Le syntagme en informatique un projet de recherche

Dans le cadre de l’entente conclue entre l’Université Laval et la société IBM Canada, et en collaboration avec une collègue du Département de langues et linguistique, l’auteur de cet article dirige un projet de recherche qui porte sur la syntagmatique terminologique en français et en anglais dans le domaine de l’informatique. Le projet comprend deux volets : le premier consiste en l’élaboration d’une bibliographie linguistique analytique sur le phénomène du syntagme en terminologie; le second porte sur une recherche théorique et appliquée sur le même phénomène.

La constitution d’une bibliographie sur le syntagme

La terminologie ne dispose pas encore de tout l’appareillage méthodologique et théorique requis pour la conduite d’études précises dans certaines de ses régions inconnues ou encore obscures. La syntagmatique est l’une d’elles. À peine explorée et en raison de l’absence d’outils d’analyse, elle laisse maintes questions sans réponse. C’est pourquoi a été entrepris l’établissement d’une bibliographie linguistique analytique portant sur les textes traitant de la syntagmatique française et anglaise au cours des vingt dernières années, période qui commence avec les premiers écrits de Louis Guilbert sur le sujet, notamment dans sa thèse sur la formation du vocabulaire de l’aviation.

Les documents dépouillés (articles, livres, thèses, actes de rencontres scientifiques, etc.) peuvent être rédigés en français, en anglais ou dans une autre langue, du moment qu’il y est question du syntagme français ou anglais. La recherche nécessite la mise au point d’une liste de descripteurs propres au sous-secteur de la terminologie qu’est la syntagmatique générale ou comparée.

Cette partie du projet est réalisée à l’aide du logiciel BIBELO. Celui-ci est utilisé par le Centre international de recherche sur le bilinguisme pour l’établissement d’une bibliographie informatisée sur le bilinguisme et l’enseignement des langues officielles, d’où l’acronyme BIBELO. Deux étudiants sont associés à la recherche dont les premiers résultats seront publiés dans les mois à venir. A l’heure actuelle, une centaine de titres sont résumés tandis que le recensement et l’uniformisation des descripteurs s’achèvent.

La recherche théorique et appliquée sur le syntagme

On sait que le terme syntagme est polysémique (homonymique?) en linguistique et qu’il est pourvu d’une myriade de synonymes hérités d’écoles de pensée diverses, de chercheurs isolés, dispersés dans l’espace comme dans le temps. Du syntagme saussurien en passant par le syntagme chomskyen, nous sommes arrivés à la fin des années 60 au syntagme terminologique wustérien, vite réduit au terme syntagme tout court. Par ailleurs, on a recensé jusqu’à présent plusieurs dizaines de synonymes servant à désigner la notion de « syntagme », spécialement R. Kocourek qui s’est arrêté à vingt-sept dénominations sémantiquement équivalentes, en tout ou en partie, dans une étude bien connue. Il n’en demeure pas moins que malgré sa polysémie / homonymie et sa synonymie « inflationnelle », le terme syntagme est l’objet d’un large consensus dans la communauté scientifique. Tous savent le reconnaître et tous s’entendent sur la signification précise qu’il recouvre, à savoir : « groupe d’unités linguistiques syntaxiquement liées et qui fonctionnent comme une unité simple, c’est-à-dire qui sert à dénommer une seule notion, une seule réalité dans un domaine donné du savoir humain ».

Incontestablement, le syntagme est au cœur de la terminologie. Rares sont les linguistes qui l’ont examiné en profondeur. Quelques-uns, comme Benveniste (synapsie), Martinet (synthème) et Guilbert (syntagme et dérivation syntagmatique), ont senti son emprise sur la langue. Mais à l’exception du dernier, presque tous ont cantonné son étude à la langue générale, ce qui a retardé l’éclosion et la fixation de frontières précises pour ce concept en terminologie. À ce jour, il n’existe aucune recherche scientifique poussée sur les unités terminologiques complexes aux fins d’en cerner les principes théoriques et les applications pratiques dans des perspectives d’aide à la traduction et à la recherche terminographique, sans compter les incidences sur la lexicographie de la langue générale et sur les banques de terminologie. Outre les travaux de Guilbert, la seule tentative d’importance fut la Table ronde sur le découpage du terme tenue en 1978 à Montréal et dont les actes furent publiés par l’Office de la langue française en 1979.

L’analyse systématique du syntagme dans le domaine de l’informatique propose de combler en partie ces lacunes criantes.

Le projet cherchera à établir une typologie renouvelée et révisée des syntagmes pour chaque langue (l’anglais et le français). De fait, si le français possède déjà quelques pistes, il n’en va pas de même pour l’anglais pour qui le déficit est plus visible. L’étude des structures et des modes de formation des syntagmes ainsi que le démontage des mécanismes du fonctionnement syntaxique sont prévus pour chacune des langues. Puis, une analyse comparative entre les différents types français et anglais est envisagée dans une perspective nettement traductionnelle.

L’étude devrait permettre de scruter quelques problèmes spécifiques à la terminologie de l’informatique : modes de création néologique privilégiés dans ce domaine, niveaux de langue socioprofessionnels, emprunts, sigles et acronymes, marques déposées, éponymes, termes mal construits, variation linguistique, synonymie, terminologisation (c’est-à-dire installation du terme dans l’usage), signification des joncteurs syntaxiques (notamment le rôle des prépositions et des autres catégories de joncteurs), difficultés de traduction, etc., et cela tant dans la langue de Molière que dans la langue de Shakespeare.

La recherche est menée à partir de la nomenclature extraite de la banque de terminologie de la société IBM Canada, connue sous l’appellation IBMOT. Le projet n’a pas comme objectif de construire une terminologie parallèle à celles qui existent déjà et qui sont disponibles sous la forme de dictionnaires terminologiques traditionnels ou encore sous la forme de dictionnaires informatisés, comme la Banque de terminologie du Québec (BTQ), la Banque de terminologie du Canada (TERMIUM) ou celle de la Communauté économique européenne (EURODICAUTOM). Le corpus IBMOT est déjà emmagasiné sur support informatique et son degré de qualité et de fiabilité est reconnu par les spécialistes du domaine de l’informatique. La recherche aborde de plain-pied la terminologie existante répertoriée dans la minibanque.

Nous en sommes présentement à la sélection du meilleur logiciel pour le traitement des données. Il est fort probable que nous recourrons au logiciel DBaseIII+. Des essais sont tentés à l’aide d’un minicorpus d’un millier d’unités. Les premiers résultats obtenus sont satisfaisants.

Comme on décortique une formule chimique, nous autopsions le syntagme afin d’en décoder et d’en dégager les mécanismes de construction et de fonctionnement. Les retombées escomptées de ce projet de recherche devraient d’abord favoriser la rationalisation de l’utilisation de la terminologie de l’informatique pour quelque usage que ce soit : préparation de logiciels, de manuels, de programmes, etc. À partir des points de vue linguistique et traductionnel, le projet proposera des modèles de création de termes et des grilles comparatives qui permettront de découper, traiter, interpréter et analyser les syntagmes et ses constituants avec beaucoup plus d’efficacité qu’auparavant; il fixera une typologie ramenée à des structures de base simples; il fournira des indices sur la variation linguistique géographique et des informations sur les diverses interférences entre les unités terminologiques intra- ou translinguistiques.

