11-13 mal 1971, 5 p.

162. GUESPIN, Louis. Néologie et énonciation : problèmes théoriques et méthodologiques, Langages, no 36, déc. 1974, p. 74-82.

163A. MARCELLESI, Christiane et MARCELLESI, Jean-Baptiste. Les conditions sociolinguistiques de la néologie, Linguistische Arbeits Berichte, no 17, 1977, p. 24-32.

163B. MARCELLESI, Christiane et MARCELLESI, Jean-Baptiste. Les conditions sociolinguistiques de la néologie, Philologica Pragensia, vol. 20, no 4, 1977, p. 195-201.

Deuxième partie : Lexicographie

164A. ARCHIVES DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN. Pour la mise à jour des dictionnaires, La Banque des mots, no 1, 1971, p. 111-120.

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164C. ARCHIVES DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN. Pour la mise à jour des dictionnaires, La Banque des mots, no 3, 1972, p. 101-116.

164D. ARCHIVES DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN, Pour la mise à jour des dictionnaires, La Banque des mots, no 5, 1973, p. 103-120.

164E. ARCHIVES DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN. Pour la mise à jour des dictionnaires, La Banque des mots, no 6, 1973, p. 215-228.

164F. ARCHIVES DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN. Pour la mise à jour des dictionnaires, La Banque des mots, no 7, 1974, p. 103-112.

164G. ARCHIVES DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN. Pour la mise à jour des dictionnaires, La Banque des mots, no 11, 1976, p. 93-105.

165. CELLARD, Jacques et SOMMANT, Micheline. 500 [i.e. cinq cent] mots nouveaux définis et expliqués, Paris, Gembloux, BE, Éditions Duculot, 1979, 101 p.

166. CELLARD, Jacques. Les 500 [i.e. cinq cents] racines grecques et latines les plus inportantes du vocabulaire français, 1. Racines grecques, Paris, Gembloux, BE, Éditions Duculot, 1979, 92 p.

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168. CLAS, André, dir. Matériaux pour l’étude du français au Canada, vol. 1 : Néologismes-canadianismes, Montréal, Université de Montréal, Département de linguistique et de philologie, Observatoire du français moderne et contemporain, 1976, xiv, 475 p.

169A. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. La Clé des mots, no 1, oct. 1973 à no 66, sept. 1979. 9400 néologismes publiés.

169B. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. La Clé des mots, no 67, jan. 1980 à no 75, oct. 1980. Fiches terminologiques thématiques : 9401 à 10477.

170A. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 2, 1971, p. 233-245.

170B. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 4, 1972, p. 223-239.

170C. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 6, 1973, p. 229-240.

170D. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 8, 1974, p. 229-242.

170E. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 10, 1975, p. 229-239.

170F. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 12, 1976, p. 239-247.

170G. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANCUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 14, 1977, p. 221-230.

170H. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 16, 1978, p. 232-240.

170I. CONSEIL INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANÇAISE. Index des mots figurant dans les vocabulaires, La Banque des mots, no 18, 1979, p. 235-244.

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172. GILBERT, Pierre. Dictionnaire des mots nouveaux, Paris, Hachette-Tchou, 1971, xxvi, 572 p. (Les Usuels)

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176. GRAND LAROUSSE ENCYCLOPÉDIQUE : supplément 1, Paris, Larousse, 1968, 918 p.

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178. NEYR0N, Pierre. Nouveau dictionnaire étymologique (néologisme), Paris, Éditions de la Revue moderne, 1970, 464 p.

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179c. QUÉBEC (PROVINCE) Office de la langue française. Néologie en marche, série b : Langues de spécialités, no 1, sept. 1976 à no 15, août 1979. 2642 dossiers néologiques.

179D. QUÉBEC (PROVINCE) Office de la langue française. Néologie en marche, no 16, avril 1980 à no 26. 1734 dossiers néologiques.

180. QUÉBEC (PROVINCE) Office de la langue française. Arrêtés du gouvernement de la République française en matière de terminologie, Québec, OLF, Éditeur officiel du Québec, 1978, 256 p.

181A. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, vol. 1, A : Abacoc à azyme, 1e sér., Besançon, FR, Centre d’étude du vocabulaire français, 1959, 265 p.

181B. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, vol. 2, B : Baba à byzantinisme, 1e sér., Besançon, FR, Centre d’étude du vocabulaire français, 1960, 213 p.

181C. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, vol. 3, C : Cabale à cytotropisme, 1e sér., Besançon, FR, Centre d’étude du vocabulaire français, 1965, 382 p.

182A. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 1, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1970, xvi, 167 p.

182B. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 2, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1971, xix, 177 p.

182C. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 3, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1972, xxii, 230 p.

182D. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 4, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1972, xxiii, 239 p.

182E. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 5, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d étude du français moderne et contemporain, 1973, xxiv, 242 p.

182F. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 6, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1974, xxiii, 243 p.

182G. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 7, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1975, xxx, 246 p.

182H. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 8, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1975, xix, 362 p.

182I, QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 9, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1976, xviii, 246 p.

182J. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 10, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1976, xviii, 278 p.

182K. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 11, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1977, xxix, 304 p.

182L. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 12, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1977, xxvii, 346 p.

182M. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 13, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Centre d’étude du français moderne et contemporain, 1977, xvii, 309 p.

182N. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 14, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Trésor général des langues et parlers français, Institut de la langue française, 1978, xviii, 282 p.

182O. QUEMADA, Bernard, dir. Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français : datations et documents lexicographiques, fasc. 15, 2e sér., Paris, CNRS [Centre national de la recherche scientifique], Trésor général des langues et parlers français, Institut de la langue française, 1978, xxx, 365 p.

183. RHEIMS, Maurice. Dictionnaire des mots sauvages : écrivains des XIIe et XXe siècles, Paris, Larousse, 1969, 604 p.

184. ROBERT, Paul. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française : supplément, Paris, Société du Nouveau Littré, 1978, xxi, 514 p. Rédaction dirigée par Alain Roy et Josette Rey-Debove. Supplément à la série de 6 vol.

185A. STOBERSKI, Zygmunt. Scientific neologisms in Babel, Babel, vol. 23, no. 1, 1977, p. 44-45.

185B. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific neologisms, Babel, vol. 23, no. 2, 1977, p. 83-84.

185C. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific neologisms, Babel, vol. 23, no. 3, p. 137-138.

185D. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific neologisms, Babel, vol. 23, no. 4, p. 187-188.

185E. STOBERSKI, Zygmunt, International scientific terminology and recent neologisms, Babel, vol. 24, no. 1, 1978, p. 36-38.

185F. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific terminology and recent neologisms, Babel, vol. 24, no. 2, p. 81-83.

185G. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific terminology and neologisms in the course of unification, Babel, vol. 24, no. 3-4, p. 169-173.

185H. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific terminology and neologisms in the course of unification, Babel, vol. 25, no. 1, 1979, p. 44-47.

185I. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific terminology and neologisms in the course of unification, Babel, vol. 25, no. 2, 1979, p. 91-100.

185J. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific terminology and neologisms in the course of unification, Babel, vol. 25, no. 3, 1979, p. 170-177.

185K. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific terminology and neologisms in the course of unification, Babel, vol. 25, no. 4, 1979, p. 231-237.

185L. STOBERSKI, Zygmunt. International scientific terminology and neologisms in the course of unification, Babel, vol. 26, no. 1, 1980, p. 42-48.

186. WIJNANDS, p. et OST, J. M. Woorden van deze tijd // Mots d’aujourd’hui, Bruxelles, Anvers, Éditions Erasme, 1980, 322 p. Néerlandais-français, français-néerlandais.

Index des auteurs

Notes

[1] Voir notre introduction : Pour une bibliographie de la néologie. Nous y expliquons les principes et les méthodes qui nous ont guidés dans l’élaboration de cet ouvrage.

[2] Louis Guilbert, a probablement été le chef de file de la génération des chercheurs à l’œuvre entre 1960 et 1977, date de sa mort. Aujourd’hui encore ses travaux influencent profondément les recherches dans le domaine de la néologie.

[3] L’exemple du Réseau francophone de néologie scientifique et technique animé par l’Office de la langue française du Québec est à signaler. (Voir Jean-Claude Boulanger, « Un réseau de néologie francophone », Traduire, numéro 104, octobre 1980, p. 21-22.) Par ailleurs, depuis deux ans, l’Université Laval (Québec) offre un séminaire de recherche en néologie lexicale. Ce séminaire s’adresse aux étudiants et aux chercheurs des 2e et 3e cycles.

[4] Un index alphabétique des auteurs suit la bibliographie proprement dite.

Petite bibliographie analytique terminologie et néologie

1. Présentation

Les notices bibliographiques sélectives rassemblées ici font suite à d’autres travaux du même ordre en terminologie et en néologie[1]. À la différence près toutefois, que les bibliographies antérieures étaient signalétiques tandis que celle-ci est analytique. Les fiches publiées dans cette revue, forment des versions élargies des résumés préparés dans le cadre d’une recherche d’une plus grande envergure menée par le GIRSTERM et portant sur l’élaboration d’une bibliographie fondamentale de la terminologie[2]; ce dernier ouvrage est destiné en priorité aux milieux qui s’éveillent aux nécessités de la structuration de projets nationaux de terminologie et de terminographie. À l’heure actuelle, plusieurs groupes de pays du Sud (Amérique du Sud, pays arabes et Afrique noire) sont touchés par de tels besoins d’outils documentaires et fonctionnels en terminologie.

Les vingt-cinq titres sélectionnés donnent un aperçu de quelques-unes des grandes constituantes de la terminologie. Certains sont déjà des classiques de cette jeune et dynamique discipline, d’autres sont en voie de conquérir leurs lettres de noblesse. Ensemble, ils tracent un parcours qui permet de scruter les aspects fondamentaux de la terminologie autrement que sur un plan superficiel : l’aménagement linguistique, les méthodes de recherche en terminologie et terminographie, la documentation légale, la lexicographie générale et terminologique, la normalisation, sans oublier le volet omniprésent de la néologie, dont toutes les facettes théoriques et pratiques sont illustrées à l’aide de textes de base. La moitié des ouvrages bibliographies traitent directement de la néologie, tandis que dans l’autre moitié, la néologie y occupe souvent une place privilégiée.

L’hétérogénéité, voire l’« hétéroclité », de cette petite bibliographie est bien volontaire. Quoique sélectives et extraites d’un ensemble plus vaste, les fiches analytiques tissent un solide réseau d’informations substantielles, dont la connaissance et la maîtrise sont impératives pour qui prétend voguer à l’aise dans le champ d’activité de la terminologie et de la néologie.

Ce court recueil bibliographique ne constitue pas une critique des ouvrages recensés, comme on en trouve dans les habituels comptes rendus de revues scientifiques. Il revêt la forme d’un résumé ou d’une description détaillée du contenu de chacun des écrits. Quelques commentaires didactiques parsèment parfois une fiche ou l’autre. Le soin est laissé à chaque lecteur ou consulteur de juger les textes qu’il lira. Certains impératifs ont guidé le choix des livres ou articles retenus, notamment, l’orientation résolument linguistique de la plupart d’entre eux au regard de la terminologie et la place prépondérante des préoccupations néologiques en terminologie.

