Quelques caractéristiques du vocabulaire de l’acupuncture

1. Du Céleste Empire à la France

L’étude de quelques caractéristiques du vocabulaire de l’acupuncture présentée dans cette contribution porte sur 193 termes servant à désigner une quarantaine de notions de ce domaine du savoir. Toutes les unités retenues figurent à la rubrique « entrée » des 40 dossiers terminographiques élaborés dans un mémoire de maîtrise déposé à la fin de 1992 par la coauteur de l’article (voir Lavigne 1992). Les termes ont été recueillis dans 22 ouvrages scientifiques publiés entre 1971 et 1988. Les commentaires linguistiques sont restreints à cette nomenclature partielle d’unités terminologiques qui se rapportent à un sous-domaine de l’acupuncture : les théories de base. Il est crédible de penser qu’un volume plus élevé de termes permettrait de nuancer quelque peu certaines des constatations et alimenterait les données disponibles afin de mieux comprendre le fonctionnement de cette terminologie. Il serait, par conséquent, fort hasardeux de généraliser les résultats de la recherche à l’ensemble du vocabulaire de l’acupuncture. Néanmoins, l’étude réunit un corpus suffisamment homogène, étoffé et représentatif pour que l’analyse des données soit valable.

Bien que l’acupuncture soit connue, pratiquée et décrite de toute antiquité en Orient — plus de 5 000 ans en Chine—, il aura fallu patienter jusqu’au dix-septième siècle avant qu’elle soit révélée aux Occidentaux. Cette technique médicale demeurera un domaine relativement nouveau et méconnu en Occident jusqu’au dix-neuvième siècle alors que quelques précurseurs en exploreront les ressources (voir les repères historiques tracés dans Lavigne 1992 : 5-9). C’est à partir du premier tiers du vingtième siècle qu’elle retiendra davantage l’attention, qu’elle s’attirera des adeptes et qu’elle se répandra plus largement en Europe.

Le terme latin acupunctura a plus de trois siècles d’existence. Il est en effet attesté dans un ouvrage rédigé en latin et publié à Londres en 1683, puis commenté en France dès 1684. Le mot acupunctura est composé de acus « aiguille » et de punctura « piqûre ». C’est le verbe pungere, qui signifie « piquer, poindre », qui a donné naissance à punctura. Bien avant 1765, le mot pénètre en français où il s’orthographie acupuncture. Il provient donc de la francisation par calque savant du latin médical acupunctura. On devrait son existence en français à des jésuites revenant d’un voyage à Beijing, voyage au cours duquel ils auraient pris connaissance de cette technique. La variante acuponcture est plus tardive. Jusqu’au vingtième siècle, le mot acupuncture est demeuré peu employé puisque le domaine est lui-même resté méconnu. Quant au mot acupuncteur, premier dérivé de acupuncture, il est attesté à partir de 1829. (Pour l’histoire de la famille lexicale, voir le Dictionnaire historique de la langue française 1992, sous « acupuncture ».) En ce qui concerne d’autres aspects linguistiques plus modernes, on peut déjà remarquer quelques phénomènes intéressants. En effet, depuis Soulié de Morant (1878-1955), de nombreux spécialistes tentent de traduire en français le vocabulaire millénaire de cette sphère de la connaissance, qui, de par son origine asiatique lointaine, apparaît souvent exotique et mystérieuse. Le célèbre sinologue français est considéré comme l’initiateur du courant d’intérêt qui existe aujourd’hui en Occident pour la médecine chinoise. C’est lui qui a transposé par le mot énergie l’idéogramme « ki », qui évoque de manière abstraite un couvercle de bassine soulevé par la vapeur. Il fut parmi les premiers à entreprendre une réflexion linguistique sur la francisation de ce vocabulaire.

Le contact des langues a favorisé l’incubation d’une grande diversité synonymique qui caractérise le vocabulaire français de cette discipline. La variété des équivalences reflète la nouveauté du domaine en Occident, domaine qui cherche à faire sa place dans la vaste constellation des sciences médicales. Sans contredit, elle est aussi due aux multiples tentatives de traduction et d’adaptation des mots chinois en français. Elle réfère également à la gestation, à la formation, à la stabilisation et à la normalisation du vocabulaire. Ce sont justement ces deux pôles de la synonymie terminologique et de l’emprunt à un système linguistique totalement différent des points de vue phonétique, « graphique » et morpholexical que nous explorerons plus en détail. L’emprunt et la synonymie étant indissolublement liés à la normalisation, ce volet sera également examiné prospectivement.

L’occidentalisation du domaine a engendré la création de termes français simples et d’unités lexicales complexes hybrides; ces dernières sont issues de l’amalgame de termes empruntés au chinois et de termes français. Dans bien des cas, la terminologie « française » en voie d’élaboration s’inspire fortement de la langue d’origine de l’acupuncture en ce qu’on y rencontre une foule de calques fondés sur de multiples tentatives de transposition des idéogrammes chinois.

De nombreux synonymes pinyins viennent concurrencer abondamment les termes purement français ou hybrides, à la grande satisfaction de plusieurs spécialistes du domaine qui prônent leur utilisation, souvent au détriment d’autres mots de facture française. Ils considèrent que le fait de ne pas recourir à l’emprunt pinyin constitue une entrave à la clarté conceptuelle et que c’est la manifestation d’une forme d’irrespect à l’égard d’une science millénaire, fondamentalement orientale et originaire du Céleste Empire.

2. La synonymie

Le volet sur la synonymie prendra en considération les différents types de variantes qu’il a été possible de relever dans le corpus à l’étude. Les variantes sont classées en plusieurs catégories : orthographiques, grammaticales, syntaxiques et morphologiques. La diversification des classes de synonymes augmente de façon sensible le nombre de concurrents lexicaux dans un domaine et elle joue un rôle non négligeable dans l’interchangeabilité des termes en situation de discours. Il appert que plus les systèmes des langues en contact sont étrangers l’un à l’autre, plus la palette synonymique de la langue d’accueil se pare des couleurs lexicales les plus chatoyantes.

2.1 L’acupuncture en français

La nouveauté d’un vocabulaire peut se mesurer à l’aide de plusieurs critères tels l’influence notable d’autres champs du savoir qui lui prêtent des signifiants ou des signifiés, le recours à des dénominations complexes, l’emprunt abondant, la grande alternance synonymique, la faible originalité des matrices de dénomination, etc. (voir L’Homme 1989 : 96-111). Dans cette étude, seules les caractéristiques de la variation synonymique, à savoir la présence massive de formes concurrentes dans le corpus, et celles de l’emprunt feront l’objet d’investigations critiques. La prolifération synonymique peut s’expliquer en premier lieu par les tentatives répétées de nombreux auteurs-spécialistes qui essaient de rendre en français les dénominations « acupunc-turelles ». Notons tout de suite qu’ils y parviennent tant bien que mal et souvent avec un succès mitigé et que le consensus semble loin d’être atteint. Certaines notions furent tellement manipulées et soupesées qu’elles sont dénommées parfois par plus de dix termes différents, comme l’illustre l’exemple précédent. (Il s’agit de l’un des deux concepts « qi », ainsi défini dans le mémoire : « Énergie potentielle qui réside dans tout être vivant et qui circule dans l’organisme de manière ininterrompue en suivant le trajet des méridiens, et dont le rôle est de pourvoir à l’entretien de l’organisme et à sa défense contre les agents pathogènes » [Lavigne 1992 : 52].)

Tableau 1. Termes représentant la notion « qi »
« qi »
1. 2. énergie
2. énergie de l’organisme
3. énergie du corps
4. énergie du corps humain
5. énergie somatique
6. énergie vitale
7. énergie vitale et organique
8. 2. qi
9. qi de l’organisme
10. 2. souffle
11. 2. souffles
12. tchi
13. 2. t’chi

Le tableau 2 détaille la proportion de notions désignées par une ou plusieurs appellations et il démontre une grande instabilité dans le choix d’une dénomination pour un concept. Il semble renforcer l’hypothèse que l’acupuncture est un vocabulaire en gestation qui hésite entre deux systèmes de formation, l’un national, l’autre souscrivant au principe qui veut que la langue de désignation soit celle de la société qui a forgé le domaine, ce qui entraîne un fort taux d’emprunts.

Il se dégage du tableau que la très grande majorité des concepts étudiés sont désignés par plus d’un terme (37/40, soit 92,5% de l’ensemble) alors que ceux qui sont désignés par une seule unité représentent une proportion plutôt faible (3/40, soit 7,5%). Le tiers des appellations (64/193) couvre seulement 6 des 40 notions (=15%), tandis que chacune d’entre elles offre un choix parmi 9 synonymes ou plus.

Tableau 2. Rapports entre le nombre de notions et de termes
Nombre de notions Total Pourcentage Nombre de termes Total Pourcentage
1 1 2,5 13 13 6,74
2 3 5.0 11 35 11,40
2 5 5,0 10 55 10,36
1 6 2,5 9 64 4,66
1 7 2,5 8 72 4,15
1 8 2,5 7 79 3,63
6 14 15,0 6 115 18,65
5 19 12,5 5 140 12,95
3 22 7,5 4 152 6,22
8 30 20,0 3 176 12,44
7 37 17,5 2 190 7,25
3 40 7,5 1 193 1,55

2.2 La synonymie par réduction syntagmatique

Au bourgeonnement synonymique des terminologies en émergence succède généralement une phase de stabilisation puis de réduction des dénominations, phénomène qui permet d’assurer une communication qui ne souffre pas trop du bruit provoqué par les collisions lexicales. Le désir de varier l’expression entretient cependant l’existence parallèle de plusieurs unités lexicales ayant le même sens. « Plus on s’intéresse à un sujet, plus on sera amené à en parler, ce qui nécessitera une riche variété de synonymes pour nuancer la pensée et pour rehausser l’expressivité » (Ullmann 1975 : 188). Même en terminologie, on ne peut guère exclure totalement la synonymie sous peine de nuire à la volonté légitime des auteurs de vouloir donner un peu de relief à l’expression lexicale et stylistique.

Ce paragraphe discute de la réduction syntagmatique et compositionnelle, c’est-à-dire de l’abrègement d’une unité complexe ou d’un mot composé à la suite de la suppression de l’un ou de l’autre de ses constituants. La troncation peut s’accomplir par aphérèse, par apocope ou par effacement d’un segment interne.

  1. Aphérèse
    • jing qi de la nourritureqi de la nourriture
    • vaisseaux lo longitudinauxlo longitudinaux
    • douze méridiensméridiens
  2. Apocope
    • entrailles-atelierentrailles
    • énergie somatiqueénergie
    • méridiens réguliersméridiens
    • énergie du corps humainénergie du corps
  3. Suppression d’un segment interne
    • qi pur célesteqi céleste
    • jing qi acquisjing acquis
    • méridiens tendino-musculairesméridiens musculaires

En ce qui a trait aux emprunts intégraux purement chinois —que nous appellerons les sinismes—, la réduction des dénominations ne semble pas être une pratique courante. Dans le corpus, ce procédé est utilisé seulement à deux reprises, et pour des syntagmes uniquement, alors qu’il y a 59 termes chinois, soit 30,57% du vocabulaire analysé. Il s’agit de bie, qui résulte de l’aphérèse de jing bie, et de jing, issu de jing qi par apocope.

Dans la nomenclature, les réductions observées se caractérisent de trois manières du point de vue des modèles de termes :

1. Syntagme complexe syntagme simple
vaisseaux lo transversaux lo transversaux
2. Syntagme simple terme simple
méridiens principaux méridiens
3. Terme composé terme simple
entrailles-atelier entrailles

2.3 L’interchangeabilité des termes synonymes

Tous les synonymes répertoriés et relatifs à une notion ont la même configuration sémantique. Ce sont donc des synonymes complets ou parfaits puisque chacun propage exactement le même signifié et qu’il se superpose au même concept; autrement dit, ils sont interchangeables dans tous les contextes parce qu’ils sont parfaitement conformes au concept désigné. Seul des facteurs d’origine et de formation les distinguent. En acupuncture, les emprunts et les mots indigènes possèdent des frontières notionnelles identiques, ce qui confirme que nous sommes bien en présence de séries de synonymes absolus.