Bibliographie

Remarques sur l’aménagement du statut du français en informatique[1]

Au détour des années 1950 et dans le sillage de la guerre finissante, on commença à percevoir l’accélération phénoménale du développement de la technologie de l’informatique et son insertion dans les ordres spécialisés du savoir. Quarante ans plus tard et à la veille de la conclusion du deuxième millénaire de l’humanité, un quatuor de termes reliés au même technolecte semble dominer l’univers des connaissances et témoigne de l’impact de l’informatique sur les sociétés. Il s’agit des termes ordinateur (1955) (Marcellesi, 1979 : 176-180) et de son rejeton micro-ordinateur (1971), informatique (1962) et de son satellite immédiat micro-informatique (vers 1980), logiciel (vers 1970) et de l’adjectif artificiel que l’on trouve associé à quelques substantifs (ex. intelligence, langage). À sa manière, chacun a dominé sa décennie et il est indéniable qu’ils font désormais partie intégrante de l’histoire du français; à double titre d’ailleurs : premièrement parce qu’ils sont devenus des termes techniques indispensables, deuxièmement parce qu’ils se sont coulés dans le moule de l’usage général.

Bien entendu, il est d’abord fait référence ici à la macro-informatique souvent dénommée informatique professionnelle. Les mutations technologiques successives ont pris une ampleur nouvelle au commencement des années 1980 avec l’avènement de la micro-informatique qui a rendu matériels et logiciels disponibles et accessibles pour toutes les catégories d’usagers, spécialistes ou profanes. La micro-informatisation entraîna à sa suite une amorce de démystification de la technologie et le début de la banalisation de la terminologie propre au secteur. Une bonne partie du vocabulaire de l’informatique n’est plus l’apanage exclusif des informaticiens, des penseurs, des concepteurs, des publicitaires, des diffuseurs et des vendeurs de produits. L’aggiornamento informatique trouve son achèvement dans les dictionnaires de langue pour adultes ou pour élèves. Ainsi la nouvelle édition du Micro-Robert qui sera mise en marché très bientôt, répertorie tout le vocabulaire de l’informatique passé dans l’usage commun. On en fait même un argument publicitaire. La visibilité de l’informatique dans les foyers oblige les responsables à se pencher sur la « déjargonisation » du lexique. En particulier, il faudra autopsier le statut de l’anglais comme langue véhiculaire de la technologie micro- ou macro-informatique.

Les quelques problèmes qui paraissent jouer un rôle majeur dans les rapports entre les concepts d’« informatique » et de « francophonie » seront abordés ci-après. La position adoptée ici est celle du linguiste, qui use à l’occasion des outils informatiques, surtout de la micro, et qui a des préoccupations en ce qui concerne les capacités d’une langue de faire face au renouvellement de son fonds par le recours aux formes autochtones inédites ou existantes.

À travers les siècles, le français a toujours su nationaliser les terminologies qui le nécessitaient. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui alors qu’il paraît mieux équipé que jamais pour le faire? Après la période de mise en place de l’arsenal des mécanismes de formation des mots en français au Moyen Âge, toutes les époques se sont heurtées au besoin de contrer les langues étrangères (arabe, latin, italien, anglais) ou de combattre des jargons scientifiques, juridiques, scolastiques, ecclésiastiques et théologiques, et même techniques. Chaque étape de l’histoire du français atteste amplement des efforts d’émancipation réussis : au XVIe siècle, la langue du peuple commence à prendre le pas sur le latin dans le domaine juridique (Édit de Villers-Cotterêts en 1539), en médecine (chirurgie), en astronomie, en musique, ainsi de suite; au XVIIIe siècle, les sciences naturelles et la chimie sont mieux perçues en français. Peu importe les époques, un seul motif explique l’emploi du vernaculaire : l’usager ordinaire de la langue générale et le consommateur de technolectes ne peut plus décoder les terminologies savantes ou étrangères. Ainsi donc des pans entiers du lexique spécialisé ont échappé peu à peu aux langues doctes en raison de l’incapacité des utilisateurs de parler ou de comprendre ces langues (Boulanger 1988b : 4-9). La force du besoin a servi de catalyseur afin d’encourager la naturalisation lexicale.

Ce bref tracé historique sert de trame au problème du langage informatique d’aujourd’hui, qui se ramène en fait à savoir si le français peut exprimer sans contrainte les concepts de ce vaste domaine ou s’il doit être à la remorque de l’américain, avant d’être phagocyté par lui. La réponse à cette interrogation fondamentale indiquera si l’édifice du français risque de s’effondrer, à tout le moins de se fissurer, ou si l’alarme n’est rien d’autre qu’une suite de fantaisies de linguistes.

Quelques facteurs seront examinés, dont les uns jouent en faveur du maintien et du développement du français et dont les autres, sans être négatifs, ont néanmoins des incidences non négligeables sur ses structures. Parmi ces facteurs, un seul est d’origine purement linguistique. Il ne sera abordé que sommairement en raison du fait que la langue est constamment présente en filigrane dans les autres éléments. De fait, elle les cimente tous en un réseau de liens très complexes.

L’informatisation

L’informatique est un secteur de connaissance très vaste et intimidant pour le néophyte ou le non-spécialiste. C’est aussi un domaine mythifié par la langue et le vocabulaire employés, à savoir l’anglais ou plus précisément une certaine forme d’anglais qui s’apparente à une langue quasi artificielle ou à un métalangage. Au départ, l’informatique est une technologie importée dans le monde francophone. Une chercheuse constatait en 1973 que 90% du marché français était occupé par des constructeurs américains (Marcellesi 1973 : 59). Le vocabulaire a naturellement suivi la chose de sorte que « l’emploi, qui semble abusif au profane, de termes anglo-américains, la difficulté même de la technique et le mystère dont elle est souvent entourée aux yeux du non-initié, rendent ce langage particulièrement incompréhensible pour qui n’a aucune notion d’anglais ou d’informatique » (Marcellesi 1973 : 59). Malgré ses ouvertures franches, l’informatique demeure une chasse gardée pour nombre d’utilisateurs potentiels. Les publicitaires eux-mêmes ne s’emploient guère à résoudre le mystère. Grande diffuseuse de mots, la publicité « exploite et démultiplie toutes les dénominations susceptibles de flatter les mythes ou les préjugés des clients virtuels. Or elle considère [...] les termes étrangers comme des “mots-qui-font-vendre” » (Quemada 1978 : 1228).

Depuis longtemps et dans plusieurs milieux, on souhaite que des efforts sérieux soient accomplis pour rendre l’informatique plus accessible, plus compréhensible au vaste public. Derrière ce désir relié à la diffusion du savoir technologique, se profile le seul et unique moyen rentable de réaliser la tâche. Il consiste à offrir la terminologie en français ou plutôt à rendre fonctionnel le vocabulaire disponible. En réalité, c’est plutôt la micro-informatique qui est pointée ici puisqu’il appert que la macro-informatique demeurera sans doute encore longtemps l’apanage des spécialistes informaticiens. Si la macro-informatique représente une micro-culture technicienne, à l’inverse la vulgarisation plus rapide de la micro-informatique façonne une macro-culture nouvelle.