Les titres sélectionnés couvrent une période de vingt ans, s’échelonnant donc depuis le moment de l’éclosion de la terminologie jusqu’à sa maturité récente. Le plus ancien remonte à 1962 et le plus contemporain date de 1982. La répartition par tranche temporelle est la suivante : 2 références pour la décennie 1960-1969; 16 références pour la décennie 1970-1979, 7 références pour la courte période entre 1980 et 1982.

Chaque notice forme un tout et regroupe trois types d’information :

  1. La référence bibliographique complète, accompagnée d’un numéro séquentiel.
  2. La description détaillée ou le résumé analytique du contenu de l’ouvrage.
  3. La liste alphabétique des auteurs ou collaborateurs, lorsqu’il s’agit d’un ouvrage collectif, comme par exemple, les actes de colloques, les mélanges, les périodiques.

Les matériaux bibliographiques recensés sont numérotés consécutivement et classés en ordre alphabétique des auteurs, des organismes responsables de leur publication ou des titres, selon ce qui convenait le mieux. L’ordre chronologique fut privilégié lorsque plus d’un texte avait été écrit par une même personne. Une liste de tous les auteurs et collaborateurs aux ouvrages collectifs suit la section des notices bibliographiques. Des renvois aux numéros séquentiels permettent de connaître ceux et celles qui ont participé aux ouvrages bibliographiés. On y voit apparaître quelques grands noms du Gotha terminologique.

Telle quelle, cette petite bibliographie analytique se veut un simple instrument de travail qui s’ajoute aux nombreux outils déjà disponibles. Ses objectifs primordiaux sont de mieux faire connaître et comprendre la terminologie et la néologie, qui puisent plusieurs de leurs racines essentielles au sein même de la linguistique, et de susciter des réflexions de plus en plus profondes sur ces aspects des sciences du langage.

Québec, le 20 août 1983

J.-C. B.

2. Bibliographie analytique

1. Actes du Colloque canadien sur les fondements d’une méthodologie générale de la recherche et de la normalisation en terminologie et en documentation, Ottawa, 16 au 18 février 1976, Édition du Bureau des traductions du Gouvernement canadien, Secrétariat d’État (1978), VI-343 p.

Ces pages regroupent les textes des exposés présentés lors d’un colloque tenu à Ottawa en 1976. Quoique les informations contenues dans ce recueil aient perdu quelque peu de leur actualité, elles n’en recèlent pas moins des vérités fondamentales, des réflexions de praticiens et de théoriciens et des indications méthodologiques utiles pour saisir l’essence de la terminologie. D’autant plus que ces actes montrent comment se sont mis en place des mécanismes de consultation en vue d’harmoniser les recherches terminologiques entre les deux grands organismes d’État qui, au Canada, sont chargés de la collecte, du traitement et de la diffusion des terminologies : la Direction

générale de la terminologie et de la documentation à Ottawa (Canada) et l’Office de la langue française au Québec. Étant donné les mandats impartis, chacun conserve cependant ses objectifs et ses méthodes spécifiques. Cette nouvelle version des Actes qui avait déjà paru à un nombre fort limité d’exemplaires, comporte le résumé des interventions ainsi que les textes des communications en français. Une version anglaise complète des Actes est également disponible.

Trois thèmes, comprenant chacun plusieurs exposés, ainsi qu’une conclusion en quatre volets forment ces Actes. Le thème d’ouverture porte sur la recherche terminologique (p. 41-226).

Un exposé explique les objectifs et définit la recherche terminologique, tandis que trois autres traitent respectivement de

la recherche terminologique à l’Office de la langue française, à la Direction générale de la terminologie et de la documentation et dans la grande entreprise privée ou parapublique. Le thème médian est consacré à la méthodologie de la normalisation terminologique (p. 229-263). Un exposé méthodologique envisage la question de la normalisation au gouvernement du Québec et un autre constitue un état de la question en ce qui regarde la méthodologie de la normalisation sur le plan international, avec au centre des explications, les recherches de l’ISO (Organisation internationale de normalisation). Le dernier thème développe les aspects documentaires de la recherche terminologique (p. 267-312). Le classement des données terminologiques et documentaires, la nécessité de définir des normes canadiennes pour les systèmes de classement des données documentaires ou encore quant à la valeur des sources documentaires, constituent les interventions de ce thème. La conclusion (p. 313-325) fait part de la formation d’un comité pour l’harmonisation des méthodes de la recherche terminologique, définit des principes directeurs en normalisation, rassemble les rapports des ateliers de discussion et propose la création d’une commission paritaire de coordination pour la normalisation terminologique et la mise en œuvre des ressources terminologiques.

Il faut signaler enfin qu’un résumé des trois jours de débat apparaît au début des Actes (p. 1-34).

Auteurs

R. Archimbaud, p. Auger, J.-C. Boulanger, R. Boutin-Quesnel, J.-C. Corbeil, R. Dubuc, J.-M. Fortin, F. Gauthier, F. Glaus, R. Harvey, N. Kerpan, J. Mercier, G. Rondeau, L.-J. Rousseau, Ph. Tessier.

2. Association française de terminologie (AFTERM), Terminologie 76. Actes du colloque international, Paris-La Défense, 15-18 juin 1976, Paris, La Maison du dictionnaire, 1977, p. V.

Trente-quatre communications, auxquelles il faut ajouter les exposés introductif et de synthèse, forment ces actes.

Sept thèmes sont dégagés : 1. politiques linguistiques et terminologie; 2. traduction et terminologie; 3. sciences, techniques et terminologie; 4. documentation et terminologie; 5. terminologie et linguistique; 6. les banques de terminologie; 7. les réseaux internationaux de terminologie.

Lors du premier thème, les politiciens québécois, canadiens et français se sont chargés des exposés préliminaires. Dans le second thème, les communications portent sur des problèmes lexicographiques, les dictionnaires automatiques et la terminologie dans les bureaux internationaux de traduction. Le troisième thème scrute les aspects de l’information scientifique et technique la normalisation, les industries chimiques et le Conseil international de la langue française. Le quatrième thème aborde des problèmes de lexicographie terminologique, de bibliographie et de thésaurus. Le cinquième thème concerne les rapports entre la lexicographie et la terminologie. Le sixième décrit les banques de données terminologiques de l’Office fédéral des langues (Allemagne), de Siemens, de l’Office de la langue française du Québec, de la Commission des communautés européennes à Luxembourg, d’Eurodicautom, de Normaterm (AFNOR), etc. Le septième thème examine les échanges terminologiques internationaux qui se font par l’intermédiaire des réseaux de normalisation, de documentation et d’experts.

À première vue, ces Actes forment une collection d’interventions qui peuvent paraître disparates. Cependant la gamme des sujets traités restitue un portrait général et fidèle de la terminologie telle qu’elle existait en 1976. Elle prenait alors une expansion de plus en plus internationale et son importance était de plus en plus reconnue par les pays, les États et les organismes nationaux et internationaux qui composent le monde moderne.

Auteurs

P. Agron, J.-A. Bachrach, K.E. Berner, B. De Bessé, M, Brugière, H. p. Brunold, F. Cestac, M.-C. Clerc, F. Cloutier, J. Courtin, H. Felber, M. Forget, S. Forgues, J.-M. Fortin, p. François, R. Frontard, R. Goffin, E. Grandjean, L. Guilbert, H. Joly, p.-É. Larose, J. Laurent, L. Lebel-Harou, Ph. le Quellec, J. Maniez, M. Mariée, J. Michel, M. Moureau, M. Paré, G. Pelletier, G. Pessis-Pasternak, A. Reichling, A. Rey, Ch. Scrivener, A. Sliosberg, A. Tchirikoff, G. Veillon, A. Hanez, L. Zareba.

3. Jean-Claude Corbeil, L’aménagement linguistique du Québec, coll. « Langue et société », numéro 3, Montréal, Guérin éditeur limitée, 1980, 154 p.

L’ALQ est le premier ouvrage de base en français qui fouille et explique en détail les rapports entre les questions de législation linguistique et la science linguistique elle-même. Les réflexions de l’auteur s’articulent autour du concept d’« aménagement » qui suppose des interventions de type linguistique tout autant que des interventions politiques diverses (législations, réglementations, etc.). Pour être efficaces et produire des résultats tangibles, ces interventions doivent être coordonnées et simultanées. En cinq chapitres très denses, l’auteur fait

l’analyse de la genèse, de l’émergence et du développement de la théorie et de la pratique de l’aménagement linguistique au Québec, en plus d’inscrire des prospectives pour toute la francophonie.

L’introduction (p. 7-11) explique les choix terminologiques de l’auteur. Celui-ci situe également son livre dans l’ensemble des réflexions et des travaux qu’il a entrepris et élaborés entre 1970 et 1977. C’est une tentative de systématiser ses recherches, de faire le point avant de poursuivre et de développer plus avant le concept qui lui tient à cœur. Le premier chapitre analyse la genèse de la situation linguistique du Québec à partir de 1760. L’auteur tire trois conséquences : l’évolution linguistique québécoise et celle de la France prennent des voies différentes; l’activité économique s’anglophonise et s’anglicise; les terminologies sont élaborées en anglais. Le deuxième chapitre (p. 31-66) détaille les causes de l’émergence et de la nécessité d’en arriver à un projet d’aménagement total au Québec. Les mouvements nationaux et nationalistes, les revendications des intellectuels, les Commissions Laurendeau-Dunton et Gendron et le renforcement de l’Office de la langue française dessinent le profil de cette émergence. La politisation du débat linguistique aboutit à la mise en place d’une stratégie réfléchie, globale et appliquée en matière de langue. Elle s’ordonne autour de concepts comme le bilinguisme, les fonctions sociales de la langue, les communications institutionnalisées et individualisées ainsi que la norme. Les solutions préconisées par le Québec pour répondre à chacune de ces questions font l’objet du chapitre trois (p. 67-96). La stratégie linguistique mise en place au Québec est analysée au chapitre quatre (p. 97-111). Celle-ci avait pour but de préciser et de modifier le statut des langues au Québec et de favoriser l’usage d’un français de qualité comme langue usuelle des Québécois. Le cinquième chapitre (p. 112-133) extrapole la stratégie et tente de dégager un modèle théorique pour la francophonie entière qui doit faire face â des problèmes de multilinguisme et de diversité des langues.

Ce livre lie la théorie à la pratique. Il explique, fouille, étudie la question linguistique québécoise dans ses rapports avec la politique et les législations linguistiques. Il permet de bien comprendre la situation linguistique et terminologique du Québec.

4. Marcel Diki-Kidiri, Hubert Joly et Colette Murcia, Guide de la néologie, Paris, Conseil international de la langue française, 1981, 65 p.

Le Guide de la néologie constitue une espèce de point final aux travaux du CILF dans le domaine des mots nouveaux. Le matériel lexical utilisé pour illustrer les réflexions contenues dans cet opuscule provient des 66 premiers numéros néologiques de la Clé des mots. Le but de l’ouvrage n’est pas de fournir des règles strictes en matière de créativité lexicale mais d’apporter des suggestions pratiques. Cela ne donne cependant pas à l’ouvrage une valeur didactique parfaite.