3. Les emprunts au chinois

La terminologie chinoise de l’acupuncture a elle-même fait appel à des emprunts provenant d’autres langues asiatiques, comme le vietnamien et le japonais. Nos constats sont limités à l’ultime degré de l’emprunt, soit le transfert du chinois vers le français; il n’entrait pas dans nos intentions de rechercher au-delà de la langue de départ l’origine étymologique des sinismes immigrés en français.

Les synonymes trouvés dans les textes rédigés en français embrassent autant les termes directement forgés dans cette langue que les emprunts chinois qui y circulent. La synonymie s’explique donc aussi par la présence de mots allogènes dans les écrits nationaux. Les termes étrangers cohabitent avec les termes purement français tout comme ils servent à façonner des hybrides. Dans les unités complexes métissées, les sinismes peuvent tout aussi bien tenir le rôle de déterminé (ex. : cinq zang, jing des reins, qi céleste) que celui de déterminant (ex. : cycle sheng, énergie zong, système wou-hing). Sur les 49 formations créées par croisement, 23 mots chinois sont en position de déterminé tandis que 26 occupent la case du déterminant. —À noter toutefois que dans deux exemples de syntagmes complexes (vaisseaux lo longitudinaux et vaisseaux lo transversaux), l’élément lo a été rattaché au segment déterminé.— Le tableau 3 permet de comparer la dispersion des emprunts, des termes hybrides et des termes proprement français dans le corpus.

Tableau 3. Proportion des différents types de termes
Type de terme Nombre de dénominations Pourcentage
Termes français 85 44,04
Emprunts 59 30,57
Hybrides 49 25,39

Le groupe majoritaire est représenté par les termes purement français, mais la proportion des unités résultant d’un croisement et de l’emprunt est tout de même fort significative. Les deux derniers types d’unités lexicales contribuent très activement à la formation des mots en acupuncture (108/193, soit près de 56% de l’ensemble), de même qu’à l’accroissement synonymique.

3.1 L’intégration de l’emprunt

Guilbert (1975 : 90) présente l’emprunt comme étant « l’introduction, à l’intérieur du système, de segments linguistiques d’une structure phonologique, syntaxique et sémantique conforme à un autre système [...) ». L’intégration à la langue emprunteuse peut être plus ou moins complète selon le cas. En acupuncture, le réemploi de plusieurs termes chinois pour former des unités complexes hybrides est un indice très significatif de leur pénétration dans la langue d’accueil. Concrètement, le quart de la nomenclature du corpus (49/ 193) recourt au mode de greffage lors de la dérivation syntagmatique.

Un indice supplémentaire d’intégration, grammatical cette fois, peut être observé, même s’il s’agit d’une attestation isolée. Le terme kings —variante de jing— n’est pas attesté au singulier *king dans les textes dépouillés. C’est le seul emprunt du corpus qui obéit à la règle du pluriel normal en français. Il paraît avoir subi une annexion plus poussée que les autres. Il semble avoir été absorbé naturellement, le français digérant le terme en le soumettant à ses critères grammaticaux internes, soit la flexion en nombre. On peut formuler trois hypothèses pour tenter d’expliquer cette exception :

  1. Le terme *king est possiblement apparu en français il y a longtemps, bien avant les autres et sous son habit de pluriel français kings. Le texte dans lequel il aurait figuré ne relevait sans doute aucun autre sinisme. Voyageant seul —par comparaison aux groupes de termes formant des constellations onomasiologiques et se déplaçant en bandes—, il y a de fortes chances qu’il se soit ainsi fondu plus rapidement que les autres dans le lexique français. Comme on ne possède aucune attestation dictionnairique du terme, sa date d’apparition en français demeure incertaine.
  2. On peut penser que par analogie avec la forme anglaise king, le français a adapté le terme homonyme chinois plus rapidement lui adjoignant naturellement un -s au pluriel. Le terme kings est, en effet, l’un des rares emprunts au chinois dont la physionomie rappelle une formation indo-européenne. Comme il ressemble à quelque chose de connu aux yeux et aux oreilles des locuteurs, il est plausible qu’on l’ait immédiatement associé à une forme reconnaissable.
  3. Il est tout simplement possible que l’intégration grammaticale soit due au fait que kings ait été ou est encore fréquemment employé par les auteurs et les praticiens qui semblent l’avoir définitivement adopté, au détriment des autres synonymes chinois plus récents désignant la même notion.

Toutes ces hypothèses viennent renforcer l’idée qui veut que la « tendance est de plus en plus forte, dès que le mot est intégré, à lui attribuer les marques propres à rendre l’opposition de nombre en français » (Désirat et Hordé 1988 : 195-196).

En ce qui concerne le phénomène de l’adaptation des emprunts à la phonétique française, on peut faire état de quelques constats. La naturalisation phonologique des termes pinyins à la langue emprunteuse se traduit au plan de l’écrit, la graphie française de certains d’entre eux reflétant directement la prononciation originale, excepté en ce qui a trait à la reproduction des tons. Il est tout à fait courant que l’écriture des emprunts tende à se rapprocher le plus près possible de la prononciation d’origine tout en s’assimilant au système phonétique de la langue d’accueil. En acupuncture, cela engendre l’apparition de nouveaux termes pinyins et multiplie les variantes, toutes les formes nouvelles ayant la même valeur synonymique que la forme initiale qui a servi à les constituer (voir aussi le paragraphe 3.4) :

3.2 Le statut de l’emprunt

Traditionnellement, on distingue les emprunts de nécessité ou dénotatifs et les emprunts de luxe ou connotatifs. Les premiers identifient des réalités ou realia socioculturelles étrangères tandis que les seconds doublent un mot français déjà existant. Toutefois, le statut que l’on accorde au terme étranger dépend aussi de plusieurs autres facteurs comme la fréquence, le caractère de dérivabilité, de compositionnalité, etc. Dans le corpus, il est clair que d’une part, les termes dao, 2. shen, yang et yin peuvent être qualifiés d’emprunts de nécessité, car ils ne concurrencent aucun autre terme de la langue receveuse. À l’exception de 2. shen, les autres termes de cette série possèdent d’autres variantes synonymiques pinyins. Mais leur fréquence d’emploi justifie leur statut. D’autre part, pour ce qui est des autres termes empruntés au chinois, on peut s’interroger sur le fait de les ranger automatiquement du côté des emprunts de luxe sous le seul prétexte qu’ils concurrencent des termes qui ont été créés directement en français. Une question d’« image » de l’acupuncture, de référence et de repère historico-culturels, d’obligation de « citation », comme une œuvre d’art en cite une autre, est ici en cause, ainsi qu’une question de vérité onomasiologique. On pourrait en dire autant de la terminologie de la cuisine chinoise ou italienne, de celle des sports de combat japonais, etc., ou des mots isolés (par exemple, nomenklatura est un calque translittéré à partir du russe qui demeure illogique en français).

3.3 Les motivations de l’emploi des termes pinyins

Les termes pinyins représentent près d’un tiers de toute la nomenclature rassemblée (59/193). Nous sommes donc autorisés à nous questionner sur les motivations des auteurs à l’égard de ces emprunts. Au fil de l’analyse, il est apparu que les intentions pouvaient varier d’un terme à l’autre, d’un spécialiste à l’autre, d’une école de pensée à l’autre ou d’une époque à l’autre. Les observations tendent à démontrer qu’intentions et motivations sont interprétables de diverses façons. Ce sont les contextes eux-mêmes qui révèlent le mieux les préférences. En effet, les citations documentaires renferment des commentaires linguistiques ou métalinguistiques directement formulés ou que l’on peut déduire de l’emploi de certains signaux diacritiques et certaines marques typographiques (parenthèses, guillemets, ponctuation, caractères gras, italiques, etc,).

Dans les textes spécialisés, l’emploi du terme pinyin est motivé, à l’occasion, par le fait que l’équivalent français n’existe tout simplement pas —emprunt de nécessité—; mais, le plus souvent, c’est parce que les auteurs préfèrent utiliser les termes chinois originels, qui circulent abondamment dans la documentation et dans le discours, plutôt que d’avoir à leur substituer un équivalent dont ils ne sont pas sûrs ou d’avoir à créer un néologisme qui peut les rebuter.

L’observation montre cependant que les termes français balisent de plus en plus les écrits. Souvent, ils sont encore flanqués du terme pinyin correspondant avec lequel ils forment un diptyque lexical. Les emprunts servent ainsi de support pour faciliter la compréhension d’un terme français moins connu ou pour soutenir la transition vers le français; les termes peuvent être mis en parallèle dans le but d’établir clairement l’équivalence entre des formes d’origines distinctes. Le terme pinyin figure alors après le terme français : il est soit enchâssé dans une parenthèse (ex. 1), soit isolé entre deux virgules (ex. 2), soit présenté directement à la suite du premier et sans aucune notation typographique spécifique (ex. 3).

Au vu de ces trois exemples, d’autres interprétations paraissent vraisemblables à partir de la localisation du terme chinois après le terme français. On peut envisager la possibilité que les auteurs citent les sinismes pour faire exotique, pour insister sur l’origine asiatique de l’acupuncture. En y réfléchissant bien, on peut se demander si le mot cité est réellement emprunté, c’est-à-dire intégré à la langue française, ou s’il ne conserve pas plutôt une connotation purement chinoise, connotation qui est rehaussée par les procédés de mise en évidence (voir les exemples 1 et 2) qui doublent l’occurrence et produisent un effet synonymique fortement répétitif et contrasté parce que les mots sont de formations différentes au plan morpholexical : un terme indigène et un terme allogène. La redondance synonymique plaide ici en faveur du rappel civilisationnel plutôt que de la nécessité linguistique et terminologique. Le terme chinois crée un effet de miroir, ou mieux, il se fait l’écho de la sagesse traditionnelle orientale de l’Empire du Milieu. Il n’y a pas non plus d’objectif de produire une alternance stylistique puisque les termes se suivent immédiatement dans la séquence phrastique. On aurait plutôt affaire à ce que l’on appelle des pérégrinismes, à savoir des formes linguistiques étrangères insérées dans un texte afin de faire ressortir le cachet exotique des realia dissimulées derrière les mots. Le pérégrinisme sert en quelque sorte de passerelle entre le sujet —ici, une discipline orientale— et le lieu de l’action —ici, le monde francophone.

Parfois aussi, c’est le terme français qui suit le terme chinois dans la phrase. On peut supposer encore là que de cette façon l’auteur cherche à instituer une correspondance claire entre les deux. La liaison s’établit de différentes manières : usage de la conjonction de coordination ou, signes diacritiques (guillemets, tirets, etc.), marques de ponctuation (virgules, points-virgules, etc.).

Les indices métalinguistiques utilisés par les auteurs des trois derniers exemples semblent révéler autre chose sur les termes mis en parallèle. L’emploi de la conjonction ou (ex. 4) sert sans aucun doute à signaler la synonymie active entre les termes wei qi et énergie défensive. Elle donne aux unités la même valeur d’équivalence synonymique; il n’y a pas de distanciation comme dans l’exemple 1. L’emploi des virgules pour marquer le terme français qui est déjà encadré de guillemets (ex. 5), ne paraît pas aussi évident : il y a lieu de se demander s’il s’agit d’un indice de synonymie —plan du signifiant— ou d’un indice de définition notionnelle —plan du signifié—, ou bien même si l’intention de l’auteur n’était tout simplement pas d’indiquer que le terme français est une proposition néologique encore au stade embryonnaire ou une unité dont il n’assume pas la responsabilité. Quant à la formulation de l’exemple 6, il peut s’agir d’une maladresse stylistique, d’une simple erreur typographique ou d’une forme de mise en évidence de l’emprunt qui sert d’amorce à la phrase ou qui s’assimile à un titre de paragraphe. Enfin, il convient de faire une remarque sur l’absence d’article devant deux des termes chinois et devant les trois équivalents français. Dans les exemples 4 et 5, cette absence peut être imputable au style de l’auteur, la qualité linguistique de l’ouvrage en question laissant parfois à désirer. Dans le cas des éléments français, elle peut signifier qu’on a affaire à de brèves explications ou à des définitions plutôt qu’à des synonymes.