La miniaturisation

Les générations d’ordinateurs s’enchaînent avec comme double objectif « la nécessaire décroissance des dimensions des machines et la recherche de marchés nouveaux » (Goujon 1985 : 400), sans compter le désir d’augmenter la puissance des logiciels. Afin de répondre à ce vœu et depuis le début de la décennie, la cartographie informatique se ramifie en de multiples sous-secteurs et applications qui favorisent sa diffusion sociale. Ainsi en va-t-il de la domotique, de la servitique, de l’éditique, de l’autotique, alors que des domaines de l’activité traditionnelle se micro-informatisent. Le mouvement vers la miniaturisation des équipements s’amorce vers 1960. Le premier micro-ordinateur du monde, le Micral, apparaît en 1972 tandis que la première boutique de micros ouvre en 1975 à Los Angeles (Goujon 1985 : 401). À l’heure actuelle, les incidences de ce phénomène sur les avancées ou le recul de la francisation sont difficilement mesurables. Cependant, les attentes sont nombreuses comme le démontrent les recherches et les enquêtes menées auprès des usagers de l’infographie dans les domaines artistiques (arts visuels en particulier) et culturels (Turcotte 1988).

Le développement fulgurant et récent de quelques technologies a entraîné le passage obligé de la macro-informatique à la micro-informatique. La miniaturisation a donné une nouvelle impulsion aux recherches centrées sur l’intelligence artificielle, sur la TAO, sur la TERAO et sur la linguistique, pour mentionner quelques domaines qui nous concernent de plus près. À ce chapitre, il est clair que les « résultats de l’informatique linguistique favorisent le développement, la fabrication et la commercialisation des technologies et des produits tout à fait révolutionnaires, qui rendent d’indéniables services dans diverses sphères d’activité » (Boulanger 1988b : 19-20). Simultanément, le poids et l’influence de la langue anglaise se sont accrus dans le monde. L’anglais consolide sa place privilégiée et sa position de force par rapport aux autres langues. Pressées de s’équiper et de fonctionner avec ces nouveaux outils révolutionnaires, peu de sociétés se sont penchées sur l’impact que cette technologie provoque sur l’ensemble de la ou des langues en usage dans ces communautés ou sur leur territoire. Éblouis par les possibilités nouvelles et par la doxa informatique, quelques pays africains francophones ont introduit l’anglais dans leur projet d’aménagement linguistique dont le premier objectif consistait à promouvoir les langues nationales. Des projets prennent du retard ou sont repoussés, ils passent au second plan pour se dissoudre enfin dans le faux brouillard de la modernisation. L’industrialisation et la planétarisation massive de l’anglais creusent davantage le fossé entre les langues. L’écart s’agrandit en faveur de la langue des producteurs de systèmes et d’outils. L’informatique grande ou petite, matérielle ou logicielle, est pensée, produite et surtout commercialisée par des entreprises américaines. Les objets sont exportés vers d’autres milieux consommateurs qui les acceptent tels quels, avec dans leur sillage les termes allogènes demeurés intacts (les emprunts) ou légèrement retouchés pour prendre un visage en apparence français (les calques) (Boulanger 1988a). A l’occasion, quelques notions parviennent à donner naissance à des créations internes originales qui sont à leur tour réexportées avec succès vers l’anglais (ex. télématiquetelematics), démontrant qu’un aller-retour est parfois possible.

Mais il reste qu’on dit et écrit fréquemment que l’informatique est une « langue » peuplée d’emprunts et de calques, une « langue » difficile, voire impossible à traduire. Quand on observe l’augmentation de l’amplitude de l’informatique dans les activités quotidiennes, quand on constate l’accroissement de la vitesse de pénétration des trouvailles technologiques dans la vie courante d’une année sur l’autre, on est en droit de se poser des questions sur l’avenir du français dans l’espace micro-informatique. D’autant que jusqu’à récemment, l’informatique s’était limitée à jouer le plus souvent un rôle de support pour transmettre l’information lexicale. Désormais, elle devient en plus l’information lexicale en soi, justifiant aux yeux de ses ardents défenseurs qu’elle pourrait aspirer au statut de langue. Nombreux sont ceux qui croient que l’empire informatique s’identifie à une « langue » multinationale qui dépasse le strict niveau lexical pour fonder sa propre syntaxe. Le lexique, y compris la variation d’entreprises, la grammaire et la syntaxe se combinent pour générer un pur métalangage, un code aux règles internes bien contrôlées et appartenant aux seuls tenants de ce savoir. Le technolecte informatique ne risque-t-il pas ainsi de se transformer en un artifice qui deviendra bientôt si sophistiqué et marginalisé que nul ne le comprendra si ce ne sont les purs ingénieurs informaticiens?

La banalisation

La miniaturisation ou l’atomisation a eu comme effet secondaire de permettre à l’informatique de percer le marché domestique et d’élargir sa palette d’influence. La micro-informatique constitue désormais un facteur culturel et social non négligeable, qui a des répercussions sur de multiples gestes quotidiens des individus non préparés à affronter cette technologie. Les logiciels se métamorphosent en produits de consommation banals, disponibles partout, concurrentiels, faciles d’utilisation et qui s’adaptent aux besoins des utilisateurs. De plus, ils sont de moins en moins coûteux. Tout propriétaire de micro devrait « pouvoir utiliser l’ordinateur sans rien connaître du principe du traitement électronique de l’information ou de la programmation » (Meney et coll. 1987 : 2). D’où le succès incontestable des mécanismes comme la souris et les menus didactiques. Avec un minimum de débrouillardise, les « utilisateurs domestiques, ceux qui n’ont pas encore renoncé, acquièrent peu à peu une culture informatique suffisante qui leur permet de maîtriser peu ou prou le fonctionnement de leur machine » (Goujon 1985 : 403).

La diffusion sociale de l’informatique entretient semble-t-il un écart entre les usagers ordinaires et les professionnels de la technologie. Des recherches et des enquêtes récentes ont démontré que « parmi les catégories d’utilisateurs, seuls les professionnels et les informaticiens semblent préférer travailler avec des logiciels de langue anglaise » (Rapport d’étape du comité Canada-Québec sur le développement du logiciel d’expression française 1986 : 2). En d’autres mots, le simple citoyen se plaint ou se plaindra du rôle prédominant de l’anglais. Ceci pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses lorsque le plafonnement des produits sera atteint et qu’il faudra trouver de nouveaux débouchés. La maîtrise du langage étant essentielle à la maîtrise des produits, il est évident que les rapports du langage avec la connaissance et la pensée, et avec la réalité et la pratique, doivent être soignés.

L’informatique, ou plutôt la micro-informatique, doit se franciser pour la bonne et unique raison qu’elle se banalise. Elle sort du cercle étroit et du despotisme des spécialistes. En se vulgarisant, elle engendre des exigences et des attentes en vertu des usagers qui se multiplient et qui l’utilisent comme un moyen, un outil et non comme une fin. En se transformant en objet quotidien, en étendant ses zones d’intervention, l’informatique perd son caractère d’alchimie, ce qui en fait une bonne candidate à la francisation.

La conscientisation

La terminologie est l’une des ressources linguistiques disponibles dont se servent les sociétés pour assurer leurs métamorphoses et leur avenir. « En vertu d’une logique interne, toute langue évolue et s’adapte au nouvel ordre de vie d’une société » (Boulanger 1988b : 3). Mais quand il s’agit des langues de spécialité, il faut y adjoindre une condition : c’est la volonté collective d’agir sur la langue. Inscrire des termes, des néologismes dans le cycle de l’usage relève de considérations qui n’ont souvent pas de grandes résonances d’origine linguistique mais plutôt des sources d’origine sociale, dans le sens le plus englobant du mot.