Le manuel est divisé en sept chapitres. Le premier chapitre esquisse les grandes lignes de la typologie de la néologie (de forme, de sens, d’emprunt). Elle sera détaillée au chapitre six. Le chapitre deux propose une règle d’or du travail en néologie; elle consiste à examiner les définitions d’une notion pour en extraire les éléments importants qui aideront à choisir une dénomination adéquate. La démarche illustrée est nettement onomasiologique. Le troisième chapitre porte sur l’orthographe des mots nouveaux. Il ne donne que des informations éparses sur la graphie des néologismes français ou empruntés. Tout le chapitre

quatre est fondé sur une étude réalisée en 1971 par la Banque de terminologie de l’Université de Montréal sur les critères de viabilité et de recevabilité d’un néologisme. Les termes software et hardware ont été utilisés pour appuyer l’étude. Le cinquième chapitre énumère et analyse six critères qui servent à reconnaître le degré d’appartenance linguistique d’un mot. Les travaux de néologie menés par le CILF entre 1973 et 1979 font l’objet du chapitre six. Le dernier chapitre est voué aux formants, c’est-à-dire aux éléments morphématiques ou lexicaux utilisés pour construire des néologismes.

Ce petit guide demeure un ouvrage modeste et élémentaire. Quelques chapitres ouvrent des voies d’analyse intéressantes à développer, comme par exemple la reconnaissance juridique du mot en français et celui de la productivité des formants. Dans un ouvrage qualifié de guide, l’absence de la moindre bibliographie est regrettable et reste à suppléer.

5. Jean Dubois, Étude sur la dérivation suffixale en français moderne et contemporain, Paris, Librairie Larousse, 1962, XI-118 p.

L’ouvrage comprend une introduction, un tableau des suffixes en français contemporain, un développement central sur les mouvements observés dans les suffixations et une conclusion générale. Une bibliographie de base ouvre le livre tandis qu’un index le termine.

Dans l’introduction, J. D. définit le suffixe, en décrit les fonctions variables (modificateur de classe, de la valeur d’emploi, indicateur lexical), en élabore le système qui apparaît comme une structure qui se définit par les relations entre les suffixes eux-mêmes et par leurs possibilités de combinaison avec une base. L’introduction s’achève par la présentation de la méthodologie générale utilisée pour conduire la recherche : principes et méthodes d’enquête. La brève période qui s’étend de 1900 à 1961 a été choisie afin d’éviter que n’interfèrent les phénomènes synchroniques et diachroniques.

Le tableau des suffixes du français contemporain qui sont disponibles a été dressé à partir de la classe du mot de base, du genre du mot suffixé, de la fonction du suffixe et de la classe du mot suffixé.

La grande section consacrée aux mouvements observés dans les suffixations se subdivise en cinq parties : 1. le mouvement

général, qui est analysé à l’aide de la comparaison de deux éditions du Petit Larousse (1906 et 1961); 2. l’observation des dispositions et des régressions dans le système des suffixes; 3. l’apparition de nouvelles suffixations et leur intégration dans le système de la langue, en particulier les suffixes terminologiques et étrangers; 4. les différenciations secondaires et les mouvements entre suffixes; 5. l’étude d’ensemble des mouvements observés dans des lexiques spécialisés : agriculture (machines agricoles), instruments de prothèse et de chirurgie, industrie pétrolière, anesthésie.

Dans la conclusion générale en six points, Dubois montre d’abord que le mouvement de la langue, l’évolution constante de la langue répond par sa fonction dénominatrice aux besoins nouveaux de communication et que le rythme de ce mouvement varie selon qu’il s’agit de lexiques spécifiques ou du vocabulaire fondamental. Puis il élabore sa pensée sur le mouvement de la structure suffixale elle-même. La suffixation évolue avec l’ensemble de la langue. Lorsque celle-ci change, ses aspects spécifiques en subissent des répercussions. En troisième lieu il discute de la complexité du système synchronique des suffixes : leurs corrélations, leurs rapports (linéaire simple, différenciations, structures superposées, structures syntagmatiques). Viennent ensuite quelques considérations à propos des lexiques spécifiques et leur rôle dans l’évolution du système général. Le cinquième point porte sur l’évolution du système général lui-même, dans lequel les modifications peuvent revêtir un aspect quantitatif ou qualitatif. Enfin, apparaît une esquisse de la théorie de la suffixation dans laquelle il est question de la complémentarité des distributions et de la fonction linguistique fondamentale de la suffixation.

Un appendice fournit la liste des mots classés par suffixe dans les deux éditions du Petit Larousse utilisées pour la recherche.

6. Jean Dubois, Les problèmes du vocabulaire technique, in Cahiers de lexicologie, no 9, 1966-II, p. 103-112.

Cet article propose un examen des travaux de Louis Guilbert, en particulier de ses deux thèses : Formation du vocabulaire de l’aviation (1965) et Enquête linguistique sur le vocabulaire de l’astronautique à travers la presse d’information à l’occasion de cinq exploits de cosmonautes (1967). L’auteur étudie l’apport guilbertien à la sociolinguistique, à la linguistique diachronique, à la linguistique synchronique et à la linguistique générale.

Dubois discute d’abord de la problématique des modèles morphologiques et syntaxiques, au sens de la grammaire transformationnelle, qui différencient la langue terminologique de la langue générale. Le système de la dénomination, les rapports entre le travail comme activité créatrice et la langue technique sont évoqués brièvement. Une comparaison est également faite entre l’organisation du lexique et la structure des objets du monde réel. Cela permet de situer le lexique dans le cadre de rapports qui relèvent des analyses componentielles et des définitions conjonctives.

Une autre partie de l’article étudie les contacts entre deux ou plusieurs microlangues fonctionnelles, en l’occurrence ici, l’aéronautique et l’astronautique. À cette occasion, deux problèmes sociolinguistiques sont soulevés : 1. celui des conditions qui amènent en contact diverses techniques et qui débouchent sur la description d’une activité nouvelle (plan socioculturel); 2. celui de la notion de « langue de prestige », qui correspond en fait à une technique à laquelle une nouvelle activité emprunte ses termes. Ces considérations laissent apercevoir les conditions qui président à la genèse d’un vocabulaire technique : les termes marqués, qui correspondent à la néologie sémantique, de transfert, et les termes démarqués, qui correspondent à la néologie lexématique, permettent de créer un langage technique nouveau.

L’auteur montre ensuite comment le volume de communication participe à la stabilisation du lexique, sans minimiser pour autant le mouvement naturel de celui-ci. L’autonomisation d’un lexique spécialisé a lieu au moment où les ambiguïtés à propos de la lexicalisation des syntagmes disparaissent, au moment où plusieurs sous-ensembles lexicaux jusque-là distincts sont réunis et au moment de la réduction synonymique et polysémique. Les procédés variés de dénomination prennent alors toute leur valeur (néologie formelle, transfert, paraphrase). Ils sont passés en revue dans le cadre d’une tentative d’identifier les caractéristiques formelles qui définissent des ensembles lexicaux. Par ailleurs, Dubois identifie deux types de contraintes à la création linguistique : d’une part, la structure linguistique impose ses modèles; d’autre part, la structure perceptive impose des conditions qui font que l’objet est perçu comme une somme de différences.

L’article s’achève par des considérations sur la banalisation d’un lexique spécialisé, c’est-à-dire l’intégration plus ou moins complète d’une langue technique à la langue générale, et des remarques sur le processus de traduction en ce qui regarde les domaines traités par Louis Guilbert. Le triangle français/anglais/russe fait l’objet de ces observations.

7. Jean Dubois et Claude Dubois, Introduction à la lexicographie : le dictionnaire, coll. « Langue et langage », Paris, Librairie Larousse, 1971, 224 p.

Ce livre fondamental en lexicographie est dû à deux des principaux responsables des encyclopédies et dictionnaires laroussiens. Douze chapitres sont consacrés au fonctionnement même du dictionnaire ainsi qu’à l’objet culturel qu’il représente pour la société. Un treizième chapitre traite du dictionnaire en tant que source d’études linguistiques. Les douze premiers chapitres peuvent être divisés en trois sous-ensembles qui scrutent des aspects différents, tels l’objet dictionnaire, l’article lexicographique, les rapports du dictionnaire avec la société.

Trois chapitres (p. 7-38) sont l’occasion de situer le dictionnaire dans l’ensemble des objets manufacturés destinés à répondre à des exigences d’information et de communication, de suivre les étapes présidant à la confection d’un dictionnaire, y compris l’établissement d’un plan préalable à l’élaboration proprement dite, et d’analyser les rapports entre dictionnaire et bilinguisme. Sept chapitres (p. 39-98) expliquent à tour de rôle un aspect particulier du discours lexicographique. Ainsi, l’énoncé lexicographique, le discours pédagogique du dictionnaire, les entrées, les problèmes d’homonymie et de polysémie, la définition, la description lexicographique de la langue font successivement l’objet d’une description pratique et d’une explication théorique à partir des grands courants de la linguistique. Enfin, le troisième bloc comprend deux chapitres (p. 99-109) qui s’intéressent respectivement à la norme culturelle que doit idéalement décrire le dictionnaire et aux rapports entre le dictionnaire et l’histoire. Celle-ci doit être intégrée au discours lexicographique dans la perspective de son fonctionnement synchronique puisque les dictionnaires de langue sont tenus de faire une description synchronique de la langue. Le lexicographe analyse alors l’histoire comme un écart.

Le chapitre treize (p. 111-206) contient trois contributions déjà publiées ailleurs par Jean Dubois lui-même ou avec la collaboration d’autres linguistes. Un premier texte important, et toujours d’actualité, aborde la question du mouvement général du vocabulaire français durant la période 1949-1960 d’après l’étude de deux éditions du Petit Larousse. Le second texte est une étude remaniée du mouvement observé dans les suffixations en français contemporain, l’analyse étant effectuée en partie à l’aide du Petit Larousse. La troisième contribution est une étude remaniée et augmentée sur les couches diachroniques du vocabulaire français d’après les données d’un dictionnaire étymologique.

Une importante bibliographie sur la lexicographie clôt le livre.

8. Louis Guilbert, Peut-on définir un concept de norme lexicale?, in Langue française, no 16, décembre 1972, p. 29-48.

Cet article est composé de quatre parties où l’on distingue la norme lexicale et la norme grammaticale en considérant à la fois l’utilisation et la création des unités lexicales.

La première partie pose la problématique de la définition de la norme lexicale. Aussi, l’auteur met-il en parallèle la norme grammaticale, qui se perçoit aisément et se définit d’une manière relativement simple, et la norme lexicale, qui reste à définir. S’appuyant sur la théorie générativiste, Guilbert rappelle que le code grammatical est constitué par un nombre fini de règles, dont l’application permet de produire un nombre infini de phrases, tandis que dans le lexique, il est quasi impossible de recenser le nombre total des unités lexicales. Cela explique aussi que la grammaire évolue lentement, que ses transformations soient lentes, alors que le lexique subit des transformations rapides en raison de la liaison constante entre l’évolution du monde et celle de la langue. En outre, théoriquement, le lexique est une affaire individuelle et la grammaire est une affaire collective en termes de production de nouveaux mots ou de nouvelles règles. Mais on sait qu’en pratique il en va autrement, puisque la norme sociale vient exercer un contrôle qui constitue un frein contre les déviations possibles du système.