Dans les exemples, le fait que les auteurs mentionnent le terme chinois avant le terme français pourrait dénoter leurs préférences ou un certain degré d’assimilation de la forme pinyin en français.

Comme on le constate, les signaux métalinguistiques et diacritiques ainsi que le positionnement des termes les uns par rapport aux autres dans la phrase informent les destinataires sur les intentions des auteurs face aux termes qu’ils emploient. La perception des lecteurs et des analystes est très diversifiée, comme on vient de le voir. Une chose est sûre cependant, les différents repères semés dans les textes reflètent les hésitations langagières des auteurs devant un domaine nouveau en Occident, dont la conception est fondamentalement étrangère à nos façons de penser et d’agir. Ils révèlent aussi une certaine résistance culturelle qui peut être celle des rédacteurs aussi bien que celle des destinataires du texte. Enfin, le recours à la « surimpression lexicale » pourrait n’être qu’un principe didactique permettant d’introduire l’acupuncture dans les habitudes occidentales sans pour autant la fusionner à la médecine traditionnelle sous nos latitudes.

3.4 Les différents types de variantes

Le phénomène de la synonymie est dû aussi à la présence de variantes dans les textes. L’emprunt à un système linguistique complètement étranger multiplie toujours les variantes. Ces variantes sont de plusieurs types : orthographiques, grammaticales, morphologiques, syntaxiques, morphosyntaxiques, etc.

En ce qui concerne les variantes orthographiques, trois cas sont repérables dans le corpus. Le premier est constitué par les variantes mineures dans la transcription des termes chinois (ex. : jing mai / jing mo, luo / lo, tching kan / tching kann, [énergie] wei / [énergie] weï, zheng qi / zeng qi). Le second cas est relatif à l’ajout ou à la substitution d’un trait d’union entre deux termes (ex. : yin yang / yin-yang). Les variantes orthographiques relèvent enfin d’un phénomène assez particulier qui est en rapport avec la romanisation des idéogrammes chinois. En effet, la multiplication des échanges internationaux a rendu nécessaire l’emploi des termes pinyins dans les écrits spécialisés. Cela a eu pour effet d’engendrer la création d’autres termes techniques et scientifiques qui sont modelés à partir de ces formes pinyins officielles. On a tenté d’adapter ces termes au système phonétique du français tout en essayant de demeurer le plus près possible du modèle étranger. Autrement dit, les auteurs utilisent parfois une forme transposée de l’appellation chinoise, qui essaie de se rapprocher de la prononciation française du mot pinyin. Plusieurs variantes graphiques viennent ainsi élargir la palette des unités existantes (ex. : fou pour fu, iang pour yang, inn pour yin, iong pour yong, kings pour jing, ko pour ke, oé / oe pour wei, pié pour bie, tao pour dao, t’chi pour qi, tsang pour zang, wou-hing pour wu xing). Tous ces groupes de termes peuvent être qualifiés de doublets ou de triplets graphiques d’origine phonétique.

En ce qui concerne la romanisation, c’est-à-dire la conversion d’un système d’écriture non latine au système alphabétique latin, on peut recourir soit à la translittération, soit à la transcription, soit à une combinaison des deux méthodes, suivant la nature du système à convertir. Mais la transcription, qui peut-être employée pour la conversion de tous les systèmes d’écriture, est la seule méthode utilisable pour les systèmes non entièrement alphabétiques et pour toutes les écritures idéophonographiques, telles le chinois et le japonais. En effet, la structure de ces dernières, où la notation du sens a le pas sur la notation de la prononciation, entraîne l’existence d’un nombre considérable de caractères —plus de 40 000 pour le chinois— et elle rend impossible la translittération signe à signe, tout en imposant du même coup l’élaboration d’une transcription. Il est à noter que la translittération est une opération qui consiste à représenter les caractères d’une écriture entièrement alphabétique par les caractères d’un alphabet d’une autre origine, celle-ci devant se faire, en principe, caractère par caractère, comme c’est le cas avec les alphabets cyrillique et latin. Pour sa part, la transcription a comme objectif de représenter les caractères d’une langue, quel que soit son système d’écriture originale, par ceux du système phonologique et du système de lettres et de signes d’une langue de conversion. Le pinyin en est un exemple. Il sert donc à transcrire phonologiquement et alphabétiquement les idéogrammes du chinois. En outre, c’est la seule transcription officielle adoptée et reconnue en République populaire de Chine. D’où la transformation graphique récente ¿’anciens emprunts chinois adaptés en français (ex. : Pékin s’orthographie désormais Beijing ou Pei-king, selon le Petit Larousse illustré 1994, et Peking, pei-ping ou Bei-ping, selon le Petit Robert 2. De quoi y perdre son latin et son pinyin tout à la fois!).

Les variantes grammaticales ont elles aussi leur rôle à jouer dans le système de la synonymie acupuncturelle. Dans le corpus, elles ne concernent que les formations françaises. C’est le nombre qui est en cause et non le genre. On observe donc l’alternance singulier/pluriel dans souffle / souffles, organes-trésor / organes-trésors, etc. Quant aux variantes syntaxiques, elles concernent aussi bien les joncteurs prépositionnels (ex. : système des méridiens/système de méridiens) que l’ordre des mots (ex. : vaisseaux merveilleux/merveilleux vaisseaux). On a relevé également un cas de variante morphosyntaxique (ex. : énergie défensive/énergie de défense). Aucune attestation de variante purement morphologique n’est présente dans la nomenclature à l’étude, ce qui n’invalide pas son existence par ailleurs.

4. Aperçus sur la normalisation

Nous terminerons cette analyse de la caractérisation du vocabulaire de l’acupuncture en discutant de quelques aspects de la normalisation terminologique de ce secteur des connaissances. Nous prendrons en considération que le « besoin de normes s’applique en général à tout usage linguistique, à toute formation théorique, à toute pratique complexe, notamment en technologie, et à toute transmission du savoir » (Rey 1979 : 56). Le but poursuivi par cette proposition d’aménagement normatif des termes d’origine française ou étrangère est de limiter la réduction des synonymes au strict nécessaire, non pas de les éradiquer. Deux raisons expliquent cette option : la première est que l’univocité, qui est reconnue comme étant un principe de base fondamental en terminologie, doit être (re)discutée à la lumière de nouvelles données; la seconde est pour permettre aux différents utilisateurs de termes (écrivains, journalistes, lecteurs, spécialistes, enseignants, étudiants, patients, etc.) de s’y retrouver plus facilement dans cette jungle lexicale où se côtoient de manière désordonnée des termes français et chinois, ainsi que des amalgames franco-chinois et sino-français.

La prolifération des synonymes caractérise la plupart des vocabulaires thématiques, surtout ceux qui sont en formation. Aucun secteur n’échappe totalement à la synonymie. Elle correspond à un besoin réel d’expression en ce qu’elle permet de varier volontairement le choix des termes ou en ce qu’elle illustre l’hésitation des auteurs qui ne savent pas trop s’ils doivent recourir à telle ou telle forme pour transmettre leur message. En acupuncture, la variation alterne entre le mot français et la connotation portée par les sinismes et les hybrides. Plus souvent qu’autrement, la synonymie est génératrice de confusion, le destinataire du message n’établissant pas nécessairement les liens entre toutes les variantes synonymiques ni les correspondances entre les termes pinyins et français, car les auteurs passent souvent d’un synonyme à un autre, dans un même texte, sans le mentionner d’aucune façon. « Dans les textes, toute collision synonymique doit être évitée, ou clairement signalée » (Kocourek 1991 : 192). Une action normalisatrice s’impose dans ce domaine dans le but d’aménager une communication non équivoque, même lorsque quelques synonymes coexistent harmonieusement. L’objectif primordial est de respecter le principe de l’univocité tant que faire se peut, sans pour autant tenter de supprimer toute synonymie.

4.1 Faut-il bannir les emprunts ou les termes français?

Au cours de la recherche, il a d’abord fallu se demander sérieusement si la terminologie de ce domaine aux notions exclusivement orientales était effectivement intraduisible dans une langue occidentale, tant les spécialistes se contredisent souvent, aussi bien à l’écrit qu’à l’oral. Certains savants tranchent carrément en faveur de la conservation de l’emprunt, comme en fait foi l’extrait de la lettre suivante transmise à l’auteur du mémoire de maîtrise : « Ne croyez pas non plus que de rajouter [aux termes pinyins] entre parenthèse les prétendus équivalents occidentaux, surtout pour la nosologie, soit un enrichissement! La vision chinoise du corps humain, normal ou pathologique, dans sa spécificité, apparaît mieux et demeure cohérente si l’on ne cherche pas le rapprochement, sinon très occasionnel, avec la médecine occidentale » (Père Claude Larre, Paris, le 25 juin 1991). De fait, les ambiguïtés sont fort nombreuses. On peut penser que si l’acupuncture est en train de se tailler une place de choix en Occident, entre la médecine et la chiropratique, elle devrait tendre de plus en plus à s’adapter à ses nouveaux adeptes, et que dans ces circonstances, son langage devrait subir une évolution parallèle afin de mieux se couler dans les modes de pensée occidentaux. A contrario, on pourrait défendre l’idée que l’acupuncture devrait demeurer chinoise et que son spectre terminologique devrait véhiculer et perpétuer son origine asiatique. La question principale est donc celle-ci : si l’on s’entend pour franciser un domaine d’activité, pourquoi sa terminologie ne suivrait-elle pas le train? Quels sont les desiderata des jeunes spécialistes formés en Occident et ceux de la nouvelle clientèle de la médecine chinoise?

C’est dans cette optique de modernisation et de respect des sources anciennes que nous prônons l’utilisation et la création, si nécessaire, d’un vocabulaire unilingue sino-français, tout en favorisant la réduction des synonymes à deux termes officiels tout au plus, l’un étant chinois, l’autre français, lorsque cela se justifie bien entendu. L’élimination complète de la concurrence des équivalents est un mythe. Elle n’est par ailleurs pas une exigeance souhaitable. Les terminologies aseptisées ou totalement autarciques n’existent pas, à tout le moins elles sont très rares et peu fonctionnelles. Elles obéissent alors à des conditions de création extrêmement contrôlées comme le montrent certaines taxinomies, celle des minéraux, des éléments du tableau périodique, entre autres. Et encore, ces domaines ne sont pas épargnés par la synonymie! « Plus encore que l’ambiguïté, la synonymie est un principe universel des langues; elle peut être analysée, aménagée, réduite, mais non éliminée » (Kocourek 1991 : 192). Elle est la manifestation vive de la dynamique et de l’évolution d’une langue de spécialité. Nous verrons plus loin qu’il existe cependant des cas où une seule unité suffit pour remplir un mandat dénominatif.