L’organisation rationnelle et fonctionnelle des travaux repose toujours sur le principe volontariste et valorisateur. L’aménagement linguistique du vocabulaire de l’informatique passe par le développement et le « confortement » d’une idéologie en ce qui a trait à la terminologie et à la néologie françaises. Le terme aménagement linguistique désigne ici « l’ensemble des dispositions sociales qui influenceront le comportement linguistique des individus au sein de la société » (Corbeil 1978 : 157). Tandis que la néologie sera perçue comme le processus auquel recourent les individus pour créer des mots ou des sens nouveaux dans une langue. Les innovations linguistiques servent à plusieurs fins parmi lesquelles on peut retenir les deux plus visibles : 1 - augmenter naturellement le stock lexical d’une langue et 2 - permettre de transiter d’une langue à une autre en vertu d’un principe comme celui de la francisation. Les technolectes s’alimentent des dénominations des deux types. L’informatique paraît construire sa terminologie en s’appuyant davantage sur le second modèle, c’est-à-dire le transfert par emprunt ou par calque, entretenant ainsi l’image du palimpseste de l’anglais (Boulanger 1988a et Humbley 1987).

Lorsque le phénomène de la conscientisation est évoqué, le premier objectif à atteindre est certainement l’infléchissement des comportements fixistes et élitistes du corps informatique. C’est le seul moyen de faire face à la francisation de la pensée et du vocabulaire de ce secteur technolectal et ainsi de cesser de vouloir concurrencer l’anglais qui s’arroge le monopole de cette terminologie en ce moment. Ne vaudrait-il pas mieux devenir agressif et offensif en français plutôt que de se défendre contre l’envahisseur en même temps que l’on défend l’envahisseur? Superposer le français à l’anglais de manière impressionniste est peine perdue et relève d’une forme de snobisme et de complexe d’infériorité linguistiques. Il faut penser prioritairement en français. Mais avant de penser en français, il faut se convaincre que le français peut faire face à la musique.

Les actions en faveur de la francisation de l’informatique ont trouvé un nouvel élan lorsque les industries de la langue ont commencé à émerger vers 1984. Les applications industrielles du traitement de la langue, devenue un simple matériau, par les ordinateurs répond à de nombreux besoins dans des secteurs aussi divers que la santé, l’éducation, la gestion, la sécurité, etc., en somme partout où l’informatique peut rendre des services. Si le français n’effectue pas de virage collectif et panfrancophone vers son industrialisation, « ses chances de se maintenir au niveau d’une langue internationale vont en s’amenuisant, du fait de la pression croissante qu’exerceront, dans tout type de communication industrielle, commerciale et scientifique, les ordinateurs capables de manipuler l’anglais, c’est-à-dire la langue des ingénieurs qui construisent actuellement le plus d’ordinateurs » (Hagège 1987 : 249).

Le contrôle socioprofessionel de toute terminologie ne peut être assuré que par les concepteurs et les usagers de ces vocabulaires. Pour ce qui concerne le français, on a assez répété, et malheureusement pas assez compris ou accepté, que ce ne sont pas les Américains qui vont créer l’informatique en français. Plusieurs groupes professionnels francophones semblent se complaire dans cet état d’attentisme qui se révèle être des plus néfastes puisqu’il ouvre la porte à toutes les excuses et à toutes les exagérations. Le contrôle social de la langue existe puisqu’elle est un bien collectif. « Affirmer que c’est l’usage qui fait la langue apparaît [comme] un faux-fuyant, car la question suivante s’enchaîne : qui fait l’usage? » (Corbeil 1978 : 158).

Contrôler la langue peut être le début d’un meilleur aménagement économique. On sait que le langage de l’informatique est une institution. Or l’institution est organisée à divers paliers, notamment :

L’orientation interne de la langue est alors le fait de la somme des décisions prises par les individus qui forment le groupe dominant. La conjonction des esprits doit créer la dynamique qui permettra de concevoir que l’informatique en français est un choix éclairé pour une société francophone.

La terminologisation

Il ne fait aucun doute que l’informatique est dotée d’un vocabulaire qui dépasse largement plusieurs milliers d’unités. En outre, l’instrumentation lexicographique et terminographique est à peu près au point. Les banques de termes sont saturées, gonflées à bloc par des dizaines de milliers d’unités lexicales de ce domaine. La banque IBMOT consigne environ 25 000 termes, le dictionnaire de l’Office de la langue française retrace 12 000 entrées, les dictionnaires classiques se comptent par centaines. Pour le seul sous-domaine de la bureautique, une recherche documentaire a permis de recenser 150 dictionnaires complets ou partiels publiés entre 1980 et maintenant (Cormier et Boulanger 1988). Le noyau dur de la terminologie de l’informatique est presque entièrement répertorié. Il n’exige qu’un entretien périphérique sous la forme de mises à jour régulières afin de réparer quelques errances ou de combler quelques déficits lexicaux constatés dans l’un ou l’autre nœud du super-réseau de la connaissance qu’est l’informatique.

Tout le secteur est terminologisé, consigné, répertorié à l’envi. C’est l’implantation, l’usage qui ne suit pas toujours, parce que la volonté est quasi nulle. La loi du laisser-faire et des vœux pieux l’emporte sur la conviction que le français peut relever le défi de l’informatique. L’idée est si profondément ancrée dans les cerveaux que l’arbre cache la forêt. Il ne faut pas se leurrer non plus; les linguistes ne peuvent à eux seuls imposer l’usage des terminologies et aucune loi incitative n’abattra le mur de la résistance intérieure, pas plus que les termes les plus esthétiques passeront dans le discours des utilisateurs qui en refusent l’emploi.

On laisse l’informatique se terminologiser en anglais en croyant qu’elle se francisera par la suite. C’est là une erreur de jugement fondamentale et la plus belle preuve du transfert et de l’assimilation. A bien examiner la situation de près, on considérera que la francisation consiste à transiter d’une langue à une autre par le recours aux emprunts, aux calques et, pour une portion minime, à la création interne naturelle. La terminologie française actuelle de l’informatique résulte à peu près intégralement du transfert du savoir-faire, des référents ou des notions élaborés par les Américains. Le matériel linguistique américain est donc adopté, grâce à l’emprunt, et adapté, grâce au calque et à la traduction. Le monopole de l’anglais n’est aucunement brisé si la filiation demeure par trop visible. Il paraît évident que désormais une langue vivante comme le français doit se savoir capable de transformer sa propre actualité en immortalité glorieuse et capitaliser sur son futur sans recourir à la médiation constante d’une langue étrangère et à des modèles technolectaux allogènes ou importés.

Conclusion : Rien ne se perd, rien ne se crée

Dans l’introduction, il a été signalé comment tout au long des siècles de l’histoire du français, des spécialistes ont été sensibles aux difficultés, au ressourcement et à l’évolution de leur langue. Seuls les domaines ont varié au gré des besoins des usagers et des découvertes scientifiques ou technologiques nouvelles. Au XVIe siècle, les spécialistes avant-gardistes se sont mis à combattre le latin et l’italien, à lutter contre des jargons ecclésiastiques, scolastiques et juridiques. Au XXe siècle, on se plaint de l’invasion massive, outrageuse parfois, de l’anglais, on épingle les jargons que sont la plupart des technolectes, et parmi eux l’informatique prend place au premier rang. Le caroussel du temps n’a fait que déplacer les pôles d’attraction et fournir des moyens auxquels les époques passées n’ont pu recourir, et pour cause. Depuis cinq siècles, l’élargissement continu des cadres du lexique général et du lexique terminologique français est un processus réitératif dialectiquement lié aux changements et aux démotivations observés dans les sociétés qui se sont succédées. « C’est là une caractéristique profonde des langues humaines, qui d’usures en réfections, parcourent les voies d’un éternel retour » (Hagège 1983 : 59).