La deuxième partie aborde la relation créativité/usage/norme. La valeur linguistique du concept de « norme » est mise en rapport avec l’usage, la créativité langagière ou encore avec l’activité du langage à travers différentes conceptions de la créativité : celles de Saussure (langue/parole), Hjelmslev (structure de la langue) et Chomsky (compétence/performance). Ces théories excluent de leur champ le concept de « norme » pour ne retenir que l’acte linguistique soumis à l’usage des règles. Guilbert explique ensuite comment la norme peut servir à régulariser le changement linguistique. La masse parlante est à l’origine du changement et c’est elle qui décide de l’évolution de la langue et, par conséquent, elle entérine les déviations pour en faire la nouvelle norme, ces interventions devenant créatrices. Le changement se produit donc dans la parole, et plus précisément dans le lexique. À noter que le concept de « norme » se confond avec celui de « créativité » pour signifier le fonctionnement de la langue. Il ne s’agit pas de restreindre la potentialité d’enrichissement et de changement de la langue.

La troisième partie traite de l’unité lexicale, formant de base commun à toutes les théories et qui s’impose comme unité fonctionnelle du langage qui est porteur d’une charge sociale. Créativité et norme lexicales sont donc développées. D’abord, le mot dans ses rapports avec : le lexique, les niveaux de langue, les niveaux socioprofessionnels. L. G. évoque les difficultés rencontrées pour définir le lexique, lui-même régi par deux normes : la norme linguistique et la norme sociale. En ce qui regarde la norme linguistique, l’auteur expose les règles de la création néologique (formelle et sémantique) qui forment ni plus ni moins qu’une norme de création. La nécessité linguistique de la dénomination nouvelle existe, il faut trouver les moyens pour en faciliter l’application et le développement.

Pour ce qui est de la norme sociale, elle se manifeste par une volonté d’uniformiser la communication. Le recours à la normalisation apparaît donc dans les règles d’orthographe, de prononciation, de grammaire édictées par la société. Le dictionnaire représente, quant à lui, le lien normalisateur par excellence, même si par essence, là n’est pas sa vocation; celle-ci consiste plutôt à décrire le lexique, même si le choix des mots et des significations reste soumis à des idéologies sociales variées. La boucle est ensuite complétée par la mise en relation de la norme (sociale et linguistique) avec l’usage.

La dernière partie est centrée sur les rapports entre norme lexicale et purisme lexical. L’action contradictoire des forces de conservation et des forces de novation crée des luttes permanentes entre les tenants de chaque partie. Le purisme considère la néologie comme attentatoire à l’ordre établi; il postule la prééminence de ce qui a été au détriment de ce qui se crée. Ce conservatisme linguistique maintient la langue dans les limites rigides de la tradition. Aujourd’hui, on assiste à des changements prometteurs à ce sujet. L’évolution de la conception de la norme lexicale est indissolublement liée aux transformations de la société. Aussi une définition officielle de la néologie se dessine-t-e1le dans ce contexte évolutif et elle est rattachée au développement social et idéologique du monde.

9. Louis Guilbert, Discours, lexique, dictionnaire, in Meta, vol. 18, nos 1-2, mars-juin 1973 , p. 201-224. (= Actes du deuxième colloque international de linguistique et de traduction, Montréal, 4-7 octobre 1972.)

Cet article est une réflexion fondée sur le mot, unité fondamentale du fonctionnement du langage. À l’aide de ce paramètre, l’auteur analyse certains aspects du rapport entre la phrase et les éléments du lexique. Les conclusions qui ressortent sont axées sur la description du lexique sous son angle lexicographique, la fabrication du dictionnaire.

Guilbert pose d’abord la problématique du mot en recourant à une définition opérationnelle empruntée à Meillet : le mot est une « tranche sonore douée d’une fonction syntaxique et pauvre de sens ». Il critique cette définition du mot à la lumière de la syntaxe et du lexique. Il propose de définir ce qu’est l’unité lexicale en tant qu’élément de formation de la phrase, même si le terme mot est conservé pour désigner le concept discuté.

La théorie de la grammaire générative et transformationnelle sert de creuset pour effectuer cette opération définitoire.

Dans cette théorie, le mot est appelé morphème lexical. Ce morphème peut subir des transformations variées qui constituent ses facultés de combinaison. Ces réalisations ne peuvent cependant être conçues en dehors de la facette sémantique. L’auteur détaille les raisons qui font que le morphème lexical fonctionne comme base de dérivations multiples tout en créant des séries différenciées sémantiquement. La classe syntaxique et l’homogénéité sémantique confèrent au morphème l’aptitude à générer des séries lexicales.

Puis L. G. examine la relation entre le morphème et le sémème et les composantes de ce dernier, les sèmes. L’analyse transformationnelle est expliquée à partir de la fonction de signification du mot et de l’autonomie fonctionnelle du sémème dans le langage par rapport au morphème lui-même.

Une autre partie de l’article aborde le mot référentiel et sa description. Celui-ci correspond ni plus ni moins au terme spécialisé. Il désigne des concepts ou des réalités concrètes du monde. Il a donc une fonction essentielle de dénomination. Guilbert donne les raisons des transformations et de la polyvalence du mot référentiel, de même qu’il explique ses relations avec le sémème du morphème lexical ordinaire. Cette partie sur la problématique du mot s’achève par l’examen des rapports entre le mot et les différents types de discours des locuteurs.

Le mot en devenant une unité de discours cesse d’être une unité disponible parmi l’ensemble du lexique. Il devient un élément réalisé par un individu. C’est le principe de l’opposition compétence/performance, bien connu des générativistes.

Enfin, l’auteur scrute le mot en tant que signe métalinguistique, comme un élément lexical donnant lieu à une interprétation linguistique du langage produit. Les mots en tant que signes métalinguistiques abondent chaque fois qu’un locuteur produit un discours à propos d’un autre discours, comme c’est souvent le cas en enseignement du français, en critique littéraire, etc. L. G. aborde également cette question sous l’angle lexicographique de la transformation d’un mot linguistique en mot métalinguistique lors des diverses opérations conduisant à l’élaboration d’un dictionnaire, de même que sous l’aspect de l’étude scientifique de la linguistique, c’est-à-dire comme une branche de la linguistique.

Une incursion est également faite du côté des grands axes de la productivité lexicale. Dans cette section, le linguiste reprend les grandes lignes de l’analyse effectuée auparavant et il les applique aux processus néologiques (affixation, composition), tant en langue générale qu’en terminologie. L’article est clos par un examen des rapports entre le dictionnaire et la norme. Différents types de dictionnaires sont évoqués, de même que la fonction sociolinguistique du dictionnaire de langue qui, malgré ses visées descriptives, contribue à dégager une norme relative au fonctionnement du lexique de la langue. Cette norme sociale et culturelle est issue de la vision que la classe dominante possède du lexique de la langue d’une communauté.

Une courte discussion suit le texte proprement dit de Louis Guilbert (p. 222-224).

10. Louis Guilbert, La créativité lexicale, coll. « Langue et langage », Larousse Université, Paris, Librairie Larousse, 1975, 288 p.

Ce livre présente dans un langage accessible une réflexion théorique poussée sur le mouvement de renouvellement du lexique considéré sous l’angle de la néologie. La perspective générativiste chère à L. G. sert encore de référence théorique pour donner une explication pertinente de la génération de la phrase et de la génération des unités lexicales. L’approche chomskienne permet de lier la création lexicale à la formation des phrases, le modèle phrastique constituant la réalité de la communication. L’ouvrage se veut une contribution à la réflexion sur les principaux problèmes de la création lexicale. On retrouvera donc dans ce livre les grandes préoccupations guilbertiennes : lexique et discours sociaux, dictionnaire et lexicographie, néologie, etc.

Deux parties composent l’ouvrage : la néologie (p. 13-102) et la dérivation (p.103-278). Une bibliographie bien étoffée termine le livre (p. 281-285).

Dans la section consacrée à la néologie, l’auteur décrit le mouvement linguistique et dresse une typologie très détaillée de la néologie. Le changement lexical naît indiscutablement des relations nouvelles qui s’établissent entre des signifiants et des signifiés en référence à des éléments du monde sensible : choses, créations, pensées nouvelles. Le lexique change par nécessité d’évolution du monde et du besoin de communiquer toute nouvelle connaissance. Les facteurs de mutabilité, le rapport mutabilité et performance du système linguistique, le rapport entre changement linguistique et structure sociale, la relation créativité/usage/norme et les domaines du changement (phonématique, grammaire) forment l’ossature de ce sous-chapitre. La création lexicale proprement dite est ensuite expliquée dans des perspectives diachronique, synchronique et lexicographique avant d’être mise en relation avec le locuteur lui-même : compétence, jugement en face de la néologie. L’acceptabilité du néologisme est ensuite développée sur le plan de la norme sociale dans le lexique et sur le plan de l’idéologie lexicale.

La typologie des néologismes reprend sous une forme très détaillée les grands axes de la créativité linguistique : néologie phonologique, néologie sémantique, néologie par emprunt et néologie syntagmatique. La néologie formelle fait l’objet à elle seule de la seconde partie du livre.

La seconde section est réservée à la dérivation lexicale qui est scrutée sous toutes ses coutures. L. G. pose d’abord la problématique du mot et de la dérivation : le mot-signe, le mot et la théorie structuraliste, le mot dans la perspective générativiste. Il se penche ensuite sur l’élément commun aux dérivés d’une même famille, la base lexicale, avant d’étudier les différents aspects des paradigmes dérivationnels. Les relations paradigmatiques du lexique, la définition du paradigme dérivationnel et ses problèmes théoriques et pratiques, les contraintes qui limitent le développement d’un paradigme et les caractères de productivité de celui-ci constituent ce sous-chapitre de la dérivation. La syntagmatique lexicale est à son tour soumise à la discussion. Elle comporte deux aspects : un aspect simple, c’est-à-dire la dérivation affixale (préfixale et suffixale) et la composition, telles qu’elles sont habituellement connues; un aspect complexe, c’est-à-dire la composition synaptique ou encore ce que l’on appelle en terminologie le syntagme. L. G. explique donc sa position en regard de la dérivation syntagmatique.

11. Louis Guilbert, Terminologie et linguistique, in Essai de définition de la terminologie. Actes du Colloque international de terminologie, Lac-Delage (Québec), 5 au 8 octobre 1975, Québec, Régie de la langue française, Éditeur officiel du Québec, août 1976, p. 13-26.

Quatre parties composent cet article.