La réduction synonymique a pour objectif d’éliminer les mots qui s’éloignent de la norme et nuisent à la communication, comme les termes fautifs, les traductions approximatives ou inadéquates, les variantes graphiques envahissantes, etc. Le rétrécissement de la marge de manœuvre lexicale, ainsi que les équivalents français proposés, paraîtront peut-être trop limitatifs aux acupuncteurs et aux acupunctologues chinois et occidentaux. Il n’en reste pas moins que l’on peut parvenir à élaborer une terminologie française de l’acupuncture qui serait tout à fait appropriée, pertinente et significative, même si, dans l’esprit de certains spécialistes, elle n’égalera sans doute jamais la richesse d’évocation notionnelle des idéogrammes chinois. « La décision de fonctionner dans sa langue maternelle ou dans une langue « nationale » (en élaborant des terminologies) ou de se résigner à emprunter la langue-outil avec la matière à travailler est politique, car toute langue est capable de tout nommer : l’impression trop fréquente que certaines sémantiques ne peuvent répondre au besoin notionnel relève de l’idéologie. Ce qui est vrai, c’est que les moyens de création dénominative varient selon les langues [...] » (Rey 1979 : 66-67). Par ailleurs, si l’on considère que l’acupuncture est un domaine spécialisé, celui-ci a également des répercussions chez les gens ordinaires, chez tous ceux et toutes celles qui recourent à ce type de soins. Le bénéficiaire des traitements acupuncturels risque d’avoir une vision très différente de celle des praticiens par rapport à l’emploi de la terminologie française. Il préférera probablement que celle-ci soit utilisée, en lieu et place des termes chinois, lorsqu’il a recours à un acupuncteur, et cela pour des raisons évidentes de décodage notionnel et de compréhension. Les mots ne guérissent pas le mal, si exotiques soient-ils!

Une terminologie française bien établie, bien stabilisée ne nuira certes pas à ceux qui œuvrent dans le domaine. Il est faux de prétendre que certains termes sont intraduisibles. Ces dernières années, le français a su s’approprier bon nombre de termes de l’acupuncture réputés « infrancisables »; l’exemple faisant loi, le volume de la terminologie française continuera d’augmenter, comme le montre la littérature sur le sujet et la langue de l’enseignement. L’utilisation du français ne met pas en péril le fait que l’enseignement et la pratique de l’acupuncture puissent se développer dans un esprit essentiellement oriental, comme le souhaitent plusieurs spécialistes plus traditionnalistes. L’alignement sur le français pourrait favoriser une meilleure compréhension des concepts, en fournissant justement des moyens pour éviter l’emploi de ces fameuses recettes acupuncturelles que plusieurs dénigrent et dénoncent avec beaucoup de vigueur et qui sont liées à un manque de connaissances dans le domaine. Les acupuncteurs qui approfondissent leur science (par exemple, sur la question des différents types d’énergie) le font souvent en autodidactes ou lors de sessions de formation. Ils bénéficieraient certainement de l’existence d’un standard consensuel. Tout dépend de la qualité de l’aménagement normatif proposé. Il faut, de plus, soumettre les termes nouveaux à l’épreuve du temps et laisser celui-ci faire son œuvre de polissage et de peaufinement.

Certes, la constitution d’une terminologie française n’empêcherait pas la mise sur pied d’un vocabulaire parallèle chinois-français qui aurait pour but d’établir et de maintenir une correspondance claire et univoque entre un terme d’origine chinoise et un terme d’origine française. Les diptyques lexicaux concourraient certainement à la réduction, sinon à l’élimination, des erreurs dans la pratique, erreurs qui peuvent être reliées à une mauvaise interprétation notionnelle de certains emprunts moins familiers ou utilisés abusivement par nombreux auteurs pour dénommer plusieurs concepts simultanément (ex. : 1. jing / 2. jing, 1. qi, 2. qi, 1. shen / 2. shen, 1. t’chi / 2. t’chi). On le sait, l’homonymie n’est pas la meilleure amie de la terminologie. Ce type de vocabulaire aurait aussi l’avantage d’éviter le flottement excessif entre les emprunts au chinois et les termes français dispersés au fil des textes.

4.2 Exemples de temes pouvant être normalisés

Comment faire un choix judicieux parmi la panoplie de synonymes susceptibles d’être normalisés? Plusieurs critères de sélection linguistiques et extralinguistiques ont été mis de l’avant pour retenir le terme le plus apte à survivre : la dérivabilité, la compositionnalité, la fréquence, la maniabilité, l’internationalité, etc. En général, un seul critère ne suffisant pas à trancher, il est souhaitable de donner la priorité aux termes qui semblent le mieux adaptés aux concepts qu’ils identifient. Il est clair toutefois qu’une certaine subjectivité ne saurait être exclue d’une telle prise de position.

L’établissement d’un vocabulaire double chinois-français suppose qu’idéalement il faudrait favoriser l’implantation d’un terme chinois et d’une unité parallèle française pour chaque notion, dans le but d’uniformiser la terminologie ainsi façonnée. En raison de la provenance de cette sphère d’activité, il existe toujours un ou des termes pinyins pour dénommer chaque concept. Cependant, il y a des cas pour lesquels il est pertinent de contourner la règle des doublets, et cela pour des raisons historiques ou autres, notamment parce qu’aucun terme français n’a encore vu le jour. Par exemple, les termes yin et yang sont tellement répandus dans la documentation et ils dépassent si largement le domaine, qu’il semble évident de les normaliser sans concurrents, ni chinois ni nationaux. Ainsi, yin qi et yang qi, inn et iang seraient probablement éliminés sans objection de quiconque. Au surplus, aucune forme française ne paraît jamais avoir été proposée pour être substituée à ces deux mots phares de la pensée chinoise —le corpus de dépouillement n’en n’a fourni aucune. Après deux siècles et demi de présence en français, ces deux emprunts possèdent un tel prestige qu’ils sont indélogeables, d’autant qu’ils forment consensus chez les praticiens et les chercheurs. Personne ne semble jamais avoir pensé proposer des équivalents français. Par ailleurs, yin et yang étant le plus souvent en interrelation, il convient de stabiliser leur graphie sous la forme yin yang lorsqu’il sont syntagmatiquement conglomérés, comme dans théorie du yin yang, loi du yin yang. Toutes les autres combinaisons, telles yin-yang, inn-yang, [théorie, loi...] du yin et du yang, devraient être écartées. Ces exemples entérinent le caractère hybride de la terminologie acupuncturelle.

En revanche, certains syntagmes croisés devraient être rayés du vocabulaire normalisé. C’est ainsi que zong qi pourrait supplanter sans inconvénient énergie zong. Quant à la formation française souffle ancestral, il y serait souhaitable qu’elle cède sa place au syntagme énergie ancestrale, plus moderne, plus fréquent et beaucoup plus pertinent au plan paradigmatique.

Les exemples qui précèdent sont d’ordre purement lexical. On peut aussi songer proposer un modèle de combinaison symagmatique à base d’unités hybrides ou françaises. Sans aucun doute, la formule à privilégier est-elle de l’ordre « nom + adjectif ». Cette structure est la plus productive du corpus avec 63 occurrences sur 145 unités lexicales complexes, soit 43,45%. Ce schéma binaire rassemble à lui seul 32,64% de tous les termes du corpus (63/193). Les 31 syntagmes empruntés « mot chinois + mot chinois » (ex. : jing mai, zang fu) ne sont pas comptabilisés dans ce lot; ils représentent 21,38% des Iexies complexes. En privilégiant le modèle nom + adjectif, la terminologie relative à l’énergie et aux méridiens, par exemple, pourrait être mieux « paradigmatisée » :

Les termes homonymes homographes posent eux aussi de sérieuses difficultés. Pour bien faire et respecter le principe fondamental de l’univocité, il faudrait éliminer l’un des deux termes pinyins ou français existants quand des concepts différents, si proches soient-ils, sont rendus par des homonymes. Si l’on prend, par exemple, les couples 1. qi et 1. énergie ainsi que 2. qi et 2. énergie, on pourrait réserver le premier groupe à la notion d’ « énergie universelle » et remplacer le second, qui exprime celle d’« énergie circulant dans l’organisme », par les dénominations qi de l’organisme et énergie de l’organisme —ou mieux par *qi organique et *énergie organique (formes non attestées dans le corpus), si l’on désire aussi s’aligner sur le principe de la structure nom + adjectif évoqué plus haut. Deux raisons justifient cette proposition :

  1. Les notions sous-jacentes sont tellement proches et dépendantes l’une de l’autre —il s’agit, en effet, de la même énergie, la seconde étant plus spécifique, car elle implique que cette énergie circule dans l’organisme— qu’il faut les dénommer à l’aide de termes voisins et situés dans un rapport d’hyperonyme à hyponyme, autrement dit de générique à spécifique, de manière que leur degré de parenté conceptuelle soit immédiatement transparent.
  2. La notion d’ « énergie circulant dans l’organisme » requiert une dénomination explicite qui laisse voir un degré de précision notionnelle plus élevé. Le déterminant organisme (ou *organique) vient spécifier le sens du syntagme; la relation entre le terme et la notion est ainsi plus perceptible.

Le besoin de précision s’exprime également dans l’exemple suivant, qui contredira le principe que le terme le plus court —critère de maniabilité— doit toujours être favorisé. À l’heure actuelle, les équivalents français les plus usuels des termes zang et fu sont organes et entrailles. Un meilleur rapport terme/notion exigerait que l’on précise ces unités en les dénommant organes-trésor et entrailles-atelier. Les dénominations allongées deviennent plus significatives, les organes ayant pour fonction d’emmagasiner l’énergie fabriquée par les entrailles. « Le composé N[om]-N[om], dit aussi mot-tandem, est une des caractéristiques des langues fonctionnelles contemporaines non esthétiques, dans la mesure où il y a accent sur la concision. C’est le cas en langue technoscientifique, en langue usuelle et en langue de la réclame et de consommation » (Kocourek 1991 : 133). Les deux termes suggérés reflètent adéquatement, par leur structure, la notion chinoise qui leur correspond. En ce qui a trait à l’orthographe, il faudrait aussi choisir parmi les quelques variantes suivantes :

Emprunts au chinois Mots français
fu entrailles-atelier
entrailles atelier
entrailles-ateliers
entrailles ateliers
zang organes-trésor
organes trésor
organes-trésors
organes trésors

4.3 Quelle francisation pour les emprunts?

Les propositions d’aménagement normatif en faveur de l’intégration des termes pinyins dans le vocabulaire français de l’acupuncture nous forcent à nous demander jusqu’où doit aller la nationalisation des emprunts, surtout lorsque la langue de référence fonctionne d’une manière totalement différente de la langue d’accueil. Il a déjà été fait état que les sinismes ne se plient pas à la loi du nombre grammatical par l’ajout d’un -s lors de leur réemploi en français. Les formes, toutes des substantifs dans la langue d’arrivée possèdent déjà leur marque du pluriel, mais c’est celui de la langue de départ, comme c’est le cas des mots inuit, pluriel de inuk en inuktitut ou de fedayin, pluriel de fedaïen arabe. Un seul terme fonctionne normalement en français et c’est king qui fait kings au pluriel. Il serait préférable de normaliser la plurialisation de tous les emprunts par l’ajout d’un -s. Cette marque en ferait des mots bien français et elle éviterait toute tergiversation. « Admettre des mots étrangers n’est donc ni une catatrosphe ni une trahison envers nos traditions. Le tout est de les adapter de telle sorte qu’ils s’assimilent au reste du vocabulaire français et n’y fassent pas figure d’éléments erratiques » (Sauvageot 1978 : 141).

En revanche, du point de vue linguistique, il ne serait pas de bon ton de pousser l’intégration jusqu’à préférer les termes pinyins qui démontrent une plus grande adaptation phonétique et graphique au français, tels tsang (zang), fou (ju), tchi ou t’chi (qï), tching pié (jing bie), pour la seule et unique raison qu’ils risqueraient d’être rejetés systématiquement par les spécialistes; ceux-ci n’affectionnent que les termes pinyins officiels, dans le but avoué de respecter le domaine, qui est chinois, et aussi parce qu’ils croient que s’ils étaient les seuls termes utilisés dans les textes français, cela éviterait beaucoup d’erreurs de traduction et d’interprétation. Corollairement, on peut imaginer que cette opacité lexicale protège la spécialisation du domaine, qu’elle entretient l’aura et le mystère dont aiment s’entourer certains chercheurs, particulièrement lorsque la science provient d’horizons lointains qui font rêver les humains ordinaires.