Il n’est pas plus difficile de créer des mots français en informatique que dans n’importe quelle autre sphère des connaissances. Les médecins et les minéralogistes ont des règles qui fonctionnent et dont ils s’accommodent. Il n’est pas plus difficile de former des néologismes à l’ère de l’exploration spatiale qu’au siècle de Rabelais. En soi, une langue peut tout nommer. « La décision de fonctionner dans sa langue maternelle ou dans une langue « nationale » (en élaborant des terminologies) ou de se résigner à emprunter la langue-outil avec la matière à travailler est politique, car toute langue est capable de tout nommer : l’impression trop fréquente que certaines sémantiques ne peuvent répondre au besoin notionnel relève de l’idéologie » (Rey 1979 : 66-67).

Dans la francophonie d’aujourd’hui, la francisation et la néologie s’appuient sur des fondements institutionnels solides. La création linguistique est systématisée et organisée rationnellement un peu partout où l’aménagement linguistique est en cours. Les organismes d’intervention sur la langue qui émanent des politiques linguistiques ont le pouvoir de créer, d’harmoniser et de normaliser des terminologies. Malgré quelques erreurs de parcours observées à l’occasion, ils accomplissent un travail dont les résultats sont fiables et probants. La résistance et les rejets proviennent des milieux socioprofessionnels, des groupes qui sont les premiers producteurs et utilisateurs de termes et qui les répercutent sur l’ensemble du public. Quant à celui-ci, il perpétue dans l’usage ce qu’on lui enseigne et il fait vivre les mots qu’on lui vend avec les produits qu’il acquiert.

Le, français devra sa place dans l’espace informatique à l’augmentation des usagers ordinaires et à la vulgarisation de la technique. L’un des fondements du processus de motivation demeure la synergie entre la langue et l’élément humain qui génère la volonté d’agir. Sortir du ghetto terminologique des superspécialistes ne suffit pas. La francomanie de la société moderne doit résolument être associée aux aspirations socio-économiques et volontaristes qui conditionnent le déploiement des communications linguistiques en « langage maternel françois ». Tout réexamen du statut du français dans l’informatique est commandé par cette prémisse. Au fond, le problème est relativement simple : ce n’est pas la quantité de français dans la micro-informatique qui est mise en cause, mais bien son statut. Il faut œuvrer avant tout sur l’aménagement du statut du français en informatique, c’est-à-dire sur sa capacité fonctionnelle de véhiculer la technologie aussi bien dans les hautes sphères spécialisées que dans les conversations courantes. L’ensemble des facteurs de résistance, qu’ils soient d’ordre linguistique, sociolinguistique, psycholinguistique ou extralinguistique, se ramène à l’évaluation du système de la langue et non pas au corpus, c’est-à-dire à la généralisation d’un usage pris comme modèle.

Enfin, il faut bien s’avouer que si l’informatique paraît être un langage, elle ne peut certainement prétendre être une langue. C’est un sphinx qui peut être dompté. Si l’on examine attentivement la petite famille lexicale de départ, on remarque qu’un seul des quatre termes n’a pas été pensé en français. En effet, ordinateur, informatique et logiciel sont des formations autochtones tandis que artificiel, malgré son allure française, est calqué sur l’anglais artificial. Il est à noter que ordinateur et logiciel ont évincé des concurrents anglais (computer et software) en peu de temps; quant à artificiel, son intégration est complète, facilitée qu’elle fut par l’existence d’un homonyme français.

Une idée implicite doit s’incarner dans le corps doctrinal de chaque ordre de la connaissance, s’incarner assez profondément pour n’avoir jamais besoin d’être formulée, sinon de biais et comme avec une pudeur révérencielle. L’idée consiste à croire que la vérité du politologue, du médecin, du savant, du technicien, en somme du spécialiste, est incapable de devenir la vérité de tous si elle se contente de demeurer cantonnée dans son exposé technique ou scientifique. Pour atteindre le lieu où elle sera unanimement accueillie, cette vérité doit savoir renoncer à l’orgueil de sa spécialité pour se faire éloquence, c’est-à-dire recevoir l’approbation des usagers conviés au banquet linguistique. Ce qui suppose le choix d’un lexique et de termes attestés par un passé français et trempés dans une matière reconnue par tous. Par delà les formes sélectionnées, le modèle privilégié doit valoriser « une élégance et une clarté heureuse qui rendent la vérité séduisante et transparente à tous, un pathétique et une force d’imagination qui sache faire aller la vérité jusqu’au cœur de tous » (Fumaroli 1986 : 382). Le reste appartient à l’histoire de demain. Personnellement, je ne doute pas que le français ait une destinée canonique en informatique, capable de lui assurer un avenir prometteur à l’enseigne de ce que lui souhaitait déjà Ronsard à la Renaissance, qui fut l’une des grandes époques fastes de l’incubation de la langue française. Laissons au français contemporain le temps d’accomplir son œuvre dans chaque sphère du savoir.

Bibliographie

Note

[1] Communication présentée lors du 56e Congrès de l’ACFAS, Moncton, 9-13 mai 1988.

Helmi B. Sonneveld et Kurt L. Loening, dir. Terminology : Applications in Interdisciplinary Communication. Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, 1993, viii + 244 pages.

Jusqu’à récemment, les publications internationales rédigées en anglais dans le domaine de la terminologie n’étaient pas légion. Le présent ouvrage vise à combler cette lacune. On peut en effet s’attendre à ce que dans l’avenir l’anglais prenne une place importante dans le champ de la recherche terminologique théorique et de la métaterminologie et cela par le biais de revues scientifiques, d’actes de colloques, de livres ou d’ouvrages collectifs comme celui qui est cité en objet.

Ce recueil a pour but principal d’explorer les principes et les méthodes qui fédèrent le champ multidisciplinaire de la terminologie, d’en rappeler les axes majeurs, de proposer quelques pistes sur l’utilité de cette discipline et de mesurer l’impact de son interaction par rapport à d’autres sphères d’activité d’ordre linguistique et d’ordre extralinguistique. Les éditeurs voulaient montrer que les développements des sciences et des techniques sont toujours alliés à d’immenses besoins en vocabulaires qu’il faut aménager et gérer en fonction des secteurs d’implantation. Le livre se veut aussi une introduction à l’application des préceptes et de la praxis de la terminologie dans quelques champs de la linguistique comme la traduction, les dictionnaires électroniques, l’ingénierie de la connaissance et les nomenclatures. L’intérêt, sinon l’obligation, qu’il y a à s’arrimer à différentes théories linguistiques est bien mis en évidence dans plusieurs contributions.

Les concepteurs du collectif veulent amorcer la discussion, établir des ponts, identifier des points de repère sensibles et définir quelques voies nouvelles afin de lancer des débats féconds et d’ouvrir de fructueux dialogues sur la terminologie. D’où le nombre plutôt réduit d’articles. Ceux-ci couvrent en effet un spectre relativement étroit et éclectique de la terminologie, mais les thèmes sélectionnés sont, pour la plupart, primordiaux. Cette série d’essais se voulait également le coup d’envoi pour la revue qui porte le titre de « Terminology. International Journal of Theoretical and Applied Issues in Specialized Communication » et dont le premier numéro est sorti au printemps 1994.