La première partie étudie la terminologie en tant qu’ensemble de termes et qu’ensemble de démarches théoriques dans ses rapports avec la linguistique. Les trois volets examinés sont : 1. la dénomination et le signe linguistique alors que l’auteur met le signe en relation avec les réalités du monde; 2. la liaison entre la formation conceptuelle et l’expression linguistique où il s’agit de voir comment la conceptualisation est préalable à l’acte de dénomination. L’auteur entre alors dans le domaine philosophique concernant la connaissance du monde et les rapports de la logique avec le langage; 3. la relation entre le nom et le référent. Le langage ayant une fonction sociale, il sert de moyen de communication et de liaison avec les modalités d’action sur le monde. La dénomination se réalise donc en tenant compte des facteurs sociaux et civilisationnels.

La terminologie dans ses rapports avec le processus discursif fait l’objet de la seconde partie. Un certain nombre de relations que la terminologie entretient avec des notions de linguistique sont esquissées. Ces discours, qui ont un arrière-plan générativiste chez Guilbert, ont pour but de cerner la signification de l’unité terminologique. Ce sont les discours relatifs au processus de communication, à la syntaxe, à l’énoncé, c’est-à-dire à la possibilité pour le terminologisme de structurer des phrases, à la paraphrase, qui permet de reconnaître la transition entre le sens d’un texte et la dénomination qui a revêtu la forme d’une unité terminologique, et enfin à la traduction, à propos de laquelle l’auteur rappelle fort justement le problème de l’allomorphisme ou du découpage différent de la réalité selon les langues en présence.

La troisième partie scrute les aspects idéologiques de la terminologie. Même dans ce domaine, il existe des prises de conscience déterminant des comportements en face de la technologie et de la science. Ainsi, le marxisme qui met de l’avant les forces de production. L’acte de dénomination recèle donc, en plus de ses fonctions habituelles (énumération, classification, nomenclature), des fonctions cognitive, documentaire, néologique, juridique, publicitaire et nationale ou communautaire. Des motivations de communication permettent de les discerner selon les nécessités. La terminologie est aussi liée à l’idéologie de la langue. Elle entre incontestablement dans le domaine de la politique linguistique, comme le montrent les réactions à l’emprunt, la normalisation, la créativité lexicale, l’aménagement linguistique et terminologique.

Dans la dernière partie, l’auteur s’intéresse aux rapports entre la terminologie et la lexicographie. Il définit quelques principes différentiateurs entre la lexicographie générale et la lexicographie spécialisée. La relation entre le terme et la notion, le traitement méta1inguistique dans un cas et la description notionnelle intégrale dans l’autre, les classements alphabétique ou systématique, la prééminence de l’information à propos de l’objet plutôt que sur la fonction linguistique du mot, constituent quelques différences notables. Nonobstant ces distinctions, Guilbert rappelle que même en terminologie, l’énoncé linguistique demeure le lieu de transmission de l’information syntaxique, sémantique et fonctionnelle dans le langage, le terminologisme étant malgré tout un signe linguistique.

Ce texte a également paru dans Textes choisis de terminologie. I. Fondements théoriques de la terminologie, GIRSTERM 1981, p. 199-219.

12. Louis Guilbert, La relation entre l’aspect terminologique et l’aspect linguistique du mot, in Actes du premier Symposium d’Infoterm, Vienne, du 9 au 11 avril 1975, Coopération internationale en terminologie, Infoterm Series, no 3, Verlag Dokumentation, München, 1976, p. 242-249.

L’auteur pose ici le problème de la spécificité de l’unité terminologique par rapport à l’unité de lexique en général. Cette formulation amène L. G. à proposer le néologisme terminologisme pour désigner l’unité spécifique relevant de la terminologie.

Trois parties composent l’article : 1. la spécificité du terminologisme; 2. la perspective terminologique et la néologie; 3. les modes de création terminologique.

La spécificité du terminologisme réside dans son mode de signification monosémique. La plupart sont des substantifs dont les définitions consistent à les situer dans une classe d’objets, à énumérer les éléments constituants, à en décrire l’aspect et à indiquer leur destination. Le terminologisme est donc en relation univoque avec la chose désignée, ce qui tend à limiter la synonymie. La fonction d’énumération ou de classification ne le rend pas dépendant de la fréquence d’emploi.

L’augmentation des objets du monde entraîne des besoins lexicaux nouveaux et constants. Par ailleurs, la généralisation et la spécialisation apparaissent comme un double mouvement du lexique qui explique également le recours néologique. Quoique indispensable, le recours linguistique ne suffit pas; il doit prendre appui sur la connaissance directe de l’objet par le technicien ou le scientifique.

La création terminologique proprement dite obéit quant à elle à des modèles issus du système général, modèles déjà éprouvés. Ainsi, il n’existe pas de nouvelle combinaison phonique. Sur le strict plan lexical, le terminologisme peut provenir de bases toponymiques ou patronymiques, il peut utiliser des suffixes revêtant des aspects particuliers en terminologie, il peut provenir de deux types de composition : la syntagmatisation analytique (navigation aérienne) et la syntagmatisation synthétique (aéroport) , il peut user de la siglaison ou de l’acronymie, enfin, il peut importer des formes linguistiques allogènes, les emprunts.

Ce texte de Louis Guilbert a déjà été publié dans Lebende Sprachen, volume 20, novembre-décembre 1975/6, p. 173-176 (sous le titre : Aspect terminologique et linguistique du mot) et dans Textes choisis de terminologie, I. Fondements théoriques de la terminologie, GIRSTERM, 1981, p. 185-197.

13. Louis-Edmond Hamelin, De la néologie en géographie, exemples québécois, in Cahiers de géographie de Québec, vol. 19, no 48, décembre 1975, p. 429-459.

Entièrement centré sur un seul domaine spécialisé du savoir, celui de la géographie, et orienté vers un seul espace géolinguistique, celui du Québec, ce texte comprend deux parties. L’auteur rappelle d’abord des notions générales de néologie; en second lieu, il évoque les principaux procédés néologiques à l’aide d’exemples présentés en tableaux synoptiques. À la fin de l’article, apparaît un index alphabétique de la plupart des formes lexicales données en exemple.

Lorsqu’il rappelle les notions de base en néologie, L.-E. Hamelin discute également du terme néologie selon quatre points de vue : 1. son sens limité; 2. le sens de l’élément suffixal -logie; 3. la composition du terme; 4. la confusion entre la création et l’étude des mots nouveaux. Il suggère de remplacer néologie et sa famille lexicale par néonymie et ses dérivés. Il est sans doute l’un des premiers à avoir fait cette suggestion. La définition du concept de « néologie » est suivie d’une suite de remarques sur la nécessité des néologismes. De nombreux exemples d’application étayent les observations de l’auteur. Il évoque aussi le besoin d’édicter des règles de procédure, une stratégie de l’acte de désignation, reprenant en cela des objectifs énoncés par plusieurs linguistes et terminologues. Les principales qualités requises d’un néologisme sont ensuite énumérées : adaptabilité graphique, sémantique, phonétique et insertion dans la langue.

La seconde partie reprend à l’aide d’une pléthore d’exemples (plus de 300) tirées de la géographie québécoise et canadienne, les grands procédés néonymiques : dérivation, composition, influx sémantique, modification graphique, numérotation, emprunt, création sans base (ex nihilo).

Cet exposé sur la néologie géographique est le fait d’un praticien constamment confronté aux lacunes lexicales qu’il faut combler en recourant aux désignations nouvelles. L’auteur soulève par ailleurs le délicat problème du rapport entre la création lexicale générale en français et les spécificités régionales, en l’occurrence ici, celles du Québec. Il souligne que pour l’État québécois le recours à la néologie constitue un élément majeur pour réaliser l’aménagement linguistique. Il est ensuite facile d’extrapoler cette démonstration.

14. Rostislav Kocourek, La langue française de la technique et de la science, Wiesbaden, Oscar Brandstetter Verlag GMBH & Co. KG, 1982, 262 p.

Ce livre apparaît dès l’abord comme l’un des premiers écrits qui étudie l’ensemble de la théorie de la terminologie. Après l’ère des descriptions méthodologiques et des travaux divers ainsi que celle des panoramas des « écoles terminologiques », l’ère des ouvrages de réflexions approfondies s’instaure. Le titre même du livre montre bien la généralisation et la place importante de la terminologie parmi les autres sciences du langage.

La problématique terminologique du français est examinée en cinq chapitres d’inégales longueurs. Le livre commence (p. 11-32) par délimiter la langue de spécialité en scrutant ses aspects sémiotique, linguistique et fonctionnel. L’auteur trace ensuite les variations et identifie les dichotomies du langage terminologique avant d’en esquisser les caractéristiques sommaires. Au chapitre deux (p. 33-85), ce sont les spécificités linguistiques de la langue technique et scientifique qui sont envisagées. Ces caractères concernent surtout la cohérence textuelle, la condensation syntaxique, le mode impersonnel des phrases, la nominalisation, la précision des termes et les ressources graphiques. R.K. montre aussi que les grammaires traditionnelles excluent ou négligent cette part importante du fonctionnement langagier. Le troisième chapitre (p. 86-157) est réservé à l’étude proprement lexicologique des termes. Cette partie occupe à elle seule près du tiers du livre. La formation et la signification des termes forment les deux pôles du chapitre. Un long développement sur la néologie analyse les principaux procédés morphologiques et sémantiques de la créativité lexicale terminologique. Le cas échéant, des typologies illustrent les possibilités de création. Le chapitre quatre (p. 158-179) porte sur la structure terminologique, c’est-à-dire qu’il étudie les concepts fondamentaux inhérents à la recherche terminologique, tels la définition, la synonymie, les champs lexicaux et sémantiques, les systèmes notionnels et les aspects syntagmatiques. Le dernier chapitre (p. 180-204) est centré sur les applications et les perspectives de la terminologie. L’enseignement, la traduction et la normalisation font l’objet d’incursions comparatives avec la terminologie. Une indispensable bibliographie (p. 207-234) de quelques centaines de titres permettra aux chercheurs de cheminer dans les méandres terminologiques. Le livre s’achève par un index thématique.

Ce livre donne véritablement ses lettres de noblesse à la terminologie en la faisant sortir de ses ornières traditionnelles. Les aspects théoriques et pragmatiques des langues techniques et scientifiques sont ainsi structurés et replacés dans le grand jeu linguistique. L’emploi multiple d’exemples empruntés à une panoplie de textes spécialisés respecte l’un des principes fondamentaux de la terminologie qui, sous peine de sécheresse, ne peut s’observer que dans son milieu de fonctionnement naturel.

15. Ahmed Lakhdar-Ghazal, Méthodologie générale de l’arabisation de niveau, Rabat (Maroc), Institut d’études et de recherches pour l’arabisation (IERA), 1976, 120 p.

Deux parties, ainsi qu’une conclusion, forment l’armature de cet opuscule consacré à l’arabisation linguistique du Maroc c’est-à-dire à la substitution de la langue nationale au français qui constitue la langue étrangère dans ce pays. Le livre veut démontrer d’abord comment la langue arabe peut exprimer les réalités contemporaines avec la même efficacité que le français et ensuite établir que les modes de transmission et de diffusion de l’arabe soutiennent adéquatement la comparaison avec la langue étrangère.