5. Conclusion

La description de quelques caractéristiques du vocabulaire de l’acupuncture a fait ressortir deux grandes dominantes dans la gestation, la formation et le fonctionnement de cette terminologie : la multiplicité des formes synonymiques et la présence permanente et marquée des emprunts à la langue chinoise —les sinismes. Il résulte des observations que ni la synonymie, ni l’emprunt et son palimpseste, le calque, ne peuvent être systématiquement éliminés des terminologies qui prennent leur source dans des langues étrangères et qu’il faut transposer en français. L’aménagement peut s’accomplir intelligemment et harmonieusement, et sans que l’éradication des synonymes ait pour résultat une sécheresse lexicale qui répondrait trop froidement à la fameuse équation de l’univocité : un terme ⇔ une notion. De trop nombreuses considérations extralinguistiques entrent enjeu pour que la pratique obéisse aveuglément aux règles de la théorie. Nul n’est censé ignorer la loi, mais il arrive parfois qu’il faille l’interpréter ou que les circonstances conduisent les parties à les réviser ou à les amender pour le bien-être des citoyens. Patients et praticiens de l’acupuncture seront sans doute en harmonie au sujet de la nécessaire convivialité des mots chinois et des mots français pour bien structurer le vocabulaire de ce noble et très ancien domaine des connaissances humaines.

Bibliographie

Abstract (anglais)

The authors study a few characteristics of French acupuncture vocabulary. Their observations are based on a corpus of texts gathered from approximately twenty works. The contacts between two languages with extremely divergent systems give rise to many borrowings, thereby increasing the number of synonyms in the receptor language, in particular given the necessity to Romanize the writing system of the borrower language. Transcribing Chinese ideograms into French causes virtually insurmountable phonological spelling, grammatical, morphological, syntactic and other difficulties. Synonymy and borrowing are described critically by use of a Romanization protocol. They are examined from the standpoint of language planning and the internal functioning of an emerging terminology, partially based on foreign lexical units. A few directions are proposed to facilitate the standardization of this LSP vocabulary.

Keywords: Acupuncture, borrowing, calque, hybrid words, language planning, pinyin, standardization, synonymy, transcription, word formation

Les termes des arts et des sciences dans le Dictionnaire de l’Académie française : le discours des préfaces et sa réalisation dans le Dictionnaire

L’Académie française, fondée en 1635 dans le but d’unifier et d’uniformiser le français, doit, dès ses premiers instants, trouver des moyens pour réaliser son mandat. C’est dans un dictionnaire qu’elle décide d’élaborer les principes de base utiles à la concrétisation de son projet. Ainsi, le Dictionnaire de l’Académie française, dédié au Roy, publié en 1694, devient le premier dictionnaire monolingue normatif du français. Qui dit dictionnaire normatif dit épuration de la langue. Au XVIIe siècle, au moment de la mise en chantier de l’ouvrage, une classe sociale fixe le beau langage : les honnêtes gens. L’Académie décide donc de représenter, dans son Dictionnaire, la langue commune de ces honnêtes gens. Cette langue écarte, entre autres, les termes des arts —à savoir des techniques— et des sciences, qui ne sont pas passés dans l’usage courant. Cette prescription persistera-t-elle jusqu’en 1935, date de parution de la dernière édition complète du Dictionnaire? Nous répondrons à cette question de deux façons. D’abord, en vérifiant le discours que tient l’Académie à ce sujet dans les huit éditions publiées à ce jour et, ensuite, en analysant l’application effective de ce discours dans la microstructure du Dictionnaire.

1. Le discours préfaciel sur les termes des arts et des sciences

La première partie de cet article traite du discours des académiciens pour ce qui a trait à la place accordée aux termes des arts et des sciences dans le Dictionnaire, Les passages concernant cette catégorie de termes sont analysés dans les préfaces des huit éditions complètes de l’ouvrage.

1.1. Première édition

La première édition du Dictionnaire de l’Académie veut représenter le bel usage, c’est-à-dire la langue commune « telle qu’elle est dans le commerce ordinaire des honnestes gens, et telle que les Orateurs et les Poëtes l’employent [...][1]. » Cette langue commune, parlée par une classe sociale particulière, exclut les termes des arts et des sciences. En effet, au XVIIe siècle, ces termes sont mal vus et l’honnête homme ne doit pas, lorsqu’il parle, laisser transparaître la profession qu’il exerce[2]. Pourtant, l’interdit ne pèse pas sur tous les termes des arts et des sciences, puisque la langue commune des honnêtes gens est « indissociable de certains vocabulaires spéciaux, tels ceux de la chasse et de l’escrime, activités nobles qui font partie des pratiques de la Cour prise comme modèle[3] ». L’Académie rejette donc les termes technico-scientifiques, mais, comme il est dit dans la préface[4] :

[elle] n’a pas creu devoir estendre cette exclusion jusques sur ceux qui sont devenus fort communs, ou qui ayant passé dans le discours ordinaire, ont formé des façons de parler figurées : comme celles-cy. Je luy ay porté une botte franche. Ce jeune homme a pris l’Essor, qui sont façons de parler tirées, l’une de l’Art de l’Escrime, l’autre de la Fauconnerie.

C’est dire que même un terme très technique peut être inclus dans le Dictionnaire, à condition qu’il soit fréquemment employé par les honnêtes gens[5].

Le Dictionnaire de l’Académie, contrairement aux autres répertoires de l’époque (comme ceux de Richelet et de Furetière), sépare ainsi les mots de la langue commune et les termes des arts et des sciences. Ces derniers prendront place dans un dictionnaire distinct, celui de l’académicien Thomas Corneille, publié en 1694 sous le litre de Dictionnaire des Arts et des Sciences.

La première édition présente en fait le principe général et la position de l’Académie quant à l’inclusion des termes des arts et des sciences, principe qu’elle suivra dans toutes les éditions subséquentes de son Dictionnaire : les termes recensés doivent faire partie de la langue commune.

1.2. Deuxième édition

De manière générale, la deuxième édition du Dictionnaire de l’Académie (1718) est semblable à la première, c’est-à-dire qu’elle privilégie toujours la langue commune. En revanche, l’Académie fait preuve d’une certaine ouverture devant les termes des arts et des sciences, à l’image de la société qui s’intéresse de plus en plus aux sciences et aux techniques. Par exemple, selon la préface, elle ajoute des sens techniques à des mots de la langue générale[6] :

Pour ce qui est des termes d’Art, l’Académie a cru ne devoir admettre dans son Dictionnaire que ceux qui sont extrêmement connus et d’un grand usage, à moins qu’ils ne soient amenez par le mesme mot de la langue, qui a dans la langue une signification différente : par exemple, à la suite du mot travail, qui signifie labeur, peine, etc. on trouve travail, qui signifie, une machine qui sert au Maréchaux pour contenir les chevaux difficiles à ferrer.

La deuxième édition du Dictionnaire demeure ainsi fidèle au choix effectué par l’Académie pour la première édition. Elle présente tout de même un intérêt nouveau puisque la langue commune commence à se transformer : elle passe du bel au bon usage. Comme ce dernier est plus réceptif aux termes des arts et des sciences, le répertoire académique de 1718 accueille davantage de termes techniques que celui de 1694.

1.3. Troisième édition

Tout en maintenant les options fondamentales déterminées par l’Académie, la troisième édition du Dictionnaire de l’Académie (1740) présente quelques innovations en ce qui concerne, entre autres, les termes des arts et des sciences. En effet, selon Susan Baddeley et Liselotle Biedermann-Pasques, « la troisième édition introduit de nombreux termes de techniques et de sciences, car la Compagnie [...] a changé avec son temps, et ce dix-huitième siècle est celui des Philosophes[7] ». En fait, l’Académie ne retient encore que les termes appartenant à la langue commune, mais cette langue a évolué : elle n’est plus représentative des gens de la Cour, elle est socialement tournée du côté des sujets instruits et cultivés. De plus, comme les scientifiques et les philosophes s’expriment de plus en plus en français, beaucoup de termes idoines entrent dans la langue à cette époque. Ainsi, comme il est souligné dans la préface[8] :

Le Public ne manquera pas de remarquer qu’il se trouve dans la nouvelle Edition, un bien plus grand nombre de termes d’art et de science, que dans les deux précédentes. Nous ne nous sommes pas écartez néanmoins de la règle que nos Prédécesseurs s’étoient prescrite, de n’admettre que ceux de ces termes qui sont d’un usage si général, qu’ils peuvent être regardez comme faisant partie de la Langue commune, ou qui sont amenez par un mot de cette Langue. Mais depuis environ soixante ans qu’il est ordinaire d’écrire en François sur les arts et sur les sciences, plusieurs termes qui leur sont propres, et qui n’étoient connus autrefois que d’un petit nombre de personnes, ont passé dans la Langue commune. Auroit-il été raisonnable de refuser place dans notre Dictionnaire, à des mots qui sont aujourd’hui dans la bouche de tout le monde?

Les académiciens suivent toujours la « règle », c’est-à-dire qu’ils recueillent les termes qui sont entrés dans l’usage. En revanche, en ce début de XVIIIe siècle, les arts et les sciences prennent de plus en plus de place et s’implantent dans la langue commune. L’interconnexion entre l’usage commun et les langues de spécialité s’accélère.

1.4. Quatrième édition

La préface de la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie (1762) donne un aperçu du changement de mentalité de la Compagnie en ce qui a trait aux termes techniques[9] :

Nous avons donc cru devoir admettre dans cette nouvelle Edition, les termes élémentaires des sciences, des arts, et même ceux des métiers, qu’un homme de lettres est dans le cas de trouver dans des ouvrages ou l’on ne traite pas expressément des matières auxquelles ces termes appartiennent.

L’édition de 1762 est donc celle qui affirme répertorier le plus grand nombre de termes spécialisés. Celle situation est le reflet d’une époque marquée par un intérêt particulier pour tout ce qui touche les arts et les sciences et qui s’ouvre à l’encyclopédisme. Par exemple, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, publiée entre 1751 et 1772, a sans doute influencé le travail des académiciens. Selon la préface, la quatrième édition est donc « augmentée d’un très-grand nombre de mots qui appartiennent, soit à la Langue commune, soit aux arts et aux sciences[10] ». D’ailleurs, selon Ferdinand Brunot, de tous les nouveaux mots introduits dans cette édition, les deux tiers sont des termes d’arts et de sciences[11].

Bien que la préface de la quatrième édition indique ne plus s’en tenir exclusivement à la langue commune et s’ouvrir aux termes techniques « élémentaires », il faut comprendre que la langue de cette époque admet un grand nombre de termes de différents domaines du savoir. Ainsi enrichie, elle élargira dorénavant le spectre de la langue usuelle. C’est celle nouvelle langue que l’Académie enregistre. De ce fait, la Compagnie ne déroge pas complètement à ses principes tout en s’inscrivant dans le courant de l’évolution sociale.

1.5. Cinquième édition

La préface de la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie (1798) reste muette sur la place accordée aux termes des arts et des sciences. En fait, cette préface, intitulée « Discours préliminaire », constitue davantage un énoncé politique que lexicographique, puisqu’elle n’a pas été rédigée par un académicien, mais par un homme politique, Joseph-Dominique Garat. En effet, l’Académie ayant été dissoute le 8 août 1793, le Dictionnaire fut relégué aux oubliettes, puis récupéré et publié par Garat, quelques années plus tard.