Les quatorze contributions rassemblées fondent un kaléidoscope d’interventions internationales aussi bien par la matière traitée que par la palette des spécialistes invités. Des quinze auteurs —un article est signé par deux personnes—, quatre sont canadiens (dont trois québécois), trois sont allemands, trois sont américains, deux sont anglais, deux sont hollandais et un est japonais. Les thématiques exploitées sont variées. Dans la brève synthèse qui suit, plutôt que de fournir les titres détaillés des contributions, j’indique seulement les noms des auteurs accompagnés du numéro d’ordre qui correspond à leur article dans la table des matières. Les lecteurs intéressés pourront se reporter avec profit aux énoncés détaillés. Les auteurs traitent de la néologie (S. Pavel : III), de la phraséologie (S. Pavel : III) et des collocations (P. Thomas : V), des contacts de langues (L.-J. Rousseau : IV), de la traduction (R. Arntz : II et D. Reed : VII), des banques de termes (P. Thomas : V), de l’indexation (R. Buchan : VI), de l’informatique (P. Thomas : V, R. Buchan : VI et E. Knops/G. Thurmair : VIII), de l’aménagement linguistique (J. Maurais : IX), de la normalisation (R. Strehlow : X), de l’application des principes et méthodes de la terminologie (T. Godly : XI et W. Hirs : XV), de l’intelligence artificielle (P. Wijnands : XII) et de la théorie de la connaissance (T. Yokoi : XIII), de quelques domaines de LSP, comme la Common Law (D. Reed : VII), la physique (R. Strehlow : X), la chimie (T. Godly : XI), les sciences sociales (F. Riggs : XIV), la médecine (W. Hirs : XV).

Les notions et les termes sont au centre des préoccupations, que celles-ci soient tournées vers les nouvelles technologies informatiques ou qu’elles soient orientées vers une démarche plus traditionnelle en matière d’élaboration des vocabulaires. Le terme est étudié également dans des perspectives linguistiques (néologismes, phraséologismes, collocations, entrées dans un dictionnaire), traductionnelles (l’équivalent) et comme matériau informatique, aussi bien pour l’encodage que pour le décodage.

Ces textes très divers explorent en majorité des zones bien connues de la terminologie, les renseignements rassemblés étant souvent accessibles dans plusieurs autres ouvrages comme des actes de colloques, des articles de revues, des manuels universitaires ou institutionnels, etc. La nouveauté ici, c’est la langue de rédaction, à savoir l’anglais, car en français, en allemand, en russe... il ne manque pas de documentation sur les sujets abordés. Les articles sont aussi trop disparates pour former un continuum, pour offrir un fil conducteur, pour dessiner un paysage uniforme qui servirait de trame à un manuel de terminologie d’allure pédagogique, ce qui n’exclut pas le caractère didactique et informatif du livre. L’objectif poursuivi par les éditeurs ne consistait d’ailleurs pas à élaborer un traité en la matière. Si l’on cherche à caractériser les textes, on pourrait dire que parmi eux, deux ou trois sont plutôt innovateurs (par exemple, S. Pavel : III et p. Wijnands : XII), que d’autres sont plus prospectifs (par exemple, E. Knops/G. Thurmair : VIII), notamment ceux qui s’aventurent du côté de l’ingénierie linguistique (par exemple, T. Yokoi : XIII), que d’autres encore présentent des applications spécifiques des principes et méthodes de la terminologie (par exemple, T. Godly : XI et W. Hirs : XV), que d’autres enfin proposent des analyses apparentées à un point de vue sur une question, études que l’on trouve aisément dans la littérature déjà publiée par ailleurs (par exemple, L.-J. Rousseau : IV, D.Reed : VII et J. Maurais : IX).

Par la présentation de différentes approches et applications, le recueil met en lumière des questions fondamentales sur les concepts, sur les termes qui les dénomment et sur le développement des connaissances. Il réaffirme les éléments fondateurs de la discipline, les grands axes de l’aménagement linguistique et les liens avec la discipline sœur qu’est la traduction. Les articles possèdent un caractère parfois descriptif tandis qu’en d’autres occasions, il est fait état d’études à caractère plus pragmatique. Le premier ensemble est assimilable à la terminologie en tant que science alors que le deuxième s’associe davantage à la terminographie, c’est-à-dire à la pratique, à la mise en application des acquis théoriques.

À l’époque de l’information technologique massive, des autoroutes électroniques et du multilinguisme institutionnalisé, les besoins de communiquer, d’échanger des données et des renseignements de manière précise et efficace ont transmis une impulsion nouvelle et importante à la science de la terminologie. Ce livre est une bonne contribution sur ces sujets. Incontestablement, l’ensemble illustre aussi la multi- et l’interdisciplinarité de la terminologie et il montre que cette activité n’a pas de frontière linguistique dans ses applications ni de frontière de langue quand il s’agit de réunir des réflexions sur le sujet. Il reste à bien circonscrire les véritables enjeux, les véritables universaux et l’avenir de la plus récente des disciplines de la linguistique et cela au moment où s’annonce un siècle consacré à la culture technicienne.

SAGER, Juan C. (1990) : A Practical Course in Terminology Processing, Amsterdam-Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, XI + 254 p.

Ce livre rassemble et analyse un certain nombre de questions fondamentales en matière de terminologie. L’auteur y scrute les différentes perspectives historiques et contemporaines qui éclairent ses positions actuelles et qui façonnent son credo scientifique. Je les schématise rapidement et de manière non exclusive car elles seront reprises ci-après dans le détail des chapitres : en tant que discipline, la terminologie ne peut revendiquer un statut indépendant d’autres composantes du savoir; la terminologie est partie intégrante de la plupart des programmes d’enseignement et de formation le moindrement spécialisés; la terminologie ne peut assurer son avenir qu’en s’inscrivant sur une trajectoire qui croise la science informatique; la terminologie assume une fonction de communication qui est loin d’être négligeable; la terminologie doit intégrer en son sein et de manière plus explicite la dimension communicationnelle perçue sous l’angle variationniste. Les deux derniers éléments ont quelque chose à voir avec une socioterminologie en train de naître (voir les Cahiers de linguistique sociale, no 18, 1991). Quoique PCTP prenne l’anglais comme lieu d’ancrage des affirmations et des démonstrations de son maître d’œuvre, son discours est presque universellement applicable à une langue ou à une autre, moyennant, bien entendu, quelques ajustements indispensables. Cet arrière-plan domine les huit chapitres qui servent d’armature au livre.

Il semble de mise de jeter un rapide coup d’œil circonstancié sur chacun des chapitres de PCTP.

Le chapitre introductif (pp. 1-12) définit la terminologie comme un nouveau champ de recherche et d’activités interdisciplinaires pour les langagiers ainsi que pour les linguistes, qui commencent à s’y intéresser de plus en plus sérieusement. J. C. Sager la conçoit comme un ensemble de pratiques qui ont évolué dans l’orbite d’un certain nombre de satellites telles la création des termes, la cueillette des unités spécialisées ainsi que l’explication sur leur contenu sémantique (notion/concept), leur mise en dictionnaire sous format traditionnel ou électronique, pour demeurer ici à l’intérieur des frontières de la linguistique. La terminologie serait donc très précisément « the study of and the field of activity concerned with the collection, description, processing, and presentation of terms, i.e. lexical items belonging to specialised areas of usage of one or more languages » (p. 2). Par ailleurs, dans son usage actuel, le terme terminologie présente un profil polysémique qui recouvre au moins trois significations majeures :

  1. c’est une activité pratique et méthodologique nécessaire à la collecte, la description et la présentation des termes;
  2. c’est une théorie, c’est-à-dire un ensemble de prémisses, de raisonnements et de conclusions requis pour expliquer un réseau de relations entre les termes et les concepts;
  3. c’est le vocabulaire d’une sphère d’activité déterminée, d’un discours thématique (LSP en anglais).