La première partie expose les problèmes de l’arabisation qui sont subdivisés en deux catégories : les éléments théoriques de la terminologie en langue arabe et les questions relatives à la transmission de la langue. La situation de bilinguisme dans les pays arabes a posé la problématique de l’arabisation sous l’angle de la traduction avant tout, ce qui a permis d’identifier dans toute leur ampleur les difficultés terminologiques. Les outils de traduction existants sont évoqués d’abord les ouvrages bilingues qui partent de l’arabe; enfin les ouvrages monolingues arabes. La terminologie dans les dictionnaires (hétéronymes, synonymes, facteurs de perturbation de la terminologie) et les lacunes de la terminologie permettent des incursions et des explications sur l’emprunt et la nécessité de la néologie en langue arabe. Ces observations expliquent en grande partie les raisons du retard terminologique des pays arabes. Les problèmes de la transmission de la langue arabe se résument surtout aux difficultés d’assurer un enseignement efficace et aux carences constatées dans la diffusion de l’imprimé.

La deuxième partie développe en trois points les principes généraux de la méthodologie préconisée par l’IERA pour réaliser l’arabisation. Premièrement, le potentiel linguistique de l’arabe est exploré sur le plan terminologique et à partir des possibilités fondamentales de la langue arabe. Puis, la stratégie de la mise en ordre du lexique est passée en revue et fondée sur la recherche lexicologique et l’exploitation lexicographique. Enfin, une esquisse d’une méthode de travail en néologie est tracée; elle est accompagnée d’une typologie de la néologie.

La conclusion de cette étude sur l’arabisation linguistique du Maroc s’articule autour de la réforme indispensable de l’imprimerie (écriture et suggestion d’un nouveau système) et de la nécessité de développer des relations extérieures, c’est-à-dire d’établir et d’entretenir des contacts avec d’autres partenaires du monde arabe et avec tous ceux qui sont convaincus qu’il est préférable d’accéder à la connaissance par le moyen de sa propre langue.

16. Néologie et lexicologie. Hommage à Louis Guilbert, coll. « Langue et langage », Paris, Librairie Larousse, 1979, 224 p.

Précédé d’une bibliographie des travaux de Louis Guilbert, ce collectif réunit 21 études portant sur d’importants problèmes du lexique. Les hommages sont articulés autour des deux axes majeurs des recherches lexicologiques récentes que sont la néologie lexicale et la sociolinguistique. Les contributions qui intéressent la néologie s’orientent autour des mécanismes de la créativité lexicale, de l’intégration graphique des mots nouveaux, des critères de reconnaissance des néologismes terminologiques, de la néologie dans ses rapports avec l’idéologie, des pouvoirs néologiques de la métonymie ainsi que du fonctionnement réel de la néologie dans une langue terminologique comme l’informatique. Les préoccupations sociolinguistiques sont au centre des articles qui explorent le discours et la pensée politiques, le discours syndical enseignant et la compétence lexicale. Les réflexions portant sur la phrase et le syntagme dérivationnel collent davantage à la linguistique théorique. Les notions de dérivation affixale (suffixe -itude et motivation préfixale), de microsociolinguistique dialectale, de littérature, de linguistique historique et de lexicographie complètent le tableau des recherches lexicologiques présentées dans ce livre.

Néologie et lexicologie est un ouvrage de recherche qui indique des directions variées et qui trace des chemins pour ceux qui cherchent à bien comprendre et à bien maîtriser les mécanismes fondamentaux et multidirectionnels de la néologie. Des aspects les plus littéraires aux plus linguistiques, des plus théoriques aux plus pratiques, des plus généraux aux plus terminologiques, chacune des voies de la néologie est scrutée selon des points de vue polyvalents et complémentaires. Aucun d’entre eux n’offre de solution définitive; aucun non plus n’est l’antagonisme de l’autre. Le livre regroupe des contributions qui montrent hors de tout doute qu’il n’y a pas de néologie lexicale viable hors des contextes multiformes de la société. Tous les discours, qu’ils soient politique, social, professionnel, dialectal, etc., sont interrogés par une brochette de contributeurs dont les expériences plurielles les rendent aptes à s’approprier chacun à leur manière un fragment de la néologie et de la lexicologie afin de répondre à des questions essentielles ou encore d’en poser d’autres tout aussi fondamentales. Ces contributions gravitent autour de la linguistique sociale; elles forment un corps de doctrines issu de mains distinctes mais qui verse au dossier de la néologie un ensemble de témoignages cohérents. Somme toute, une suite d’événements linguistiques qui postulent un discours sur le lexique.

Auteurs

R. Adda, J. Bastuji, K. Bochmann, H. Bonnard, J.-C. Boulanger, J. Bourquin, N. Catach, J.-P. Colin, Ph. Dresco, J.-L. Fossat, B. Gardin, A. Geoffroy, M. Giuglio, L. Guespin, J. Heslot, J.-P. Leduc-Adine, G. Lefèvre, Ch. Marcellesi, J.-B. Marcellesi, M.-F. Mortureux, A. Pétroff, J. Peytard, C. Robine, M. Tournier, R.-L. Wagner.

17. La néologie lexicale, in Langages, vol. 8, no 36, décembre 1974, Paris, Didier/Larousse, 128 p.

Cette publication est le fruit d’une équipe de recherche associée au CNRS travaillant sur le processus de formation de nouvelles unités lexicales. Elle ne présente pas les résultats des recherches de l’équipe; elle soulève plutôt une problématique qui concerne à la fois la théorie et la méthodologie de la néologie. Le corpus de travail qui a servi de base à la réflexion est constitué par des énoncés qui proviennent du discours politique utilisé à l’occasion des élections législatives de 1973 en France.

À partir de la théorie et du modèle générativistes, les interventions de trois des chercheurs ont porté sur la néologie sémantique et l’aspect morphosyntaxique de la néologie lexicale considérée dans le cadre de la phrase. Trois autres contributions examinent successivement le sentiment néologique, les rapports entre la néologie et le dirigisme linguistique ainsi que les aspects sociolinguistiques de la néologie. Les problèmes méthodologiques et théoriques de l’énonciation, les rapports entre la néologie et les fonctions du langage forment un troisième bloc d’étude et d’analyse. Enfin, deux expériences sur l’informatique comme instrument de recherche en néologie et sur le traitement informatique de la néologie terminent la série des réflexions théoriques. Une bibliographie rassemblant une centaine de titres suit les articles.

En lisant cet ouvrage collectif, le lecteur constatera que la question du sentiment néologique du locuteur est au centre des préoccupations et qu’il existe des niveaux de compétence néologique qui varient selon les individus. Quant à elle, la compétence néologique nécessite une certaine sanction de la communauté. Cette officialisation sociale viendra du dictionnaire dont le décalage par rapport au mouvement de la langue est bien connu. Il reste cependant le seul point d’ancrage permettant d’effectuer des comparaisons. Ce numéro de Langages est le reflet des grandes hésitations théoriques sur le lexique et particulièrement sur son aspect le plus mouvant, la néologie lexicale. Ce coup d’oeil générativiste et sociolinguistique sur la créativité lexicale française était indispensable pour révéler les circonstances sociales de la productivité du lexique.

Auteurs

D. Baggioni, J. Bastuji, Ph. Dresco, B. Fauveau, B. Gardin, L. Guespin, L. Guilbert, A.-M. Laurian, G. Lefèvre, Ch. Marcellesi, M.-F. Mortureux, A, Pétroff.

18. Alain Rey, Usages, jugements et prescriptions linguistiques, in Langue française, no 16, décembre 1972, p. 4-28.

Cet article tente de définir d’une manière générale des concepts fondamentaux comme « loi », « règle » et « norme ». Il demeure encore aujourd’hui une étude de premier plan pour bien saisir et situer la norme. Il comporte cinq parties qui permettent de progresser du « normal » jusqu’à la « norme ».

Dans un premier temps, l’auteur veut examiner sur quelles bases la scientifisation de la norme peut s’ébaucher, étant entendu que l’idéologie joue un rôle central dans ces conceptualisations. L’auteur pose les deux jalons de sa démarche explicative : la situation objective et statistique et le faisceau d’intentions subjectives. Mais avant de définir la norme observée et la norme élaborée, il fait une incursion historico-étymologique du côté du normal et du normatif. Il entremêle à son analyse les concepts de « loi », de « norme » et de « règle » tout en assortissant ses remarques de considérations philosophiques. Puis, il situe son intervention sur le strict plan du langage, la norme étant scrutée à partir de la problématique linguistique, dont en particulier le concept d’« usage », qui est soumis à l’idéologie dans une communauté linguistique.

La seconde partie de l’article développe la norme objective qui apparaît comme une abstraction. Partant de la théorie de Hjelmslev en passant par Coseriu et Chomsky, Alain Rey expose rapidement les conceptions de quelques linguistes sur la langue et la norme objective. Puis, il envisage le sens autoritaire, prescriptif de la norme dans une troisième partie consacrée au cheminement qui conduit du jugement de valeur à l’attitude normative. On y rencontrera une pluralité de sous-normes soumises à des jugements de hiérarchisation (allant du meilleur au pire, du grammatical à l’agrammatical) qui dépendent de la structure socioculturelle de la communauté francophone. Les jugements s’exercent sur des usages et des comportements de langage. Ils reflètent manifestement la conscience d’une structure sociale. La norme prescriptive est donc une construction, un pseudosystème obtenu par la sélection des types d’usage à retenir et des éléments à éliminer.

La quatrième partie porte sur le discours de la norme. Ce discours informe les locuteurs sur les choix prescrits. Il règle, définit, évalue, dit le droit et identifie le bon usage de la langue. L’analyse sémantique, sociologique et psychanalytique de ce métadiscours reste encore inexplorée.

Enfin, en dernière partie, la norme est mise en parallèle avec le purisme. L’auteur fouille ce dernier concept dans l’optique lexicographique : ne sont cités dans les dictionnaires de langue que les grands auteurs classiques et contemporains consacrés par la société. Par ailleurs, la norme puriste est toujours prescriptive, fortement sélective et elle ne tolère aucun écart par rapport au modèle prédéfini de la langue, même si la norme objective démontre le contraire. L’une de ses constantes est le refus systématique du changement historique. Rey pense que le purisme devrait céder sa place à un interventionnisme motivé et explicite. À ce sujet, quelques éléments de comparaison avec la situation québécoise sont évoqués.

19. Alain Rey, Le lexique : images et modèles. Du dictionnaire à la lexicologie, coll. « Linguistique », Paris, Librairie Armand Colin, 1977, 309 p.

L’ouvrage regroupe des textes déjà parus dans diverses revues de linguistique ou ailleurs à partir de 1965. L’auteur a remis à neuf, remanié et augmenté ces textes. Leur assemblage forme un tout cohérent issu de réflexions sur la pratique lexicographique, la sémantique, l’analyse de discours, la sociolinguistique et la sémiotique. En arrière plan, se profilent les orientations théoriques de l’auteur qui privilégie l’abord épistémologique et anthropologique du lexique. Il l’étudie comme modèle théorique harmonisé, tel que le conçoivent les linguistes, et comme objet historique et anthropologique complexe. En filigrane, quelques fines observations sur la terminologie sont perceptibles.