D’après une étude effectuée sur la cinquième édition du Dictionnaire[12] il semble que l’influence de l’Encyclopédie se fasse toujours sentir à l’Académie et qu’on s’intéresse autant aux arts et aux sciences. Toutefois, les académiciens sont plus prudents pour ce qui a trait aux néologismes techniques : certains termes présents dans la quatrième édition auraient même été retranchés de la cinquième parce qu’ils n’appartenaient pas à la langue commune. Par exemple, les ternies suivants apparaissent dans la quatrième édition, mais sont écartes de la cinquième[13] :

ALMUCANTARAT ou ALMICANTARAT. s. m. Mot Arabe. Terme d’Astronomie. On nomme Almucantarats tous les petits cercles de la sphère, parallèles à l’horison, depuis l’horison jusqu’au Zénit. L’horison peut être regardé comme le plus grand des Almucantarats[14].
DÉCASTILE. s. m. Terme d’Architecture. Édifice qui a dix colonnes de face[15].

La cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie semble donc s’inscrire dans la continuité. En effet, les choix initiaux sont respectés, mais les académiciens sont sensibles aux répercussions des domaines scientifiques et techniques sur la société en général.

1.6. Sixième édition

Au début du XIXe siècle, le goût des arts et des sciences est répandu dans toutes les classes de lu société; par conséquent, les termes spécialisés sont de plus en plus nombreux à se glisser dans la langue commune. La sixième édition du Dictionnaire de l’Académie (1835) inclut ces vocabulaires dans sa nomenclature. Par ailleurs, pour la première fois, on demande la collaboration d’experts des autres Académies pour les définitions. Un extrait de la préface[16] confirme cette collaboration :

Les termes de sciences et d’arts étaient entrés en plus grand nombre dans l’usage. Au caractère précis et méthodique des définitions qui s’y rapportent, on reconnaîtra souvent le soin qu’ont bien voulu donner à cette portion du travail de l’Académie plusieurs membres des autres classes de l’Institut, et quelques artistes célèbres. Des avis de tout genre ont été recueillis pour une tâche pénible, qui embrasse indirectement tant de connaissances diverses, et où tant d’erreurs sont faciles.

Quant aux termes qui ne font pas partie de la langue usuelle, on les rassemble dans le Complément du Dictionnaire de l’Académie française, préfacé par l’académicien Louis Barré et publié en 1842.

La sixième édition se démarque ainsi par la rigueur qu’ont mise les rédacteurs à définir les termes de langue de spécialité. De plus, en élaborant un Complément, l’Académie sépare nettement les termes des arts et des sciences entrés dans l’usage (inclus dans le répertoire général) de ceux qui ne sont utilisés que par les spécialistes (termes qui ne trouveront place que dans le Complément).

1.7. Septième édition

L’Académie, fidèle à son principe de base, ne recense, dans la septième édition de son Dictionnaire (1878), que les termes techniques faisant partie de la langue commune. Toutefois, elle admet que ceux-ci sont de plus en plus nombreux « à mesure que les connaissances elles-mêmes se propagent et entrent dans le patrimoine de tous[17]. » Comme il est mentionné dans la préface[18] :

[L’]Académie ne recueille et n’enregistre que les mots de la langue ordinaire et commune, de celle que tout le monde, ou presque tout le monde, entend, parle, écrit. Les mots qui appartiennent aux connaissances spéciales, quelles qu’elles soient, l’Académie les renvoie aux dictionnaires spéciaux. Son dictionnaire n’est ni un dictionnaire de science, d’art, et de métier; ni un dictionnaire de géographie, d’histoire, de mythologie. Les mots que l’Académie puise à ces sources sont ceux qu’un usage plus fréquent a introduits dans le langage commun [...].

L’Académie justifie ce choix par le fait que les langues spécialisées peuvent se transformer avec le temps et devenir désuètes. De celte manière, selon la préface, « grâce à la prudente réserve de l’Académie, son dictionnaire, avec bien peu de changements, a pu suivre les progrès incessants de la science, et rester ouvert aux termes nouveaux qu’une science, qui ne s’arrête jamais, enfante et popularise tous les jours[19]. »

De plus, comme il est souligné dans la préface, la Compagnie a, encore une fois, consulté des membres de l’Académie des sciences pour élaborer les définitions[20] :

L’Académie a pris un soin tout particulier des mots de science, et s’est attachée à en donner des définitions aussi exactes que claires. Si elle y a réussi, comme elle a lieu de l’espérer, le mérite en reviendra à ceux de ses membres qu’elle a pris à son illustre sœur, l’Académie des sciences, laquelle sans doute voudra bien se reconnaître elle-même dans la rédaction de ces articles et n’y trouvera plus rien à redire.

L’édition de 1878 ne s’écarte pas, elle non plus, des limites fixées par l’Académie en 1694. Elle représente toujours la langue usuelle, mais cette dernière a évolué avec le temps : les termes techniques y sont de plus en plus présents, et ils sont soumis à l’approbation des spécialistes membres d’autres Académies.

1.8. Huitième édition

Le début du XXe siècle voit se poursuivre l’essor des sciences et des techniques. Selon la préface de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie (1932-1935), de nombreux termes techniques sont maintenant en usage dans la langue : dès qu’ils apparaissent, ils sont « aussitôt vulgarisés par la conversation, par la presse et par l’école[21]. » L’Académie fait encore place, dans cette édition, aux termes des arts et des sciences entrés dans la langue commune. Toujours prudente, elle affirme néanmoins dans la préface :

[...] dans cet afflux de vocables nouveaux, il en est beaucoup dont l’existence ne peut être qu’éphémère. Les uns disparaîtront avec les objets, eux-mêmes éphémères, qu’ils représentent; d’autres, qui se sentent de l’improvisation, seront remplacés par des dénominations plus exactes; d’autres enfin ne dépasseront pas le domaine où ils sont nés et, n’étant compris et employés que par des initiés, n’ont point chance de pénétrer dans l’usage commun. C’est ce départ qu’a essayé de faire l’Académie dans la préparation de cette nouvelle édition. Travail minutieux, qui ne pouvait être exécuté à la hâte, et qui exigeait un double effort d’adaptation au mouvement moderne et de pmdence avisée[22].

De plus, comme c’était le cas pour les sixième et septième éditions, l’Académie sollicite l’avis des membres de l’Académie des sciences et d’autres spécialistes dans l’élaboration des définitions.

En somme, la préface de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie reste en accord avec la philosophie générale de l’institution : faire l’inventaire des termes connus et employés par tous.

L’examen des préfaces des huit éditions complètes du Dictionnaire de l’Académie permet de dégager une tendance générale. En effet, depuis 1694, l’Académie semble n’enregistrer que les termes des arts et des sciences entrés dans l’usage commun. Bien entendu, au fil du temps, le développement des arts et des sciences fait en sorte que les vocabulaires spécialisés s’infiltrent de plus en plus dans la langue générale. Cela dit, l’Académie ne paraît pas davantage ouverte aux termes techniques; néanmoins, ces derniers étant de plus en plus courants dans l’usage, l’institution en intègre un certain nombre dans son dictionnaire, non sans faire preuve de « prudence avisée ».

2. La réalisation des énonces des préfaces dans les articles

La deuxième partie du présent article vise à déterminer si les dires de la Compagnie se confirment dans le contenu dictionnairique. Pour ce faire, nous examinons deux domaines des arts et des sciences : l’imprimerie et l’anatomie. Ces domaines se révèlent particulièrement intéressants à étudier puisqu’ils sont demeurés relativement stables au cours des siècles. Afin de dénombrer les entrées dans chacune des éditions, les unités portant la marque « terme d’anatomie », « en termes d’anatomie », « terme d’imprimerie » ou « en termes d’imprimerie » ont été inventoriées à l’aide du cédérom regroupant les huit premières éditions du Dictionnaire[23]. Les expressions du genre « les anatomistes appellent... » ou « en imprimerie, on appelle... » ont été écartées, puisqu’il est impossible de savoir s’il s’agit de marques d’usage ou simplement d’une partie de la définition.

Les termes marqués ont été recensés dans les huit éditions du Dictionnaire dans le but d’analyser si les énoncés des préfaces pouvaient se vérifier. La première étude porte sur les marques d’usage socioprofessionnelles, tandis que la deuxième traite du contenu des articles.

2.1. Les marques d’usage

L’inventaire des termes marqués en anatomie dans les huit éditions complètes du Dictionnaire donne les résultats compilés dans le tableau 1[24].

On peut d’abord constater, dans le tableau 1, la présence de huit termes d’anatomie dans la première édition du Dictionnaire. Pourtant, selon la préface, celle édition devait représenter le bel usage et exclure les termes des arts et des sciences, sauf ceux qui étaient considérés comme nobles. Il semble étonnant de retrouver des termes qui n’appartiennent vraisemblablement pas à une activité prisée de la noblesse. Cependant, il est possible d’expliquer cette présence par le fait que, au XVIIe siècle, bel usage et bon usage s’entremêlent. Le bon usage, plus ouvert aux termes des arts et des sciences, commence à s’implanter à partir de 1670[25]. Les deux usages sont susceptibles de se retrouver dans le corps du Dictionnaire, puisque l’élaboration de l’ouvrage s’est étalée sur une période de soixante ans.

Le tableau 1 révèle par la suite une progression constante du nombre de termes d’anatomie, à l’exception d’un léger recul dans la cinquième édition par rapport à la quatrième. D’ailleurs, ce recul ne peut être justifié, car la préface de la cinquième édition ne dit mot sur la place accordée aux termes des arts et des sciences. Pourtant, il pourrait être expliqué par le fait que les académiciens ont fait preuve de plus de prudence face à ces termes dans l’élaboration de l’édition de 1798[26] La progression observée s’accorde, quant à elle, avec le discours des préfaces qui laisse entendre qu’un nombre croissant de termes des arts et des sciences prend place dans la langue commune au fil du temps. On constate toutefois deux bonds importants, de la troisième à la quatrième édition (205 termes anatomiques de plus) ainsi que de la cinquième à la sixième édition (274 termes supplémentaires). Il est intéressant, dans ces deux cas, de vérifier s’il s’agit effectivement d’une introduction massive de nouveaux termes ou plutôt d’ajouts de sens à des entrées déjà présentes dans le Dictionnaire. De 1740 à 1762, la plupart du temps, il s’agit carrément de nouvelles entrées (187). Les autres cas (18) sont relatifs à des ajouts de marques ou de sens. Par exemple, on a pourvu le terme clavicule d’une balise[27] :

CLAVICULE, s. f. On appelle ainsi. Chacun des deux os qui ferment la poitrine par en haut, & qui l’attachent aux deux épaules. La clavicule droite, la clavicule gauche. Se rompre ta clavicule[28].
CLAVICULE, s. f. Terme d’Anatomie. On appelle ainsi chacun des deux os qui ferment la poitrine par en haut, & qui l’attachent aux deux épaules. Ce sont deux os longs situés à lu partie supérieure & latérale de la poitrine. La clavicule droite, la clavicule gauche. Se rompre la clavicule[29].

De même, quelques termes ont acquis un sens nouveau. Ainsi, le terme BASSINET[30] :

I. BASSINET. substantif masculin. La petite pièce creuse de la platine d’une arme à feu, dans laquelle on met l’amorce. Mettre la poudre au bassinet.

II. BASSINET, s. m. Petite fleur jaune qui croit dans les prez, & qu’on cultive dans les jardins. Il y a des bassinets simples, & des bassinets doubles[31].

BASSINET, s, m. La petite pièce creuse de la platine d’une arme à feu, dans laquelle on met l’amorce. Mettre la poudre au bassinet.

BASSINET, s. m. Terme d’Anatomie. Cavité dans laquelle aboutissent tous les entonnoirs de la troisième substance du rein.

BASSINET. s. m. Plante. C’est une espèce de renoncule. Elle croît en abondance dans les prés. Sa fleur est d’un jaune doré. Elle est âcre & brûlante comme presque toutes les renoncules, & on ne l’emploie qu’extérieurement[32].

Ces observations sont en accord avec l’énonce de la préface de la quatrième édition qui mentionne une ouverture importante de la part de l’Académie aux termes des arts et des sciences.