Le reste de ce premier chapitre rappelle à propos que la terminologie entretient des rapports étroits avec d’autres disciplines d’ordre linguistique et extralinguistique, que nombre de linguistes ont une méconnaissance parfaite ou une conception limitée, voire erronée de la terminologie et qu’ils la ramènent à une spécialisation de la lexicologie/ -graphie, que les développements présents de la terminologie soulèvent une foule de problèmes conflictuels entre la théorie et la pratique, toutes assertions qu’on ne peut que confirmer de ce côté-ci de l’Atlantique et pour les recherches portant sur le français.

Le deuxième chapitre (pp. 13-54) est centré sur la dimension cognitive de la terminologie. Il met les formes linguistiques en rapport avec leur contenu conceptuel et leur référence à la réalité de l’univers (le référent dans la théorie du signe linguistique). Quatre sous-divisions sont l’occasion d’expliciter comment la théorie de la référence contribue à distinguer les termes (LSP) et les mots (langue générale : LG). Cette dichotomie est avant tout d’ordre pratique mais néanmoins essentielle afin de tracer une ligne de démarcation utile, quoique imaginaire, entre le champ de la terminologie et celui de la lexicologie. Ce chapitre remet sur le gril de la critique ce qu’est un concept (notion dans la terminologie de l’ISO) tandis que différentes formules définitionnelles sont ravivées, notamment celles de l’ISO. L’auteur note également quelques autres éléments fondamentaux sur les concepts, comme leurs caractéristiques logiciennes, leurs types (catégories), les structures qui filent leurs relations. À l’image de la lexicographie, la définition est l’une des phases délicates, essentielles et critiques du travail de recherche terminologique/-graphique. Aussi paraît-il opportun d’en examiner attentivement les fondements, les classes, les buts et les interrelations tissées dans un même réseau conceptuel. Dans un ensemble terminologique structuré onomasiologiquement, un énoncé définitionnel n’est jamais isolé, autarcique. Il est étroitement dépendant de l’organisation du vocabulaire soumis à la description à des fins dictionnairiques. C’est d’abord par ce réseau, cette filière que les liens intemotionnels s’établissent.

Le chapitre trois (pp. 55-97) introduit la dimension linguistique de la terminologie sous la forme des représentations lexicales existantes (les termes) et potentielles (la néologie) des terminologies en tant que vocabulaires. C’est donc une approche du terme considéré comme un élément linguistique (linguistic item) tel qu’il se présente dans le discours métalinguistique de toutes les formes de dictionnaires terminologiques qui est ici proposée. Tout en reconnaissant les liens entre la terminologie et la lexicologie/-graphie, J. C. Sager centre ses propos sur les seuls aspects de la lexicologie qui ont des incidences sur la production des outils-dictionnaires et sur les perceptions de l’usage, volets qu’il faut rapprocher de la normalisation. Trois sous-sections traitent successivement de la théorie du terme : 1. la démarche onomasiologique; 2. l’aspect formel des termes (leurs rapports aux dictionnaires, leurs structurations relationnelles, leurs statuts); la théorie et la pratique de la formation des mots dans toutes leurs dimensions car c’est là le moyen privilégié de faire passer le message terminologique (brève typologie de la création lexicale, emprunt, attitudes des usagers devant l’inédit linguistique); 3. les directives institutionnelles au sujet de la création des termes nouveaux, notamment les propositions de l’ISO, devenues plus ou moins obsolètes, sont passées en revue. Cette troisième section jette également un regard sur les systèmes nomenclaturaux relatifs à quelques phénomènes naturels comme les sciences biologiques, la géologie (y inclus la minéralogie), la chimie et la médecine. Dans ces domaines, le besoin de classification et de classement par ordre est fondamental. Les caractères spécifiques des nomenclatures médicale, biologique et chimique sont brièvement notés et commentés.

Le chapitre quatre (pp. 99-128) inscrit la terminologie dans le cadre de la communication. Il s’agit d’observer ici comment les termes pénètrent et opèrent dans un modèle de communication donné. Cela suppose un rapport à l’usage socioprofessionnel qui affecte clans un sens ou dans l’autre la nature et l’emploi des unités thématiques (LSP). L’approche communicationnelle exige en outre que soient cernées les différentes catégories d’utilisateurs des complexes terminologiques mis en circulation, ainsi que l’usage qu’ils font des services offerts. L’auteur définit donc un modèle de communication dans la perspective où un encodeur envoie un message à un décodeur qui doit l’interpréter et le comprendre pour que la connaissance soit modifiée dans le sens de l’augmentation de l’information existante sur un sujet (à savoir l’accroissement des connaissances pour l’expert ou l’acquisition des premières connaissances pour l’apprenant en formation). Sager examine tous les paramètres extralinguistiques (l’intention, l’information elle-même par rapport au niveau de connaissance et du domaine...) qui précèdent l’envoi et la réception du message; ce dernier suppose lui-même le choix de la langue ou du sous-code thématique reconnaissable par le destinataire (le didacticien ne parle pas de la même façon à ses pairs et à ses élèves). L’efficacité du message passe alors par l’efficacité des termes sélectionnés pour le véhiculer. D’où l’identification de critères d’économie, de précision et de convenance, ce dernier afin d’arbitrer les deux premiers qui pourraient s’opposer ou s’exclure. On concevra alors aisément que la mise en valeur du rôle de la communication permette de proposer d’une manière fort concrète une socioterminologie, en train de s’édifier par ailleurs.

Inévitablement, un modèle communicationnel débouche sur une sorte de réductionnisme linguistique dont la forme la plus achevée prend la couleur de la normalisation ou de la standardisation, dans le vocabulaire de l’ISO. Au dire de l’auteur, l’harmonisation linguistique équilibre les critères d’économie (choix du terme le plus représentatif du point de vue de la brièveté), de précision (sous-critère de la clarté, donc d’indice référentiel ou d’élimination de l’ambiguïté) et de convenance (dans le cas où des connotations négatives (disturbing) pourraient intervenir). Les aspects prescriptifs de la terminologie ont maintes fois été critiqués et remis en question, mais les solutions de remplacement furent plutôt rares, comme furent encore plus rares les propositions de rejet total d’une certaine forme de dirigisme, d’aménagement ou de prescriptivisme! Une critique plus constructive est développée ici, qui inclut les avantages et les désavantages de toute opération d’harmonisation de la communication. Afin de bien resituer les choses dans leur contexte véritable, Sager dissèque scrupuleusement les principes et les instruments de normalisation (dictionnaires, banques de termes, commissions ministérielles). Il veut faire saisir les motivations qui soutiennent la standardisation linguistique. C’est en réinterprétant les principes de l’ISO au regard de la standardisation des objets qu’il réaffirme ce qu’est la normalisation terminologico-linguistique. Les sept grands principes de l’organisme viennois sont ranimés et replacés sous l’éclairage des LSP. Bien entendu, l’objectif premier consiste à faciliter la communication afin que le message transmis ou à transmettre s’accompagne de la meilleure efficacité possible. Chaque principe peut être synthétisé en une brève formule :

D’autres questions plus subsidiaires, comme les méthodes de standardisation, l’efficacité réelle et les limites des normes, terminent cette section, les exemples qui l’illustrent étant souvent puisés dans le réservoir des normes britanniques (BS).