La première partie du livre est consacrée aux dictionnaires (p. 9-152). Elle décrit l’activité lexicographique et ses produits. Cinq chapitres- traitent successivement des dictionnaires de langue (sémantique lexicographique; faits linguistiques décrits; métalangue; dictionnaire historique), de la définition et de l’état de la lexicographie actuelle du français (théorie et description; modèles d’utilisation; dictionnaires généraux pour la période 1967 à 1977). La seconde partie comprend trois chapitres (p. 153-200). Elle s’arrête sur les modèles et les sciences du lexique. Y sont développées des réflexions à propos du concept de « lexicologie » (statuts concrets de la lexicologie; articulation du lexique dans le système langagier; définitions du lexique, de la lexicalité; systématicité du lexique; lexicologie comme science-carrefour; lexicologie et lexicographie), de la sémantique lexicale comme modèle pédagogique du lexique et des limites du lexique (étude des problèmes du mot et de la phrase). La dernière partie propose des exercices de lexicologie descriptive (p. 201-271). Un premier exercice de lexicologie diachronique étudie un ensemble de termes définis conceptuellement dans un corpus de nature littéraire.

Il s’agit, en fait d’une étude de sémantique lexicale diachronique. Puis deux autres études diachroniques portant chacune sur une unité lexicale isolée suivent : le mot sarabande et le terme adjectival roman. Enfin, la description d’un champ morphosémantique exceptionnellement régulier quoique soumis à l’arbitraire des normes sociales : les mots français en anti-.

Le livre montre bien le cheminement de l’image métalinguistique élaborée par le dictionnaire aux modèles de la lexicologie descriptive. Ces pages illustrent les relations nécessaires entre la linguistique (et la philologie) et la sociologie (et les autres sciences humaines) sous le double aspect complémentaire de la consistance théorique et de l’adéquation à l’objet empirique.

20. Alain Rey, La terminologie. Noms et notions, coll. « Que sais-je? », no 1780, Paris, Presses universitaires de France, 1979, 128 p.

Ce petit livre est divisé en trois chapitres d’inégale longueur. Il se veut un ouvrage introductif à la discipline terminologique. Le premier chapitre intitulé « Origines et génèse » (p. 3-15), retrace les grandes étapes dans la constitution d’un besoin et d’une activité spécifique qui cherchera bientôt à s’automatiser sous la forme d’une « science des termes ». À l’aide d’un vocabulaire plutôt philosophique et de considérations historiques, A. R. construit ce chapitre autour des termes nomenclature et terminologie. En outre, un regard de l’âge classique à aujourd’hui montre comment la terminologie s’est érigée en « corps de connaissances » détaché de son statut modeste de simple aide à la traduction.

Le second chapitre (p. 16-51) s’attache aux problèmes théoriques de la terminologie, le premier d’entre eux concernant le statut même de la terminologie. L’auteur plaide en faveur de l’existence de la terminologie comme théorie car sans bases théoriques au moins implicites, il n’est guère possible de parler d’une pratique, la terminographie. D’où une distinction nette entre terminographie, qui renvoie à l’activité pratique et descriptive, et terminologie, qui désigne l’aspect théorique. L’unité terminologique, le nom, les systèmes de signes font l’objet de considérations qui permettent de lier le linguistique au terminologique. L’auteur discute ensuite de la pertinence terminologique des termes notion et concept; il opte pour ce dernier parce qu’il fait partie de la norme philosophique la plus usuelle. L’auteur qualifie la définition d’élément indispensable en terminologie et il la situe à la croisée de la lexicographie et de l’encyclopédie. Elle permet aux noms de fonctionner comme termes. Les différents systèmes conceptuels ou notionnels sont ensuite examinés à l’aide de démonstrations épistémologico-philosophiques.

Les pratiques terminologiques forment le troisième chapitre (p. 52-120). Plus accessible sur le plan du vocabulaire, il rassemble un amalgame de données sur les besoins et les moyens terminologiques, sur la description et le contrôle des terminologies (problématique, procédures, méthodes, travaux terminologiques et terminographiques) et enfin sur les institutions et les types d’intervention (par secteur d’activité, par l’administration étatique, par la normalisation internationale, etc).

La conclusion de ce petit livre est toute tournée du côté de la sociolinguistique, étant entendu que la terminologie veut répondre aux besoins de communication individuelle ou institutionnelle manifestés dans la société.

21. Alain Rey, Encyclopédies et dictionnaires, coll. « Que sais-je? », no 2000, Paris, Presses universitaires de France, 1982, 128 p.

Ce livre qui releve du plus haut savoir culturel et encyclopédique, vient enrichir la production métalexicographique et métaencyclopédique sans cesse provignante. Il ne s’attache guère à des comparaisons entre les deux principales catégories de produits lexicographiques modernes, dont l’un décrit des choses (l’encyclopédie) et l’autre définit des mots (le dictionnaire). Malgré le titre à deux volets, l’encyclopédie occupe la place prépondérante dans la description de l’auteur. Le terme dictionnaire doit être compris dans son sens élargi de « dictionnaire encyclopédique » et non pas dans celui de « dictionnaire de langue ». Le livre n’est pas un traité de rédaction d’une encyclopédie, ni un manuel pratique sur la conception d’un tel ouvrage. C’est par et dans l’histoire que l’encyclopédie est livrée au lecteur.

Deux parties subdivisent l’ouvrage. La première, intitulée « Encyclopédies et dictionnaires : Problématiques », examine des rapports entre les deux grands genres lexicographiques. L’auteur y retrace les éléments de ressemblance et de différence entre le dictionnaire et l’encyclopédie. Il mène le lecteur à travers les concepts fondamentaux comme les définitions et les désignations, les structures textuelles et les rapports entre texte et images, chaque genre étant tributaire de conditions de réalisation qui répondent à des besoins précis et définis.

La seconde partie, intitulée « L’histoire : du projet encyclopédique à l’encyclopédie », est plus linéaire; elle prend la forme d’un survol chronologique commenté des activités encyclopédiques universelles à travers le temps et l’histoire. La description s’achève par des considérations à propos des aventures encyclopédiques du 20e siècle. Ainsi, l’Antiquité, le haut Moyen

Âge occidental, l’Islam classique, l’Asie ancienne et l’Occident marquent les repères temporels pour la description historique. L’héritage occidental est replacé dans le juste cadre des contributions de l’Islam, de l’Asie et du monde antique au projet encyclopédique.

Encyclopédies et dictionnaires permet de mieux comprendre le désir immémorial de l’Homme de consigner toute la représentation du monde afin d’actualiser sans cesse son fantasme du savoir total.

22. Wallace Schwab, Marie-Claire Mattot, Odile G. Rémillard, Recueil des textes législatifs sur l’emploi des langues, coll. « Documentation », Conseil de la langue française, Québec, l’Éditeur officiel du Québec, mars 1979, p. V.

L’objectif de cet ouvrage documentaire est de présenter d’une manière la plus exhaustive possible les multiples législations sur l’emploi des langues qui existent au Québec et dans d’autres juridictions du monde. Le recueil se compose de huit chapitres traitant chacun d’un groupe de législations bien localisées : le Québec, le Canada, les provinces canadiennes, la France, la Belgique, la Suisse, les Communautés européennes et le Conseil de l’Europe. Chaque chapitre se termine par des index lexicaux.

Les textes présentés ont été sélectionnés en fonction de leur actualité : aussi les auteurs n’ont-ils retenu que les législations en vigueur au moment des recherches, et ceci afin de limiter le temps de la recherche, sans compter que le regroupement de toutes les lois présentes et passées eût donné des dimensions trop vastes au recueil.

Les auteurs rappellent en avant-propos que l’initiative qui consiste à promulger des avis pour défendre une langue n’a rien d’original en soi, puisque plusieurs pays ont inséré dans leurs lois des dispositions ayant trait à la langue. La Charte de la langue française du Québec fait œuvre de précurseur parce qu’elle définit la portée de la loi, tant en droit public qu’en droit privé. Ce recueil est un instrument de premier ordre pour apprendre aux autres comment légiférer sur l’emploi des langues.

Plusieurs dizaines de textes législatifs sont reproduits en tout ou en partie dans l’ouvrage. On y trouve trois types de textes : des textes législatifs proprement dits, des textes d’application et des déclarations de principe. Pour la Suisse, ces textes prennent la forme de dispositions confédérales ou cantonales. Quelques textes concernant les provinces canadiennes sont publiés en anglais.

Ces huit chapitres législatifs avaient antérieurement été publiés sous la forme de cahiers séparés afin de les rendre disponibles plus rapidement. Le texte du recueil général est identique à celui qui apparaît dans les publications séparées. Pour cette raison, la pagination est faite par chapitre.

Le recueil a une grande valeur documentaire et il est destiné avant tout à la consultation.

23. Séminaire de terminologie franco-arabe, Tunis, juillet 1978, coll. « Langage et linguistique », Tunis, Institut Bourguiba des langues vivantes, 1980, 150 p.

Les exposés présentés au cours du séminaire de terminologie franco-arabe sont groupés autour de quatre thèmes.

Le premier thème examine l’état des travaux terminologiques dans le monde arabe et dans le monde francophone. Les interventions arabes effectuent un survol rapide des travaux généraux et du vocabulaire des mathématiques en langue arabe. Trois intervenants francophones décrivent d’abord les travaux de terminologie de langue française à partir entre autres des rapports que la terminologie entretient avec d’autres disciplines comme la linguistique, la documentation, la traduction, l’informatique, etc., puis expliquent les ressources terminologiques qu’un organisme comme l’Institut de la langue française (CNRS-France) peut mettre à la disposition des chercheurs arabes. Enfin, un dernier exposé traite de la traduction et de la terminologie aux Nations-Unies. Le second thème s’attarde à faire l’inventaire des problèmes méthodologiques rencontrés dans la réalisation des objectifs. La terminologie médicale arabe, les problèmes et carences de la création lexicale arabe contemporaine constituent l’apport arabe. Quant au texte francophone, il examine la problématique de la terminologie sous le double aspect des distinctions entre la lexicographie et la terminologie, et des difficultés communes aux deux disciplines. Le troisième thème aborde les éléments fondamentaux de la méthodologie et de la formation des terminologues. Trois exposés expliquent les problèmes de la langue arabe en informatique à partir de l’expérience de l’Institut d’études et de recherches pour l’arabisation (IERA). Une contribution décrit les aspects polyvalents de la formation des terminologues tout en proposant un programme axé sur l’enseignement théorique et pratique. Le dernier thème donne un aperçu des ressources nécessaires à la gestion des stocks terminologiques sur les plans arabe et mondial. Sont évoqués également les problèmes méthodologiques rencontrés dans la réalisation des travaux multilingues tels qu’ils se déroulent à la CEE (Communauté économique européenne), tant en ce qui regarde le travail terminologique proprement dit que sa gestion informatique. Enfin, le modèle canadien du Bureau des traductions fait l’objet d’une intervention. Une synthèse et des recommandations suivent les seize communications.