Le tableau 1 indique en outre une forte hausse des termes d’anatomie entre la cinquième et la sixième édition. En fait, il y a relativement peu de termes nouveaux, mais de nombreuses acceptions et marques sont apparues. Par exemple, on a ajouté une marque au terme ALVÉOLAIRE et un sens au terme ENCÉPHALE[33] :

ALVÉOLAIRE. adj. des 2 g. Qui appartient aux Alvéoles. Le nerf alvéolaire. L’artère alvéolaire[34].
ALVÉOLAIRE. adj. des deux genres. T. d’Anat. Qui appartient aux alvéoles. Les nerfs alvéolaires. Les artères alvéolaires[35].

et

ENCÉPHALE. adj. des 2 genres, Terme de Médecine. Il se dit Des vers qui s’engendrent dans la tête[36].

ENCÉPHALE, adj. des deux genres. T. de Médec. Il se dit De certains vers qui s’engendrent dans la tête.

Encéphale, s’emploie aussi comme substantif masculin, en termes d’Anatomie, pour désigner L’organe qui est contenu dans la cavité du crâne, et dans le canal vertébral[37].

Ainsi, l’analyse du tableau 1 montre une progression constante du nombre de termes d’anatomie d’une édition à l’autre. Toutefois, comme il a été mentionne, le nombre de termes n’augmente pas nécessairement de la cinquième à la sixième édition, puisqu’il s’agit plutôt d’ajouts de sens ou de marques à des mots déjà présents.

Le tableau 2 présente le nombre de termes d’imprimerie dans les huit éditions complètes du Dictionnaire.

On remarque tout d’abord, dans le tableau 2, que 16 termes d’imprimerie sont inclus dans la première édition du Dictionnaire. Toutefois, l’imprimerie, comme l’anatomie, n’était probablement pas considérée comme une technique noble. Le recensement de ces termes pourrait être expliqué de la même façon que celui des termes d’anatomie : l’édition de 1694 représente en fait deux usages, le bel usage et le bon usage.

Le tableau 2 indique également une progression du nombre de termes d’imprimerie jusqu’à la septième édition, puis une baisse de la septième à la huitième édition. La plus forte augmentation a lieu dans la sixième édition. Dans ce cas, on pourrait encore une fois penser qu’il s’agit d’ajouts de termes, mais en fait, on trouve seulement 23 termes nouveaux. Les 69 autres termes d’imprimerie sont plutôt des ajouts de marque ou des ajouts de sens. Ainsi, le ternie BROYON acquiert une marque, tandis que le terme ADDITION obtient un sens nouveau[38].

broyon. s. m. Espèce de molette avec laquelle les Imprimeurs broient le vernis et le noir dont ils composent leur encre[39].
broyon. s. m. T. d’Impr. Instrument, espèce de molette de bois qui sert à prendre l’encre et à l’étaler. quand on fait usage de balles, au lieu d’employer le rouleau[40].

et

ADDITION, sub. f. (On prononce les D.) Ce qui est ajouté à quelque chose. Faire des additions, de longues additions. Un livre avec des additions.

On dit, en tenues de Pratique, Informer par addition, pour. Ajouter une nouvelle information à la première.

Addition, se dit aussi De la première règle d’Arithmétique, qui apprend à ajouter ensemble plusieurs nombres. Il ne sait encore que l’addition. On dit. Faire une addition, pour. Pratiquer ce que la règle d’addition enseigne[41].

ADDITION, s. f (On prononce les deux D.) Ce qu’on ajoute, ce qui est ajouté à quelque chose. Faire des additions, de nombreuses, de longues additions. Un livre avec des corrections et des additions.

En termes d’ancienne Pratique, Informer par addition. Ajouter une nouvelle information à la première.

Addition, se dit aussi de La première règle d’arithmétique, qui enseigne, qui sert à trouver la somme totale de plusieurs nombres ajoutés l’un à l’autre. Il ne sait encore que l’addition.

Faire une addition. Pratiquer ce que la règle d’addition enseigne. On dit de même : Faire la preuve d’une addition. Cette addition est bonne, est exacte. Etc.

Addition, en termes d’imprimerie, se dit Des dates, des citations, des petites notes placées en marge d’un texte, hors de la justification[42].

Pour ce qui est de la diminution constatée entre la septième et la huitième édition, il est intéressant de se demander s’il s’agit d’une suppression de termes, de sens ou de marques. La comparaison des deux éditions montre que peu de termes ont été retranchés. Quelques-uns ont perdu leur sens spécialisé, mais la majorité des termes sont plutôt pourvus d’une marque plus précise. En général, on substitue la marque « terme de typographie » à la marque « terme d’imprimerie », comme c’est le cas pour le terme ASSORTIMENT[43] :

ASSORTIMENT, s. m. Il se dit, en termes d’imprimerie, d’Un supplément de différentes sortes de caractères, servant à compléter une fonte dans la proportion requise pour le genre de composition auquel on la destine. Voyez Police[44].
ASSORTIMENT, n. m. Il se dit. en termes de Typographie, d’un Supplément de dilfférentes sortes de caractères servant à compléter une fonte dans la proportion requise pour te genre de composition auquel on la destine. Voyez Police[45].

Le calcul brut pourrait laisser croire que l’Académie déroge à ses principes entre ces deux éditions en supprimant un certain nombre de termes d’imprimerie. De fait, seulement neuf termes ont été retranchés, les autres ne font que changer d’étiquette.

En somme, cette première incursion dans les articles montre tout d’abord que l’énoncé de la préface de ta première édition du Dictionnaire n’est pas absolument respecté, puisqu’un petit nombre de termes techniques n’appartenant pas à la langue des honnêtes gens sont répertoriés dans l’ouvrage. Par ailleurs, le nombre de termes marques, soit en anatomie soit en imprimerie, augmente d’une édition à l’autre. Ce résultat concorde avec les énoncés des préfaces concernant les termes des arts et des sciences, car l’Académie déclare que de plus en plus de termes techniques sont inclus dans le Dictionnaire, ces derniers s’implantant davantage dans la langue commune. Il faut cependant préciser qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une augmentation des termes répertoriés, mais d’une augmentation des termes marqués, puisque certains termes non marqués (ou marqués autrement) sont présents dans les différentes éditions du Dictionnaire.

2.2. Les articles

Le deuxième volet de l’étude microstructurelle porte sur l’évolution du contenu des articles des termes des arts et des sciences dans le Dictionnaire de l’Académie. Dans le but d’analyser les articles, des échantillons de base ont été constitués à partir de termes marqués dans la première édition du Dictionnaire.

Dans les cinq premières éditions, les définitions des termes d’anatomie et d’imprimerie font l’objet de très peu de modifications. Seuls quelques articles de l’échantillon ont été remaniés de façon notable avant la sixième édition (REGISTRE, ROMAIN et TEXTE, par exemple). Dans la préface de la sixième édition, la Compagnie affirme, pour la première fois depuis 1694, avoir consulté les autres classes de l’Institut afin d’élaborer les définitions des termes des arts et des sciences qui figurent dans le Dictionnaire. Le tableau 3 présente les types de modifications apportées aux articles des termes d’anatomie et d’imprimerie en 1835.

Ce tableau 3 montre que, sur les huit termes d’anatomie, sept ont vu leur description modifiée. Les définitions de cinq des huit termes ont été remaniées. En fait, seul l’article URETERE demeure inchangé. Pour ce qui est des termes d’imprimerie, tous les articles ont été transformés, sauf REGISTRE, et 12 des 16 termes présentent des définitions différentes. Par exemple, les définitions des termes LIGAMENT (tableau 4) et ESPREUVE (tableau 5) restent sensiblement les mêmes jusqu’à l’édition de 1835 où elles deviennent plus précises sur les plans scientifique ou technique.

On peut observer, dans le tableau 4, que le segment « certains tendons » est remplacé par la formule « partie blanche et fibreuse », tandis que les parties du corps sont précisées (os ou viscères). Bien que la définition du terme se transforme légèrement dans la deuxième édition, il reste que le changement majeur s’effectue bel et bien dans la sixième édition. Le tableau 5 montre, quant à lui, que la définition du terme ESPREUVE est modifiée aussi en 1835 : ce n’est plus seulement l’auteur qui peut corriger les épreuves; on peut également apporter des changements au texte.

De plus, dans le tableau 3, on peut remarquer d’autres modifications microstruclurelles apparaissant dans la sixième édition : ajout ou modification d’exemples, suppression d’exemples, ajout de sens, ajout de terme et ajout de graphie. Ainsi, comme on peut le constater dans le tableau 6, le terme URETRE acquiert un exemple et une graphie différente, tandis que dans le tableau 7, le terme MANDIBULE voit ses exemples supprimés.

Notons au passage que la marque du terme URETRE s’efface dans la deuxième édition pour ne réapparaître que dans la sixième. L’article MANDIBULE, quant à lui, est réorganisé en 1835, la définition faisant dorénavant suite à la marque d’usage.

Le tableau 3 indique également que certains termes ont vu un ou plusieurs sens s’ajouter. Ainsi, comme le présente le tableau 8, d’autres sens viennent étoffer l’article LETTRE.

On observe que l’article LETTRE a pris de l’expansion en 1835, grâce à l’addition de sens ou de sous-sens nouveaux, qui restent associés au domaine de l’imprimerie.

Enfin, comme on peut le constater dans le tableau 9, en 1835, un terme complexe est ajouté dans le corps de l’article CONJUGAISON.

Le contenu du Dictionnaire semble être conforme au discours de la préface : les académiciens ont en effet fourni un effort considérable pour systématiser et remanier les articles reliés aux termes techniques en 1835.

L’analyse des termes d’anatomie et d’imprimerie (dans le cas des marques d’usage comme dans le contenu des articles) confirme donc les propos tenus dans les préfaces des huit éditions du Dictionnaire de l’Académie. Les termes des arts et des sciences, peu présents dans la première édition, sont de plus en plus nombreux dans le Dictionnaire à mesure que la langue commune accueille les termes techniques. Il faut en revanche spécifier qu’il ne s’agit pas toujours de termes nouveaux, mais parfois d’un ajout de sens ou de marque à des termes de la langue courante. Par ailleurs, la majorité des articles sont remaniés dans la sixième édition, probablement parce que les académiciens ont fait appel à des spécialistes pour leur élaboration. L’Académie, en ce qui concerne les termes des arts et des sciences, est donc fidèle aux choix présentés dans les différentes préfaces. Elle n’infléchit guère sa pensée à ce propos.

Conclusion

Le discours des huit préfaces du Dictionnaire de l’Académie révèle qu’en ce qui a trait aux termes des arts et des sciences, la Compagnie s’en tient toujours au même principe de base : elle ne recense que les termes entrés dans la langue commune. Toutefois, de 1694 à 1935, la langue commune se transforme : elle accueille de plus en plus les termes techniques, reflet d’une société qui s’intéresse toujours davantage aux arts et aux sciences. En outre, le contenu dictionnairique, analysé à partir de deux domaines, semble se conformer aux dires des préfaces. En effet, sauf exceptions, les termes techniques entrent en plus grand nombre dans le Dictionnaire d’édition en édition. Il faut cependant préciser que, dans bien des cas, les ajouts de sens ou de marques sont plus fréquents que les ajouts de termes. De plus, la majorité des articles ont bel et bien été transformés dans la sixième édition. Enfin, en ce qui concerne l’inclusion de termes techniques, l’énoncé de la préface de la première édition est le seul à ne pas se réaliser dans le corps du Dictionnaire, puisqu’on y affirme ne recueillir que les termes techniques appartenant au bel usage, alors qu’on en recense d’autres.

On peut donc conclure, par l’étude des préfaces et des articles du Dictionnaire, que l’Académie a suivi, jusqu’en 1935, la règle de conduite qu’elle avait établie en 1694.