Ce que j’appellerais la seconde grande articulation du livre, soit les chapitres 5 à 7, noue les liens de la terminologie avec la science informatique, perçue ici dans ses dimensions les plus englobantes. Chaque chapitre est consacré à un aspect spécifique du traitement de la terminologie à l’aide des différentes technologies informatiques disponibles.

Le chapitre cinq (pp. 129-162) porte sur la compilation des terminologies. Il est un fait admis que l’automatisation et, surtout, la micro-informatique ont révolutionné cette grande phase du travail de recherche terminologique. Pour J. C. Sager, « It is now recog-nised that the only practical means of processing lexical data is by computer » (p. 129). En conséquence, les références aux méthodes de manipulation plus traditionnelles deviennent presque caduques. D’ailleurs, il n’y en a aucune dans ce chapitre. Au contraire, l’auteur préconise l’établissement de nouveaux principes et la modernisation des méthodes de l’époque de la pré-automatisation. Tout comme la lexicographie, la terminologie souffre beaucoup, en ce moment, de l’absence de tels fondements théoriques. Sager aborde la question de la constitution des corpus informatisés, celle des bases de données à caractère terminologique et celle des nouvelles technologies, logicielles notamment, ainsi que celle des corpus textuels directement accessibles en ordinateur. Le stockage ou le réemploi de l’information terminologique en ordinateur créent de nouvelles contraintes méthodologiques; ils amènent en outre à se pencher sur la qualité des données et à réexaminer les principes de la collecte des données. Toute information devrait être enregistrée suivant des critères qui permettent de dessiner un profil du terme et du concept décodable au premier degré; d’où le regard critique sur toutes les composantes d’une fiche informatisée (record).

Le chapitre six (pp. 163-186) discute du stockage des termes, plus particulièrement en référence avec les banques de termes, ce qui ne signifie pas que les principes décrits ne soient pas valables pour d’autres formes d’enregistrement, tant s’en faut. Une partie de ce chapitre est d’ordre historique, spécialement le rappel de l’émergence des banques dont l’origine se situe aux environs de 1970. Ce tour d’horizon par l’histoire amène l’auteur à proposer une définition-programme de ce que devrait être (est?) une banque, à savoir :

A collection, stored in a computer, of special language vocabularies, including nomenclatures, standardised terms and phrases, together with the information required for their indentification, which can be used as a mono- or multilingual dictionary for direct consultation, as a basis for dictionary of usage and term creation and as an ancillary tool in information and documentation (p. 169).

Puis, un modèle de banque est proposé, illustrant la définition ci-dessus, avant de déboucher, en fin de chapitre, sur les réseaux sémantiques mis à l’ordre du jour, en tant que nécessité, par la recherche en et sur l’intelligence artificielle.

Le septième chapitre (pp. 187-205) scrute le réemploi, l’implantation, les retombées de la terminologie. De fait, toute information consignée devrait pouvoir être traitée ou retraitée et/ou elle devrait pouvoir être accessible aux usagers potentiels. Sager présente les différentes figures de réemploi, leurs contraintes et le réagencement de l’information terminologique transmise ou à transmettre. Ce chapitre typologise les différents groupes d’utilisateurs des terminologies stockées, à savoir : les spécialistes de chaque discipline, les professionnels de la communication spécialisée (les médiateurs, les traducteurs...), les terminographes et les terminologues, les professionnels de la documentation et de l’information documentaire, les aménagistes, tout groupe qui s’occupe de questions linguistiques à des fins professionnelles (enseignants, éditeurs, rédacteurs, correcteurs), l’usager général. Le chapitre est clos par l’établissement d’une connexion avec les thésaurus terminologiques.

Le dernier chapitre de ce livre (pp. 207-229) s’intéresse à l’application des terminologies, aux attitudes et aux pratiques qui existent. La croissance, le développement ainsi que les principales activités de traitement de la terminologie retiennent également l’attention. Ce chapitre se veut à la fois conclusif et ouvert sur l’avenir car il est quasi impossible de saisir dans son ensemble ce que sont la production et le traitement de la terminologie. Il n’y a pas d’application possible sans les quelques conditions que sont l’échange de l’information, la planification, la conscience de la variation de l’usage, la disponibilité des données et la mise à jour périodique, série de critères qui concrétisent la physionomie de plus en plus socioterminologique des LSP.

L’analyse de l’auteur le conduit à constater qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de position unique du point de vue théorique devant les arguments de principes et de méthodes de la terminologie. Cela s’explique historiquement lorsque l’on observe la grande variété des dictionnaires terminologiques produits, les structures variées des différentes banques de termes et, surtout, lorsqu’on en perçoit l’origine dans les programmes d’aménagement élaborés par les organismes ou les individus diatopiquement différents. Toute l’armada des décisions influence inévitablement les orientations des principes théoriques et méthodologiques.

Ce chapitre met aussi l’accent sur le rôle et l’historique des banques de terminologie. Une brève description des principales grandes banques est donnée et un aperçu des développements des petites banques montre bien l’impact de la micro-informatique. La miniaturisation a simultanément des avantages et des désavantages car, d’une part, elle rend les terminologies de plus en plus accessibles à de plus en plus de gens tandis que, d’autre part, leur développement est lent et fort peu de minibanques sont vraiment opérationnelles. Leur nombre fait qu’il n’y a pas de consensus méthodologique, pas de structures communes et par conséquent une limitation de leur consultation. Par ailleurs, plus leur nombre croîtra, plus ces préoccupations d’harmonisation seraient urgentes à analyser afin de trouver des solutions pour éviter le morcellement.

Une très bonne bibliographie thématique et sélective, listant quelques centaines de titres (390 exactement) regroupés en huit sous-catégories, termine l’ouvrage (pp. 231-254). Elle constitue une référence et un guide fort utile pour tout chercheur intéressé par un aspect ou un autre de la terminologie.

Ce livre fait donc le point sur un certain nombre de données fondamentales en terminologie à partir du principe que la terminologie d’aujourd’hui n’a guère de chances de se développer hors du champ de l’informatique. L’auteur fournit suffisamment de justificatifs pour qu’on prête foi à ses démonstrations. Il aura fallu moins de vingt ans pour que la terminologie établisse un corps de doctrine multidisciplinaire et quasi universel et qu’elle accède au statut d’une technologie utile en sciences humaines. Déjà, dès les années 1930, Wüster en explicitait les composantes extralinguistiques auxquelles il greffait l’informatique au début des années 1970. Une toute petite génération informatique —avec en son centre la poussée de la micro-informatisation— aura suffi à fusionner les deux éléments fondamentaux qui ont servi à J. C. Sager pour structurer son cours pratique sur la recherche et le traitement de la terminologie.

Dans le carrousel de la production écrite sur la science terminologique, ce livre, dont la matière est fort bien équilibrée et accessible au néophyte, comptera comme l’une des très bonnes sommes existantes, riche d’enseignement et dont la carrière universitaire est assurée en raison de la validité des informations qu’il recèle. Ce genre de livre de chevet est rare. Nombre de ses semblables ont vieilli prématurément et se sont fossilisés. Ce ne sera pas le cas de PCTP qui va au cœur même des fondements historiques, actuels et universels de la terminologie. Voilà un bon, un véritable guide pour l’apprenant et pour l’expert, un manuel agrémenté de nombreux exemples, ce qui ne nuit jamais au décodage d’un texte et fait le pont avec le réel. À ranger à portée de main dans sa bibliothèque, au même titre que par exemple Rey et Kocourek, pour ne citer que des ouvrages accessibles en français. Telle pourrait éventuellement être la carrière du livre de Sager.