Procédant à la fois d’un constat et d’une conviction, le séminaire de terminologie franco-arabe a mis en lumière les problèmes de terminologie qui pourront se résoudre facilement, ceux qui semblent poser des difficultés particulières et ceux qui paraissent insolubles. Les actes démontrent à l’envi le désir de gérer l’activité terminologique afin de rationaliser et d’harmoniser les choix en vue d’obtenir une réponse arabe qui soit cohérente pour relever le défi de l’avenir technico-scientifique en langue arabe. À l’évidence, l’arabisation passe elle aussi par le défi terminologique.

Auteurs

B. de Bessé, J.-C. Boulanger, F. Cestac, A. Lakhdar Ghazal, R. Goffin, G. Gorcy, A. Hadjsalah, Ph. Le Quellec, M. Mahasseni, B. Quemada, A. Rey, N. Richier, G. Romerio, M. Souissi.

24. Travaux de terminologie et de linguistique, no 1, coll. « Études, recherches et documentation », Québec, Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, janvier 1982, 108 p.

Les textes contenus dans ce recueil sont relatifs à des problèmes de théorie et de méthodes en terminologie, tels qu’ils ont été rencontrés, analysés et, parfois, résolus par les terminologues de l’Office de la langue française. Six contributions très différentes sont donc rassemblées dans ces TTL.

Le premier texte porte sur les niveaux de langue en terminologie (p. 9-20). C’est à partir de convergences entre les langues de spécialité et la langue générale et la néologie que l’auteure examine des critères pour déterminer le degré de technicité d’un terme. Le domaine auquel un terme appartient joue un rôle déterminant lors du classement dans une grille.

De même, le choix de la langue de référence est lié aux décisions politiques d’un organisme comme l’Office de la langue française qui peut prôner l’alignement inconditionnel sur le français international ou une forme d’autonomie linguistique qui tient compte de la problématique des régionalismes.

La deuxième contribution porte sur le provignement des noms propres (p. 21-39), c’est-à-dire sur la productivité dérivationnelle des noms de personnes ou de lieux. L’auteur fournit une liste des divers modes de provignement suffixaux. Quoique la majeure partie du texte s’appuie sur la langue générale, l’auteur fait une bonne incursion, du côté de la terminologie qui ne reste pas insensible à ces dérivés. Le texte suivant rassemble des réflexions sur la problématique des gentilés au Québec (p. 41-61). Des préoccupations de francisation et d’aménagement linguistique ont poussé l’auteur à s’intéresser aux termes désignant les habitants d’un lieu (pays, ville, etc.). La perspective de cette étude est évidemment terminologique et toponymique. Une autre étude pragmatique scrute les problèmes qui se posent au sujet de l’entrée terminologique (p. 63-71). L’auteure fait état des difficultés pratiques rencontrées par le terminologue lors de l’élaboration d’un vocabulaire ou d’un lexique, particulièrement dans le cas des syntagmes. La cinquième étude porte sur les marques déposées (p. 73-85) en terminologie. Celles-ci posent de nombreuses difficultés au terminologue. Tantôt, elles sont difficiles à reconnaître parce qu’elles se confondent avec des termes plus usuels; tantôt, elles entrent en concurrence synonymique avec d’autres termes; tantôt, encore, elles se concurrencent entre elles. L’auteure démonte également les mécanismes multiples de leurs modes de formation qui sont loin d’être toujours orthodoxes. Enfin, une dernière contribution a pour but d’étudier certains problèmes de l’emprunt lexical en rapport avec la situation linguistique du Québec (p. 87-106). L’auteur donne un bref aperçu historique de l’emprunt, puis il présente et discute les arguments en faveur de l’aménagement de l’emprunt lexical; il conclut sa première partie par une présentation des efforts d’aménagement lexical ailleurs qu’au Québec. Il discute ensuite les différentes typologies de l’emprunt proposées par des linguistes.

Il termine en esquissant quelques réflexions sur le calque et la place de l’emprunt en français général.

Auteurs

M. Cayer, J.-Y. Dugas , H. Dupuis , A. Fortin, J. Maurais.

25. Pierre Trescases, Le franglais vingt ans après, coll. « Langue et société », no 5, Montréal, Guérin éditeur limité, 1982, 150 p.

Depuis Étiemble qui l’a propulsée sur la place publique et portée à son paroxysme la polémique contre le franglais ne s’est jamais complètement apaisée. Le combat anti-emprunt est devenu une croisade politico-linguistique qui a culminé un peu partout dans la francophonie par des législations linguistiques plus ou moins coercitives. Ce livre, dont le canevas était déjà réalisé en 1978, s’insère dans cette croisade sous la forme d’un bilan ou d’un constat. Il n’est pas précurseur de la reprise des hostilités, ni d’une nouvelle confrontation entre les opposants et les tenants du franglais.

De l’Édit de Villers-Cotterêts à la loi française du 31 décembre 1975, l’auteur brosse un parallèle entre l’emprunt à l’italien de la Renaissance et celui à l’anglo-américain d’après la Seconde Guerre mondiale. Le premier chapitre compulse des données quantitatives et qualitatives pour les domaines du lexique, de la morphologie, de la phonologie et de la syntaxe. Le mouvement d’emprunt se cantonne presque essentiellement au lexique et cet aspect retiendra désormais l’attention de l’auteur. L’énoncé des faits relève d’une vision purement descriptive.

Le second chapitre illustre en premier lieu les apports italiens et anglais au lexique français puis, d’une manière toute statistique, les échanges lexicaux entre le français et l’anglais au cours de leur histoire respective. C’est dans ce même chapitre que le partage sémantique est accompli entre les termes anglicisme et américanisme, qui sont parfois confondus à tort. Le chapitre trois décrit les attitudes de la France à travers son histoire récente envers le pays (crise du pays) et envers la langue (crise de la langue), comportement dont l’apogée s’exacerbe dans le francocentrisme immédiatement après la guerre. Un nationalisme linguistique sourd de la période appelée la croisade (1957-1967). Les mythes renaissantistes et rivaroliens sont alors à l’honneur à propos de la langue. Le chapitre quatre retrace sous une forme typologisée les attitudes face à l’emprunt : attitudes positives, négatives, dirigistes, polémiques. Le dernier chapitre est centré sur l’interprétation de la polémique contre le franglais. Une fois encore le parallèle est révélé entre les italianismes et les américanismes. En postface, l’auteur montre qu’aujourd’hui le mouvement d’opposition à l’emprunt a vécu, tout au moins sous sa forme polémique étiemblienne. Les circonstances linguistiques et culturelles ont changé pour laisser la place à des visions renouvelées des concepts comme la norme, le purisme, les législations linguistiques.

L’auteur analyse presque exclusivement le français de France négligeant les autres français régionaux. L’empreinte de la langue anglaise sur le français est résumée par p. T., qui fait également resurgir les causes extralinguistiques ayant permis de déboucher sur une « défense organisée », dont les aboutissements principaux ont pris la forme de législations linguistiques diverses plus ou moins coercitives ou incitatives.

Liste des auteurs

Adda (R.), 16

Agron (P.), 2

Archimbaud (R.), 1

Auger (P.), 1

Bachrach (J. A.), 2

Baggioni (D.) , 17

Bastuji (J.), 16, 17

Berner (K. E.), 2

Bessé (B. de), 2, 23

Bochmann (K.), 16

Bonnard (H,), 16

Boulanger (J.-C.), 1, 16, 23

Bourquin (J.), 16

Boutin-Quesnel (R.), 1

Brugière (M.), 2

Brunold (H. p.), 2

Catach (N.), 16

Cayer (M.), 21

Cestac (F.), 2, 23

Clerc (M.-G.), 2

Cloutier (F.), 2

Colin, (J.-P.), 16

Corbeil (J.-C.), 1, 3

Courtin (J.) , 2

Diki-Kidiri (M.), 4

Dresco (Ph.), 16, 17

Dubois. (C.), 7

Dubois (J .), 5, 6, 7

Dugas (J.-Y.), 24

Dupuis (H.), 24

Fauveau (B.), 17

Felber (H.), 2

Forget (M.), 2

Forgues (S.), 2

Fortin (A.), 24

Fortin (J.-M.), 1, 2

Fossat (J.-L.), 16

François (P.), 2

Frontard (R.), 2

Gardin (B.), 16, 17

Gauthier (F.), 1

Geoffroy (A.), 16

Giuglio (M.), 16

Glaus (F.), 1

Goffin (R.), 2, 23

Grandjean (E.), 2

Gorcy (G.), 23

Guespin (L.), 16, 17

Guilbert (L.), 2, 8, 9, 10, 11, 12, 17

Hadjsalah (A.), 23

Hamelin (L.-E.), 13

Harvey (R.), 1

Heslot (J.), 16

Joly (H.), 2, 4

Kerpan (N.), 1

Kocourek (R.), 14

Lakhdar-Ghazal (A.), 15, 23

Larose (P.-É.), 2

Laurent (J.), 2

Laurian (A.-M.), 17

Lebel-Harou (L.), 2

Leduc-Adine (J.-P.), 16

Lefèvre (G.), 16, 17

Le Quellec (Ph.), 2, 23

Mahasseni (M.), 23

Maniez (J.), 2

Marcellesi (Ch.), 16, 17

Marcellesi (J.-B.), 16

Mariée (M.), 2

Mattot (M.-C.), 22

Maurais (J.), 24

Mercier (J.), 1

Michel (J.), 2

Mortureux (M.-F.,), 16, 17

Moureau (M.), 2

Murcia (C.), 4

Pare (M.), 2

Pelletier (G.), 2

Pessis-Pasternak (G.), 2

Pétroff (A.), 16, 17

Peytard (J.), 16

Quemada (B .), 23

Reichling (A.), 2

Rémillard (O.G.), 22

Rey (A.), 2, 18, 19, 20, 21, 23

Richier (N.), 23

Robine (C.), 16

Romerio (G.), 23

Rondeau (G.), 1

Rousseau (L.-J.), 1

Schwab (W.), 22

Scrivener (Ch.), 2

Sliosberg (A.), 2

Souissi (M.), 23

Tchirikoff (A.), 2

Tessier (Ph.), 1

Tournier (M.), 16

Trescases (P.), 25

Veillon (G.), 2

Wagner (R.-L .), 16

Yanez (A.), 2

Zareba (L.), 2

Notes

[1] Voir Jean-Claude Boulanger, « Louis Guilbert et la néologie », in Terminogramme, no 9, septembre 1981, p. 4-7; Bibliographie linguistique de la néologie : 1960-1980, 1. Études linguistiques, coll. « Études, recherches et documentation », Québec, Office de la langue française, Éditeur officiel du Québec, novembre 1981, 292 p.; « Petite bibliographie linguistique et lexicographique de la néologie », in TermNet News, nos 2/3, 1981, p. 47-72. Une importante liste d’errata est jointe à cette dernière.

[2] Cette bibliographie est intitulée : Bibliographie sélective de la terminologie. Il s’agit d’un projet subventionné par le CIRELFA. Voir aussi le projet plus vaste d’une bibliographie sur la terminologie préparée par les mêmes concepteurs, en collaboration avec Infoterm : Bibliographie internationale de la terminologie. Un exposé de la méthode comportant 68 pages a été publié par le GIRSTERM (Université Laval) en 1979.