Bibliographie

Tableau 1. — Termes d’anatomie dans les huits éditions complètes du Dictionnaire de l’Académie.
1re éd. 2e éd. 3e éd. 4e éd. 5e éd. 6e éd. 7e éd. 8e éd.
« Terme d Anatomie »
« En termes d’Anatomie »
8 27 29 233 216 490 511 524
« Terme d’Anatomie et de Chirurgie » 0 0 1 1 0 0 0 2
« Terme de Médecine et d’Analomie » 0 0 0 1 2 2 2 15
« Terme de Botanique et d’Anatomie » 0 0 0 0 1 1 1 2
« Terme d’Anatomie et de Physiologie » 0 0 0 0 0 0 2 3
« Terme d’ancienne Anatomie » 0 0 0 0 0 0 0 1
TOTAL 8 27 30 235 219 493 516 547
Tableau 2. — Termes d’imprimerie dans les huit éditions complètes du Dictionnaire de l’Académie.
1re éd. 2e éd. 3e éd. 4e éd. 5e éd. 6e éd. 7e éd. 8e éd.
« Terme d’imprimerie »
« En termes d’imprimerie »
16 27 31 70 86 166 167 137
« Terme de Gravure et d’imprimerie » 0 0 0 1 2 2 2 0
« Terme d’imprimerie et de Librairie » 0 0 0 0 0 9 9 11
« Terme d’Ecriture et d’imprimerie » 0 0 0 0 0 1 1 0
« Terme de Papeterie et d’imprimerie » 0 0 0 0 0 1 1 1
« Terme de Calligraphie et d’Imprimerie » 0 0 0 0 0 1 l 1
TOTAL 16 27 31 71 88 180 181 150
Tableau 3. — Changements apportés aux articles à la sixième édition.
(A) (B) (C) (D) (E) (F)
Termes d’anatomie Anastomose
Conjugaison
Ligament
Mandibule
Ramification
Suture
Uretere
Uretre
Termes d’imprimerie Asterisque
Composer
Compositeur
Copie
Espreuve
Forme
Imposer
Initial
Lettre
Maculature
Majuscule
Parangon
Reclame
Registre
Romain
Texte
Tableau 4. — Définitions du terme LIGAMENT de 1694 à 1835.
Édition 1694 LIGAMENT, s. m. Terme d’anatomie. Certains tendons qui suspendent quelque partie du corps.
Édition 1718 LIGAMENT, subst. masc. Terme d’anatomie. qui se dit de certains tendons qui servent à attacher quelque partie du corps à une autre, & à la soustenir
Édition 1740 LIGAMENT, s. m. Terme d’Anatomie, qui se dit de certains tendons qui servent à attacher quelque partie du corps à une autre, & à la soutenir.
Édition 1762 LIGAMENT, s. m. Terme d’Anatomie. Il se dit de certains tendons qui servent à attacher quelque partie du corps à une autre, & à la soutenir.
Édition 1798 LIGAMENT, s. m. Terme d’Anatomie. Il se dit de certains tendons qui servent à attacher quelque partie du corps à une autre, et à la soutenir.
Édition 1835 LIGAMENT, s. m. T. d’Anat. Partie blanche et fibreuse qui sert à attacher des os ou des viscères, et quelquefois à les soutenir.
Tableau 5. — Définitions du terme ESPREUVE de 1694 à 1835.
Édition 1694 ESPREUVE. s. f. v. On appelle aussi, Espreuve en termes d’imprimerie, La feuille d’impression qu’on envoye à l’Autheur pour en corriger les fautes.
Édition 1718 ESPREUVE. s. f. v. On appelle, Espreuve, en termes d’Imprimerie, La feuille d’impression qu’on envoye à l’autheur pour en corriger les fautes avant que de la tirer.
Édition 1740 EPREUVE, s. f. v, On appelle, Epreuves, en termes d’imprimerie, La feuille d’impression qu’on envoie à l’auteur, pour en corriger les fautes avant que de la tirer.
Édition 1762 ÉPREUVE, s. f. On appelle Épreuve, en termes d’Imprimerie, La feuille d’impression qu’on envoie à l’Auteur, pour en corriger les fautes avant que de la tirer.
Édition 1798 ÉPREUVE, s. f On appelle Épreuve en termes d’Imprimerie, La feuille d’impression qu’on envoie à l’Auteur pour en corriger les fautes avant que de la tirer.
Édition 1835 ÉPREUVE, s. f. Épreuve, se dit particulièrement, en termes d’Imprimerie, d’Une feuille d’impression sur laquelle l’auteur ou une autre personne indique les corrections, les changements que devra faire l’imprimeur.
Tableau 6. — Ajout d’exemples et différentes graphies.
Édition 1694 URETRE, s. m. terme d’Anatomie Il a un ulcere dans l’uretre.
Édition 1718 URETRE. Substantif masculin. Il a un ulcere dans l’uretre.
Édition 1740 URÈTRE, substantif masculin. Il a un ulcère dans l’urètre.
Édition 1762 URÈTRE, s. m. Il a un ulcère dans l’urètre.
Édition 1798 URÈTRE, subslant. masculin. Il a un ulcère dans l’urètre.
Édition 1835 URÈTRE, s. m. T. d’Anat. Il a un ulcère dans l’urètre. Le canal de l’urètre. Quelques-unes écrivent, Urèthre.
Tableau 7. — Suppression d’exemples.
Édition 1604 MANDIBULE, s. f. Mâchoire. Terme d’anatomie. Mandibule inférieure. Mandibule supérieure.
Édition 1718 MANDIBULE, sub. f Mâchoire. Terme d’anatomie. Mandibule inférieure. Mandibule supérieure.
Édition 1740 MANDIBULE, subst. f. Mâchoire. Terme d’anatomie. Mandibule inférieure. Mandibule supérieure.
Édition 1762 MANDIBULE, s. f. Mâchoire. Terme d’Anatomie. Mandibule intérieure. Mandibule supérieure.
Édition 1798 MANDIBULE, sub. fém. Mâchoire. Terme d’Anatomie. Mandibule intérieure. Mandibule supérieure.
Édition 1835 MANDIBULE, s. f. T. d’Anat. Mâchoire. Il se dit surtout de La mâchoire inférieure.
Tableau 8. — Ajoute de sens au mot LETTRE.
Édition 1694 LETTRE, s. f On appelle en termes d’imprimerie. Lettre grise, Une grande lettre capitale qui est façonnée, figurée, & ordinairement gravée sur du bois.
Édition 1718 LETTRE, subst. f On appelle en termes d’imprimerie. Lettre grise. Une grande lettre capitale qui est façonnée, figurée, & gravée sur du bois ou sur du cuivre.
Édition 1740 LETTRE, subst. f. On appelle en termes d’imprimerie, Lettre grise. Une grande lettre capitale qui est façonnée, figurée, & gravée sur du bois, ou sur du cuivre.
Édition 1762 LETTRE, s. f. On appelle en termes d’Imprimerie, Lettre, Les caractères de fonte qui représentent les lettres de l’alphabet, & dont on se sert pour imprimer un ouvrage. Et, Lettre grise, Une grande lettre capitale qui est façonnée, figurée & gravée sur du bois, ou sur du cuivre.
Édition 1798 LETTRE, s. f. On appelle en termes d’imprimerie, Lettres, Les caractères de fonte qui représentent les lettres de l’alphabet, et dont on se sert pour imprimer un ouvrage. Et, Lettre grise, Une grande lettre capitale qui est façonnée, figurée et gravée sur du bois, ou sur du cuivre.
Édition 1835 LETTRE, s. f. Lettre. en termes d’Imprimerie, se dit d’Un caractère de fonte représentant en relief une des lettres de l’alphabet. Lettre majuscule, minuscule. Lettre capitale. Lettre du bas de casse. Lettre italique. L’oeil de cette lettre est trop petit, est trop gros. Prendre les lettres les unes après les autres dans les cassetins et les arranger sur le composteur, pour en faire des mots et des lignes. Cet ouvrier lève bien la lettre. Lever la lettre. Lettre grise ou historiée, Grande lettre capitale ornée de certaines figures, et ordinairement gravée sur du bois ou sur du cuivre. Lettre moulée. Lettre imprimée. Cet écrivain imite parfaitement la lettre moulée. Il se dit. par extension. d’Une lettre dont la forme ressemble à la lettre imprimée. Écrire en lettres moulées.

Lettre initiale. Lettre qui commence un mot ou un nom propre. Dans le même sens, on dit souvent. Initiale. Il n’a signé que les lettres initiales, que les initiales de son nom. Lettre, signifie aussi absolument, dans le même Art. L’ensemble des caractères dont on se sert pour la composition d’un ouvrage. Mous n’avons plus de lettre, tout a été employé. La lettre manque.

Tableau 9. — Ajout d’un terme complexe.
Édition 1694 CONJUGAISON, s. f v. Conjugaison des nerfs, Se dit en termes d’Anatomie, pour signifier, Certaines paires de nerfs, qui sont joints ensemble.
Édition 1718 CONJUGAISON. s. f. v. On appelle en termes d’Anatomie, Conjugaison de nerfs; La jonction de certaines paires de nerfs.
Édition 1740 CONJUGAISON, s. f. v On appelle en termes d’Anatomie, Conjugaison des nerfs. La jonction de certaines paires de nerfs.
Édition 1762 CONJUGAISON, s. f On appelle en termes d’Anatomie, Conjugaison des nerfs. La conjonction de certaines paires de nerfs.
Édition 1798 CONJUGAISON, sub. f. On appelle en termes d’Anatomie, Conjugaison des nerfs. La conjonction de certaines paires de nerfs.
Édition 1835 CONJUGAISON, s. f. En Anat., Conjugaison des nerfs. La conjonction de certaines paires de nerfs. Trous de conjugaisons. Ouvertures situées sur les côtés de la colonne vertébrale, qui donnent passage aux nerfs de la moelle épinière et à certains vaisseaux.

Notes

[1] Académie française 2001a : sans pagination.

[2] Callières 1693 : 93.

[3] Benhmou et alii 1997 : 47, n. 38.

[4] Académie française 2001a : sans pagination.

[5] Niederche 1982 : 68.

[6] Académie françoise 2001b : sans pagination.

[7] Baddeley et Biedermann-Pasques 1997 : 146.

[8] Académie françoise 2001c : sans pagination.

[9] Académie françoise 2001d : sans pagination.

[10] Académie françoise 2001d : sans pagination.

[11] Brunot 1996 : 1175.

[12] Tasker 1997.

[13] Académie française 2001 : sans pagination.

[14] Dictionnaire de l’Académie française. 1762,

[15] Dictionnaire de l’Académie française, 1762.

[16] Académie française 2001a : sans pagination.

[17] Académie française 2001b; sans pagination.

[18] Académie française 2001b : sans pagination.

[19] Académie française 2001b : sans pagination.

[20] Académie française 2001b : sans pagination.

[21] Académie française 2001e : sans pagination.

[22] Académie française 2001c : sans pagination.

[23] Académie française 2001.

[24] L’ensemble des tableaux 1-9 a élé regroupé en fin d’article, p. 203-208.

[25] Cf. Quemada 1967 : 205.

[26] Cf. Tasker 1997 : 241.

[27] Académie française 2001 : sans pagination.

[28] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1740

[29] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1762.

[30] Académie française 2001 : sans pagination.

[31] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1740,

[32] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1762.

[33] Académie française 2001 : sans pagination.

[34] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1798

[35] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1835.

[36] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1798.

[37] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1835.

[38] Académie française 2001 : sans pagination.

[39] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1798.

[40] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1835.

[41] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1798.

[42] Dictionnaire de l’Académie françoise, 1835.

[43] Académie française 2001 : sans pagination.

[44] Dictionnaire de l’Académie française, 1878.

[45] Dictionnaire de l’Académie française, 1932-1935.